La prudence de Fritigerne, soutenue d'une éclatante valeur, lui
attirait la confiance de la nation, et ses avis n'étaient jamais
contredits. Il répandit les Goths dans toutes les parties de la Thrace,
mais avec ordre. Leurs différents corps se donnaient la main les uns
aux autres, et avaient tous un point de réunion. Les gens du pays qui
se rendaient à eux, ou qu'ils faisaient prisonniers, leur servaient
de guides pour les conduire dans les cantons les plus riches et les
mieux pourvus de vivres. Leurs compatriotes enlevés autrefois par
les pirates de Galatie[276], et vendus en Thrace, ceux que la famine
les avait eux-mêmes obligés de vendre quelques jours auparavant,
venaient en foule les rejoindre. Les ouvriers employés au travail
des mines, et qui étaient surchargés d'impôts, accouraient aussi
se jeter entre leurs bras: ceux-ci leur furent d'un grand secours
pour déterrer les magasins, et pour découvrir les souterrains où les
habitants se cachaient eux-mêmes avec leurs richesses. Toute la Thrace
fut bouleversée; rien n'échappa à leurs recherches que ce qui était
inaccessible: et tandis qu'on fouillait les entrailles de cette terre
malheureuse, sa surface était couverte de sang et de flammes. On
massacrait les enfants entre les bras de leurs mères, on brûlait les
vieillards dans leurs cabanes; les jeunes hommes et les jeunes femmes
étaient seuls réservés pour un esclavage plus cruel que la mort même.
[Note 276: J'ai déja fait voir, t. 2, p. 403, note 1, l. XII, § 10,
que les Galates étaient alors des marchands d'esclaves, mais que la
situation continentale de leur pays ne leur permettait pas d'y joindre
le métier de pirates. Ammien Marcellin dit seulement, l. 31, c. 6, _a
mercatoribus venum dati_.--S.-M.]
[Note latérale: IX.
Siége d'Andrinople.