La plupart gardèrent leurs armes. Ceux qui étaient chargés de les
désarmer, songèrent bien plutôt à satisfaire leur avarice et d'autres
passions encore plus honteuses. Ils enlevaient dans la jeunesse des
deux sexes tout ce qui plaisait à leurs yeux; ils ravissaient les
filles à leurs mères, les femmes à leurs maris; ils saisissaient les
troupeaux et les bagages de quelque valeur. Les Goths abandonnaient
tout, n'étant occupés que du soin de leurs armes; ils achetaient même à
grand prix la permission de les conserver, persuadés que leurs javelots
et leurs épées leur rendraient bientôt plus qu'ils ne perdaient. Ainsi
se préparait la révolution qui allait éclater; et l'on peut dire qu'en
cette occasion les Romains firent le rôle des Barbares, les Barbares
celui qui convenait à des Romains. Les Visigoths, contents d'avoir
échappé à la fureur des Huns, s'étendirent le long du Danube, dans
les plaines et sur les montagnes de la Mésie et de la Thrace. Ils se
consolaient de leur infortune, qui leur faisait trouver un climat plus
doux et un pays plus riche et plus fertile[240].
[Note 240: En échange des déserts de la Scythie et d'un abîme,
dit Eunapius, _excerpt. leg._, p. 20, ils obtinrent l'empire romain.
Οἵγε ἀντὶ τῆς Σκυθῶν ἐρημίας, καὶ τοῦ βαράθρου, τὴν Ῥωμαϊκὴν ἀρχὴν
ὑπελάμβανον.--S.-M.]
[Note latérale: IV.
L'Arianisme s'établit chez les Goths.
Hier. chron.
S. Aug. de Civ. l. 18, c. 52, t. 7, p. 535.
Socr. l. 4, c. 33.
Theod. l. 4, c. 37.
Soz. l. 6, c. 37.
Oros. l. 7, c. 32 et 33.
Jorn. de reb. Get. c. 25.
Isidor. chron. Goth.
Vulcanius de litteris et lingua Goth.
Till. Arian. art. 132 et 133.