Amm. l. 31, c. 6.]

Les Visigoths et les Ostrogoths réunis composaient une armée

innombrable: il y avait outre ceux-là un troisième corps commandé

par Suéridus et Colias. C'étaient des Visigoths, indépendants de

Fritigerne, arrivés en Thrace avant l'irruption des Huns[277]. Valens,

qui n'espérait pas un grand succès de la négociation entamée avec

Sapor, les avait pris à la solde de l'empire, et les tenait campés

auprès d'Andrinople [_Hadrianopolis_], à dessein de les faire passer

en Asie, et de les joindre aux troupes d'Orient, dès que la guerre

serait déclarée. Ils ne prirent d'abord aucune part au soulèvement de

la nation: contents de la paie qu'ils recevaient de l'empereur, ils

demeuraient simples spectateurs des hostilités de leurs compatriotes.

Valens leur ayant donné ordre de passer l'Hellespont, ils témoignèrent

qu'ils étaient prêts d'obéir; ils demandaient seulement le paiement

de leur solde, des vivres, et deux jours de délai pour préparer leurs

équipages. Le magistrat d'Andrinople, irrité de quelque dégât qu'ils

avaient fait dans une terre qui lui appartenait, reçut fort mal leur

demande; pour toute réponse, il fit armer la bourgeoisie[278], et

signifia aux Goths que s'ils ne partaient sur-le-champ, il allait les

faire charger[279]. Les Goths plus étonnés qu'alarmés de cette bravade,

ne s'en mirent pas fort en peine: tant qu'on s'en tint aux injures, ils

les reçurent sans s'émouvoir. Mais quand ils virent leur camp attaqué,

et les traits pleuvoir sur eux, ils tombèrent à grands coups d'épée sur

cette populace téméraire; en tuèrent une partie, repoussèrent le reste

dans la ville; et comme Fritigerne n'était pas éloigné, ils allèrent se

joindre à lui, et revinrent ensemble mettre le siége devant Andrinople.

S'il n'eût été besoin que de valeur, Andrinople était prise. Les Goths

bravaient la mort avec une audace intrépide: les flèches, les javelots,

les pierres lancées des machines en abattaient un grand nombre, sans

ralentir le courage des autres. Mais Fritigerne voyant que, faute

d'entendre l'art des siéges, le sang de tant de braves gens coulait

en pure perte, laissa devant la ville un détachement pour la tenir

bloquée, et décampa avec le reste de ses troupes, disant _qu'il ne

faisait pas la guerre aux murailles[280], et que les Goths trouveraient

dans les campagnes de la Thrace beaucoup plus de profit et moins de

péril_.

[Note 277: Rien ne prouve qu'ils fussent Visigoths, Ammien

Marcellin se contente de dire que c'étaient des nobles Goths;

_Sueridus_, dit-il, l. 31, c. 6, _et Colias, Gothorum optimates, cum

populis suis longè antè suscepti_. Ils étaient en quartier d'hiver

auprès d'Andrinople, _apud Hadrianopolim hiberna dispositi_.--S.-M.]

[Note 278: Ammien Marcellin dit, l. 31, c. 6, que c'était la

populace et les ouvriers employés dans les fabriques d'armes.

_Plebem omnem cum fabricensibus, quorum illic ampla est multitudo._

On apprend de la Notice de l'empire et de quelques autres ouvrages

qu'il se trouvait effectivement à Andrinople une fameuse fabrique

d'armes.--S.-M.]

[Note 279: _Jussisque bellicum canere buccinis, ni abirent ocius ut

statutum est, pericula omnibus minabatur extrema._ Amm. Marc. l. 31, c.

6.--S.-M.]

[Note 280: _Pacem sibi esse cum parietibus memorans._ Amm. Marc. l.

31, c. 6.--S.-M.]

[Note latérale: X.

Valens et Gratien envoient des secours.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 86 / 388 题