Isidor. chron. Goth.]

Toute la prudence humaine eût été nécessaire pour contenir cette nation

turbulente et indocile. Mais il semblait que Valens avait rassemblé

autour des Visigoths tout ce que l'empire avait alors d'officiers

injustes, violents, ravisseurs. Lupicinus et Maxime, les chefs et

les plus avares de tous, s'acharnèrent sur ces nouveaux hôtes comme

sur une proie; et après les avoir dépouillés, ils les abandonnaient

encore à l'avidité de leurs subalternes[266]. Au lieu de leur fournir

des subsistances, on ferma les magasins. On leur fit acheter bien

cher les plus misérables nourritures; ils furent réduits à manger

des chiens[267]; on leur vendait un chien pour un esclave; et ces

malheureux, après s'être défaits de tout ce qu'ils possédaient, furent

réduits à livrer leurs propres enfans, auxquels ils ne pouvaient

conserver la vie qu'au prix de leur liberté. Les principaux même de

la nation ne furent pas exempts de cette nécessité déplorable[268].

Ils n'avaient plus de ressource que dans le désespoir; et il allait

éclater, lorsque Lupicinus, prévoyant l'orage, les fit presser par ses

soldats d'abandonner les bords du Danube, et d'avancer dans l'intérieur

du pays, où il espérait les affaiblir, ou les détruire en les séparant

les uns des autres. Pendant que les troupes romaines, qui gardaient

le passage du fleuve, s'en éloignaient pour escorter les Barbares,

Alathée et Saphrax ne voyant plus d'obstacles, traversèrent le Danube

en diligence à la tête des Ostrogoths, et suivirent la trace de

Fritigerne[269].

[Note 266: On les laissait errer sur les bords du fleuve, dit

Ammien Marcellin, l. 31, c. 5. _At vero, Thervingi jamdudum transire

permissi, prope ripas etiamtum vagabantur._--S.-M.]

[Note 267: Jornandès décrit ainsi, c. 26, les vexations et les

maux que l'avarice des généraux romains fit éprouver aux Goths.

_Cæperunt duces avaritia compellente, non solum ovium, boumque carnes,

verum etiam canum, et immundorum animalium morticina eis pro magno

contradere: adeo ut quodlibet mancipium in unum panem, aut decem

libras in unam carnem mercarentur. Sed jam mancipiis, et supellectili

deficientibus, filios eorum avarus mercator victûs necessitate

exposcit. Haud enim secus parentes faciunt, salutem suorum pignorum

providentes, satius deliberant ingenuitatem perire, quam vitam; dam

misericorditer alendus quis venditur, quam moriturus servatur._--S.-M.]

[Note 268: _Cum traducti Barbari victûs inopiâ vexarentur,

turpe commercium duces invisissimi cogitarunt; et quantos undique

insatiabilitas colligere potuit canes, pro singulis dederant mancipiis,

inter quæ et filii ducti sunt optimatum._ Amm. Marc. l. 31, c.

4.--S.-M.]

[Note 269: Ils passèrent sur des radeaux faits à la hâte et

vinrent se camper fort loin de Fritigerne, dit Ammien Marcellin, l.

31, c. 5; _id tempus opportunum nacti Greuthungi, cum alibi militibus

occupatis... ratibus transiere malè contextis, castraque a Fritigerno

locavere longissimè_.--S.-M.]

[Note latérale: VII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 83 / 388 题