Fleury, Hist. Eccl. l. 16, c. 42, l. 17, c. 36.]

Ce fut alors que l'arianisme jeta chez les Goths de plus profondes

racines. Il y avait environ un siècle que la religion chrétienne

s'était introduite parmi eux[241]. Leur évêque Théophile avait assisté

au concile de Nicée[242]: mais la croyance orthodoxe commençait à

s'altérer depuis quelque temps. Ils avaient pour évêque Ulphilas,

Cappadocien d'origine[243], prélat plus zélé qu'éclairé sur les

matières alors contestées dans l'Église. Il avait converti un grand

nombre d'idolâtres: car l'idolâtrie était encore parmi les Goths la

religion dominante, et Athanaric persécutait même les chrétiens avec

violence[244]. Ulphilas encourageait les fidèles[245]; il contribua

aussi par ses sages avis à adoucir les mœurs de la nation: ses paroles

étaient respectées comme des lois[246]. Les auteurs anciens lui

attribuent l'honneur d'avoir inventé l'alphabet gothique, et communiqué

aux Goths la connaissance des lettres[247]. Cependant il paraît, par

les caractères runiques gravés sur les rochers de la Suède, et qu'on

croit antérieurs à la migration des Goths, que ce peuple avait l'usage

de l'écriture avant que de quitter le pays de son origine[248]. La

langue gothique en traversant la Germanie et la Scythie, dut se

charger de plusieurs termes étrangers[249]; elle dut aussi contracter

quelque teinture de la langue grecque, par le voisinage des colonies

grecques établies sur le bord du Pont-Euxin[250]. En effet on aperçoit

plusieurs caractères grecs dans l'alphabet attribué à Ulphilas[251].

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il traduisit la Bible en langue du

pays[252], à l'exception des livres des Rois, qu'il ne voulut pas

mettre sous les yeux des Goths, de peur que la lecture de tant de

guerres n'enflammât encore la passion que ce peuple avait pour les

combats[253]. Mais il ne fut pas en garde contre les artifices des

Ariens: il se laissa corrompre, et corrompit ensuite sa nation[254].

Il s'était trouvé en 360 au concile de Constantinople, où les Anoméens

l'avaient engagé à signer le formulaire de Rimini[255]. Fritigerne

ayant ensuite embrassé l'arianisme en reconnaissance des secours que

Valens lui avait prêtés contre Athanaric[256], l'erreur s'était peu

à peu répandue[257]. Enfin lorsque les Goths demandèrent à Valens

la permission de passer en Thrace, Ulphilas étant le chef de la

députation, les évêques Ariens qui se trouvaient à la cour, profitèrent

de l'occasion pour achever de le pervertir. Ils lui firent entendre

qu'il ne s'agissait entre les deux partis que d'une dispute de mots,

et l'appuyèrent de leur crédit auprès de l'empereur, à condition

qu'il prêcherait leur doctrine. Valens fit partir avec lui[258] des

évêques ariens[259]. Ainsi les Visigoths infectés de l'hérésie, la

communiquèrent aux Ostrogoths, aux Gépides[260], aux Vandales, aux

Bourguignons. Tous ces peuples la portèrent avec eux dans leurs

conquêtes, et y demeurèrent opiniâtrement attachés.

[Note 241: Le christianisme avait été introduit chez les Goths

par les esclaves qu'ils avaient amenés de l'Asie-Mineure, et

particulièrement de la Cappadoce, lors des expéditions qu'ils y

entreprirent, pendant les troubles qui agitèrent l'empire sous le règne

de Gallien. On peut voir à ce sujet le récit de Philostorge, l. 2, c.

5. Les auteurs arméniens font aussi souvent mention des captifs de

Cappadoce, qui portèrent la religion chrétienne chez les Goths.--S.-M.]

[Note 242: On doit la connaissance de ce fait important à

l'historien Socrate, l. 2, c. 41. Selon le P. Lequien (_Oriens Christ._

p. 1241), Théophile serait le même qu'Ulfilas. Cette opinion est peu

vraisemblable; l'intervalle de temps est trop considérable.--S.-M.]

[Note 243: Cet évêque que Philostorge, l. 2, c. 5, appelle

_Ourphilas_, descendait de ces captifs amenés de Cappadoce. Ses

ancêtres avaient habité dans ce pays le bourg de _Sadagolthina_, situé

près d'une ville de Parnassus dont on ignore la position. Oἱ Οὐρφίλα

πρόγονοί, Καππαδόκαι μὲν γένος, πόλεως δὲ πλησίον Παρνασσοῦ, ἐκ κώμης

δὲ Σαδαγολθινὰ καλουμένης.--S.-M.]

[Note 244: Socrate, l. 4, c. 33, et particulièrement Sozomène, l.

6, c. 37, donnent des détails circonstanciés sur les persécutions que

les chrétiens de la Gothie eurent à souffrir de la part d'Athanaric,

fort zélé pour l'ancien culte de sa patrie. Orose en parle en ces

termes, l. 7, c. 32: _Athanaricus, rex Gothorum, christianos in gente

sua crudelissime persecutus, plurimos barbarorum ob fidem interfectos,

ad coronam martyrii sublimavit, quorum tamen plurimi in romanum solum

non trepidi, velut ad hostes, sed certi, quod ad fratres, pro Christi

confessione, fugerunt_.--S.-M.]

[Note 245: Selon Philostorge, l. 2, c. 5, Ulfilas avait été ordonné

évêque des Goths, ou plutôt des chrétiens de la Gothie, τῶν ἐν τῇ

Γετικῇ χριστιανιζόντων par l'arien Eusèbe de Nicomédie et par les

prélats de son parti. Il fut, selon Socrate, l. 4, c. 33, le directeur

spirituel de tous les Visigoths, non-seulement de ceux qui obéissaient

à Fritigerne, mais encore de ceux qui reconnaissaient la souveraineté

d'Athanaric. Ἐπειδὴ δὲ Οὐλφίλας οὐ μόνον τοὺς ὑπὸ Φριτιγέρνην, ἀλλὰ

καὶ τούς ὑπὸ Ἀθανάριχον ταττομένους βαρβάρους τὸν χριστιανισμὸν

ἐξεδίδασκεν.--S.-M.]

[Note 246: Τοὺς ἐκείνου λόγους ἀκινήτους ὑπελάμβανον νόμους.

Theod., l. 4, c. 37. Gibbon a remarqué, t. 5, p. 175, que le comte

Du Buat avait eu (_hist. des anc. peup. de l'Eur._, t. 6, p. 407)

la singulière idée de croire que l'évêque Ulfilas était le même

qu'Alavivus prince des Visigoths, dont Ammien Marcellin parle si

souvent dans son récit de la guerre de Valens contre les Goths. M.

Graberg de Hemso, dans son Essai sur les Scaldes (_Saggio sugli

Scaldi_, p. 131), a émis au sujet du même personnage une opinion non

moins extraordinaire. Il a pensé qu'il était le même que le roi de

Suède Gylfe, qui, selon les récits historiques du Nord, fut détrôné par

Odin. Il imagine que Gylfe se retira alors sur les bords du Danube, où

il se fit chrétien et devint évêque, sans qu'il fasse aucune mention,

sans qu'il paraisse se rappeler de ce que Philostorge raconte, l. 2, c.

5, de l'origine cappadocienne d'Ulfilas.--S.-M.]

[Note 247: Socrate, l. 4, c. 33, Sozomène, l. 6, c. 37, et

Philostorge, l. 2, c. 5, s'accordent sur ce point. «Ulfilas, évêque des

Goths, dit Socrate, imagina les lettres des Goths.» Οὐλφίλας, ὁ τῶν

Γότθων ἐπίσκοπος, γράμματα ἐφεῦρε Γοτθικὰ· «Il donna aux Goths, dit

Philostorge, des lettres qui leur furent propres», καὶ γραμμάτων αὐτοῖς

οἰκείων εὑρετὴς καταστὰς. Selon Sozomène, il fut chez eux le premier

inventeur des lettres, πρῶτος δὲ γραμμάτων εὑρετὴς αὐτοῖς ἐγένετο.

Voilà donc un fait qui paraît hors de doute. Il en est aussi question

dans Jornandès, c. 51, qui donne aux Goths, régis par Ulfilas, le

surnom de petits. _Erant siquidem, dit-il, et alii Gothi, qui dicuntur

minores, populus immensus, cum suo pontifice, ipsoque primate Ulfila,

qui eis dicitur et litteras instituisse; hodieque sunt in Mæsia regione

incolentes Nicopolitanam._ On voit que Jornandès désigne les Goths qui

existaient encore de son temps sur les bords du Danube où ils étaient

restés, n'ayant pris aucune part aux entreprises des Ostrogoths et des

Visigoths dans l'Occident. L'alphabet inventé par Ulfilas, est celui

que nous connaissons sous le nom de Méso-gothique, parce qu'il fut en

usage chez les Goths établis dans la Mésie, sur les bords du Danube,

où il fut destiné à écrire la langue gothique qui porte aussi par

la même raison le nom de Méso-gothique. Il est impossible en jetant

les yeux sur les lettres méso-gothiques, de ne pas reconnaître tout

de suite, les rapports qu'elles présentent avec l'alphabet grec, de

manière à confirmer ce que les auteurs racontent de leur origine. Il

ne doit, ce me semble, y avoir aucune incertitude sur ce point. Mais

doit-on penser que les Goths n'eussent jamais connu l'usage des lettres

avant Ulfilas? c'est un fait que je ne crois pas possible. Pour s'en

convaincre il suffit de jeter les yeux sur la version gothique du

Nouveau Testament, pour reconnaître que la langue qu'elle nous retrace,

était une langue cultivée et écrite depuis long-temps. Jornandès

rapporte, c. 5, que l'étude de la sagesse, avait fait de grands progrès

parmi les anciens Goths, et il s'appuie de l'autorité de Dion Cassius,

qui avait lui-même écrit une histoire de ce peuple. Le même Jornandès

parle, c. 11, des ouvrages composés par Dicénéus le législateur des

Gètes et qui existaient encore de son temps. Quand on n'admettrait

pas à la lettre ce qu'il rapporte des connaissances des Goths, il

est impossible en comparant son récit avec ceux de plusieurs autres

auteurs de ces temps, de ne pas se convaincre que les Goths n'étaient

plus alors des Barbares. Jornandès et le géographe anonyme de Ravenne,

citent des historiens et des géographes goths appelés Ablabius,

Athanarid, Edelvald et Marcomir, ce qui est une forte présomption

pour croire que ce peuple connaissait depuis long-temps l'écriture.

L'alphabet méso-gothique semble en fournir lui-même la preuve; car,

indépendamment des lettres grecques et latines qu'il contient, il en

renferme quelques-unes qui sont destinées à exprimer des articulations

propres à la langue gothique. La lettre TH qui existe dans toutes les

langues gothiques ou germaniques, est d'une forme presque semblable

à celle qu'elle a dans tous les alphabets runiques ou saxons, ce qui

en supposant leur identité, établit leur haute antiquité. Je ne crois

pas qu'on puisse douter qu'au quatrième siècle de notre ère, au temps

d'Ulfilas, il y avait déja long-temps que l'écriture était établie chez

toutes les divisions de la nation gothique.--S.-M.]

[Note 248: Ceci est une suite de l'opinion adoptée par Lebeau sur

l'origine des Goths (voy. t. 3, p. 324, l. XVII, § 29). Parce qu'il

les distingue mal à propos des Gètes, et qu'il les fait venir en corps

de nation de la Scandinavie, il a cru qu'ils ont dû nécessairement

se servir de l'écriture propre à cette région. La chose pourrait

être, sans qu'on fût obligé de l'expliquer ainsi. Les Goths auraient

pu se servir de runes avant l'alphabet d'Ulfilas, sans qu'on dût

supposer qu'ils vinssent de la Scandinavie. Il est à croire en effet

que les lettres runiques ont été en usage chez tous les peuples

scythiques et si on les retrouve dans la Scandinavie, c'est que des

colonies scythiques y ont porté la connaissance de ces lettres, et

qu'elles s'y conservèrent jusqu'à l'établissement du christianisme

et même long-temps après. Déja quelques savants ont remarqué que

ces caractères sont peu appropriés aux sons des langues scandinaves

et qu'ils s'adaptent mieux à ceux des idiomes germaniques; ce qui

semblerait indiquer qu'ils appartiennent originairement aux nations du

midi de la Baltique. Partout où l'on se servait des runes, on était

dans l'habitude de les tracer sur des baguettes ou des bâtons. Cette

manière d'écrire s'est conservée jusqu'à une époque très-récente,

dans les régions où les Goths avaient autrefois habité. On apprend de

l'historien hongrois Thwrocz, que les Szekels ou Sicules, ancien peuple

de la Transylvanie, avait conservé jusqu'à son temps cette manière

d'écrire inséparable des runes, comme nous en avons un témoignage

incontestable dans le poète Vénance Fortunat, _carm._ VII, v. 18, qui

était évêque de Poitiers au milieu du sixième siècle:

Barbara fraxineis pingatur runa tabellis

Quodque papyrus egit, virgula planè valet.

Ce passage atteste non-seulement l'usage dont je viens de parler,

mais encore il démontre l'antiquité des runes, chez les Francs et

par conséquent chez les nations germaniques. On sait aussi que les

Anglo-Saxons, se servaient des mêmes lettres avant qu'ils fussent

chrétiens. Rhaban Maur atteste que de son temps, c'est-à-dire au

huitième siècle, tous ceux des _Nordmani_, un des peuples qui

occupaient les bords de l'Elbe, qui étaient restés païens, _qui adhuc

paganis ritibus involvuntur_, pratiquaient encore l'usage des runes.

Il est bon de faire observer que partout où les runes existent,

elles disparaissent avec le christianisme. On en conçoit sans peine

la cause. L'usage de ces lettres dont le nom signifie _mystères_,

était intimément lié avec toutes les pratiques superstitieuses de

l'idolâtrie; il n'est donc pas étonnant qu'elles aient été proscrites

par les missionnaires chrétiens, qui devaient les regarder comme

indignes d'exprimer les vérités évangéliques. Il a dû en résulter, que

partout ils leur substituèrent les lettres latines; c'est ainsi qu'ils

en agirent en Allemagne, en Angleterre et dans le Nord, et il est

probable qu'Ulfilas en avait fait autant avant eux dans la Mésie et au

nord du Danube.--S.-M.]

[Note 249: La langue des Goths, telle qu'on la connaît par ce

qui reste de la version d'Ulfilas, présente un idiome arrivé à un

haut degré de perfection, sous le rapport grammatical. Tout le fond

de la langue, soit pour les mots, soit pour la grammaire, soit pour

la syntaxe est identique avec l'allemand, surtout avec les anciens

dialectes teutoniques. Les mots qu'on sait être communs à l'allemand et

au persan, et qui sont en si grand nombre, se retrouvent aussi dans le

méso-gothique, avec une orthographe qui les rapproche davantage de la

manière d'écrire usitée dans les anciens dialectes du persan. C'est un

fait très-remarquable et qui peut fournir de nouvelles lumières pour

expliquer l'origine des langues répandues dans presque toute l'Europe

et en Asie. On remarque de plus que le méso-gothique a un certain

nombre d'expressions qui semblent avoir été empruntées au grec, au

latin, et au slavon, et qui sont très-propres à faire reconnaître une

langue qui a dû se parler sur les rives du Danube, à la proximité des

Grecs et des Romains et au milieu de nations qui devaient appartenir à

la race des Slaves.--S.-M.]

[Note 250: Les Goths étant les mêmes que les anciens Scythes

établis depuis le Danube jusqu'au Tanaïs et même au-delà, il est

impossible que les fréquentes relations politiques et commerciales

qu'ils eurent avec les nombreuses colonies grecques établies sur les

côtes de la mer Noire, n'aient pas exercé une très-grande influence sur

la langue, et même sur les mœurs et les opinions de ces nations. On

voit par les récits d'Hérodote, que cette influence s'exerçait depuis

long-temps.--S.-M.]

[Note 251: L'alphabet méso-gothique contient vingt-cinq lettres,

dont quinze sont évidemment prises dans l'alphabet grec, huit

appartiennent à celui des latins; pour les deux autres, le _th_ et le

_hw_, comme ils expriment des sons que les lettres grecques et latines

ne pouvaient rendre exactement, ils furent pris ailleurs. Ce sont sans

doute d'anciens caractères dont on conserva l'usage. L'une d'elles,

le _th_, est tout-à-fait semblable à la lettre runique qui a la même

valeur. On voit que les éléments d'origine grecque prédominent dans

l'alphabet d'Ulphilas, et il devait en être ainsi, à cause du voisinage

et des fréquentes relations des Goths avec Constantinople et les pays

où se parlait la langue grecque.--S.-M.]

[Note 252: Nous avons encore sur ce point l'autorité réunie des

trois historiens Socrate, l. 4, c. 33, Sozomène, l. 6, c. 37, et

Philostorge, l. 2, c. 5. «Il traduisit les livres saints dans leur

langue nationale, dit Sozomène, Καὶ εἰς τὴν οἰκείαν φωνὴν μετέφρασε

τὰς ἱερὰς βίβλους.» En traduisant «les saintes écritures dans la

langue des Goths, il rendit les Barbares capables de comprendre les

préceptes divins», dit Socrate, Καὶ τὰς θείας γραφὰς εἰς τὴν Γότθων

μεταβαλὼν, τοὺς βαρβάρους μανθάνειν τὰ θεῖα λόγια παρεσκεύασεν.

Beaucoup de faits viennent à l'appui de ces paroles de Socrate, et

font voir qu'effectivement la vérité évangélique fit de grands progrès

parmi les Goths. Théodoret donne de grands détails à ce sujet, l. 5,

c. 30 et 31. Les lettres de S. Jérôme nous attestent que plusieurs

Goths correspondaient avec lui, dans le but de comparer les versions

gothique, grecque et latine, avec la _vérité_ hébraïque. _Quis hoc

crederet_, dit-il, _ut barbara Getarum lingua hebraicam quæreret

veritatem; et dormitantibus, immo contendentibus Græcis, ipsa Germania

Spiritus Sancti eloquia scrutaretur?_ Epist. 106, t. 1, p. 635. Ce

saint père, qui devait être bon juge des travaux entrepris dans le but

d'interpréter l'Écriture, place les ouvrages des Goths bien au-dessus

de ceux des Grecs. On croit qu'Ulfilas avait été secondé dans son

travail par Sélénas, qui fut après lui évêque des Goths et qui était

son secrétaire ὑπογραφὲυς (Socrate, l. 5, c. 23, Soz., l. 7, c. 17).

Ce Sélénas était né d'un père goth et d'une mère phrygienne. Il nous

reste une portion considérable de la traduction gothique d'Ulfilas.

Un manuscrit très-célèbre connu sous le nom de manuscrit d'argent,

_codex argenteus_, qui fut trouvé au seizième siècle à Wenden auprès

de Cologne, et qui se garde actuellement à Upsal, contient les quatre

évangiles presqu'en totalité. Il est écrit en lettres d'argent sur

parchemin pourpre. Il en existe un grand nombre d'éditions. La dernière

et la plus estimée a été donnée à Weissenfels en Saxe, en 1805, par

J. Christ. Zahn, un volume grand in-4º. En 1762, Fr. Ant. Knittel,

découvrit, dans un manuscrit palimpseste de Wolfenbuttel, cinq

chapitres de la version gothique de l'épître de saint Paul aux Romains,

qui furent publiés en la même année à Brunswick et réimprimés à Upsal

en 1763. Depuis cette époque, le célèbre abbé Maï, a retrouvé dans un

manuscrit palimpseste de Milan, une portion très-considérable de la

version d'Ulfilas avec plusieurs autres fragments qui appartiennent

à la littérature gothique. Il en a publié une portion en 1819 en un

petit volume in-4º, sous ce titre _Ulphilæ partium ineditarum in

Ambrosianis palimpsestis ab Ang. Maïo repertarum specimen_. Ce volume

contient un fragment du 2e chapitre d'Esdras, plusieurs versets des

chapitres 5, 6, et 7 de Néhémie, des morceaux de l'évangile de saint

Mathieu qui manquent dans le manuscrit d'argent, et des fragments assez

considérables des épîtres de saint Paul aux Philippiens, à Titus et à

Philémon. Ce volume contient en outre des portions d'une homélie et

d'un calendrier, aussi en langue gothique.--S.-M.]

[Note 253: C'est Philostorge qui nous instruit de cette omission.

«Il traduisit en leur langue, dit-il, l. 2, c. 5, toutes les écritures

excepté les livres des Rois, etc. Μετέφρασεν εἰς τὴν αὐτῶν φωνὴν τὰς

γραφὰς ἁπάσας, πλὴν γε δὴ τῶν βασιλειῶν, κ. τ. λ.--S.-M.]

[Note 254: On apprend de S. Epiphanes que l'hérésie des Audiens

s'était aussi répandue parmi les Goths, et il nomme deux évêques de ces

sectaires établis au-delà du Danube. C'étaient Uranius et Silvanus.

Epiph. _hæres._ 70, t. 1, p. 823 et 824.--S.-M.]

[Note 255: Les Pères de l'église n'en jugeaient pas tous, ni

toujours ainsi; on pourrait même croire qu'Ulfilas n'avait pas

complètement embrassé l'hérésie d'Arius, ou que cette hérésie n'avait

pas fait de grands progrès chez les Goths, car S. Basile (ep. 164, t.

3, p. 254), S. Ambroise (_in Luc._ l. 2, c. 26), et S. Augustin (_de

Civ. Dei_, l. 18, c. 52, t. 7, p. 535), ne doutent pas que les martyrs

de la Gothie ne fussent orthodoxes. Ceci est confirmé par le passage

déja cité de S. Épiphanes, dans lequel il n'est question que de Goths

catholiques et de ceux qui partageaient les opinions des Audiens. Saint

Jérôme (_Chron._) et Orose, l. 7, c. 32, en parlant des Goths morts

pour la foi, ne paraissent pas douter de leur orthodoxie: il n'y a donc

aucune raison de croire que l'hérésie d'Arius se fût répandue chez les

Goths, avant qu'ils eussent passé le Danube, pour venir s'établir sur

les terres de l'empire.--S.-M.]

[Note 256: Isidore se trompe en rapportant que les secours de

Valens furent accordés à Athanaric, qui triompha de Fritigerne, et

répandit l'arianisme chez les Goths. _Fridigernum Athanaricus Valentis

imperatoris auxilio superans, hujus rei gratia cum omni gente Gothorum

in Arianam hæresim devolutus est._ Isid. _Chron. Goth._ Il est évident

que ce fut précisément le contraire.--S.-M.]

[Note 257: Il est possible que Fritigerne et quelques autres Goths

de son parti aient embrassé l'arianisme, mais il paraît constant que

cette hérésie ne fit pas de grands progrès parmi eux, avant le passage

du Danube. Voyez à ce sujet une savante note de Tillemont, dans son

_Histoire ecclésiastique_, t. VI, Arianisme, note 97.--S.-M.]

[Note 258: Valens faisait une si grande estime d'Ulfilas, qu'il

l'appelait, selon Philostorge, l. 2, c. 5, le Moïse de son temps, ὁ ἐφ'

ἡμῶν Μωσῆς λέγειν περὶ αὐτοῦ. Le zèle de Valens pour l'arianisme est

trop connu, on doit donc en conclure que de tels éloges s'adressaient

à un évêque arien. Il est bien probable en effet qu'Ulfilas et les

chefs des Goths avaient adopté l'arianisme, pour se concilier la

bienveillance de Valens.--S.-M.]

[Note 259: C'est ce que dit Jornandès, c. 25. _Et quia tunc Valens

imperator Arianorum perfidia saucius, nostrarum partium omnes ecclesias

obturasset, suæ partis fautores ad illos dirigit prædicatores, qui

venientibus rudibus et ignaris, illicò perfidiæ suæ virus defundunt._

Ce passage est tout-à-fait propre à confirmer l'opinion que j'ai

émise dans les notes précédentes, sur l'époque vraisemblable de

l'introduction de l'arianisme parmi les Goths.--S.-M.]

[Note 260: _Sic quoque Vesegothœ a Valente imperatore Ariani

potius, quam Christiani effecti. De cætero tam Ostrogothis, quam

Gepidis parentibus suis per affectionis gratiam evangelizantes, hujus

perfidiæ culturam edocentes, omnem ubique linguæ hujus nationem ad

culturam hujus sectæ invitavere._ Jornand. c. 25.--S.-M.]

[Note latérale: AN 377.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 80 / 388 题