Grut. inscr. p. 192, nº 3, et p. 1087, nº 4.]

Le jeune prince, naturellement pieux, était entretenu dans cette

heureuse disposition par les conseils de Gracchus, qu'il honorait de sa

confiance, et qu'il éleva à la dignité de préfet de Rome vers la fin de

cette année. On dit que Gracchus descendait de l'ancienne et illustre

famille Sempronia, dont il portait le surnom[137]. Plein de zèle pour

le christianisme, il profita de l'autorité que lui donnait sa charge

pour affaiblir l'idolâtrie; il détruisit un grand nombre d'idoles, mais

sans user de violence, et sans donner ouvertement atteinte à la liberté

de culte dont les payens jouissaient encore[138]. L'empereur fit, dès

cette année, et la suivante, plusieurs lois avantageuses à l'église.

Il ordonna que les contestations qui auraient pour objet les affaires

de la religion, seraient décidées par l'évêque ou par le synode de la

province, mais que les juges ordinaires demeureraient saisis des causes

civiles ou criminelles. Il exempta des charges personnelles les prêtres

et les ministres inférieurs. Les Donatistes avaient signalé leur zèle

en faveur de Firmus: ils furent aussi les premiers hérétiques que

l'empereur s'efforça de réprimer; il leur ôta leurs églises; il déclara

que les lieux où ils tiendraient leurs assemblées, seraient saisis

au profit du fisc[139]. Il étendit dans la suite cette loi sur tous

les hérétiques. Cependant après la mort de Valens, étant à Sirmium,

il leur rendit la liberté de s'assembler, exceptant seulement les

sectateurs de Manès, d'Eunomius et de Photinus; mais cette permission

fut bientôt révoquée. L'instruction publique a un rapport direct à la

religion: aussi Gratien s'occupait-il dans le même temps à soutenir

l'une et l'autre. L'étude des belles-lettres fleurissait alors dans

la Gaule: il chargea le préfet d'établir dans toutes les principales

cités des maîtres de rhétorique et de grammaire latine et grecque, et

d'avoir soin qu'on fît choix pour ces emplois des personnes les plus

capables. Il leur assigna, sur le trésor des villes, des appointements

considérables, qu'il voulut régler lui-même, ne s'en rapportant pas

sur ce point à la générosité des habitants: et comme Trèves était

alors la ville impériale, il y établit de plus fortes pensions pour

les professeurs[140]. La décadence des arts se faisait sentir de plus

en plus; les Romains commençaient ce que les Goths devaient bientôt

achever: ils détruisaient ou déshonoraient les magnifiques monuments

de l'ancienne architecture, pour élever ou embellir des édifices de

mauvais goût; et Rome perdait tous les jours de son antique majesté.

Gratien ordonna aux magistrats de cette ville d'entretenir les ouvrages

de leurs ancêtres; et afin qu'ils eussent la facilité d'en construire

de nouveaux sans dégrader les anciens, il abolit en faveur des

sénateurs les droits imposés sur le transport et l'entrée des marbres,

qu'on tirait des carrières de Macédoine et d'Illyrie.

[Note 137: _Gracchus nobilitatem patriciam nomine sonans_, dit S.

Jérôme, dans sa lettre à Léta, t. 1, p. 672.--S.-M.]

[Note 138: On cite quelques inscriptions de l'an 376, qui

offrent le nom de Turcius Secundus Asterius, de Servilius Ædesius et

d'Aurelius Victor Augentius, qui furent décorés de pontificats païens,

ou qui célébrèrent alors des fêtes, selon les rites de l'ancienne

croyance.--S.-M.]

[Note 139: Ce fut en vertu d'une loi dont le texte est perdu, mais

qui est souvent citée dans le code Théodosien. Elle était adressée à un

certain Nitentius dont la qualité nous est inconnue, et elle fut rendue

en l'an 376.--S.-M.]

[Note 140: Ces mesures furent prises en vertu d'une loi rendue à

Trèves, le 23 mai 376.--S.-M.]

[Note latérale: XL.

Irruption des Huns.

Zos. l. 4, c. 20.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 63 / 388 题