La jeunesse de Gratien pouvait donner de l'inquiétude, si ses bonnes
qualités n'eussent rassuré les esprits. Il était né à Sirmium le 18
d'avril de l'an 359[136]. Ainsi il n'était âgé que de seize ans et demi
dans le temps de la mort de son père. Marié depuis un an à Constantia,
fille de Constance, il n'avait nul penchant à la débauche, et jamais
il ne connut d'autre femme que la sienne. Ausone, le meilleur poète de
ce temps-là, avait été chargé de son éducation; et le jeune prince,
dès-lors honoré du titre d'Auguste, ne s'était distingué des enfants
ordinaires que par une soumission plus respectueuse. Son génie heureux
et docile avait aisément pris le goût des lettres; plus vertueux que
son maître, il n'avait appris de lui qu'à tourner agréablement des
vers, à s'exprimer avec grace, à composer des discours. Bien fait de
sa personne, il s'était adonné aux exercices du corps, il s'y était
même livré avec passion. Il surpassait ceux de son âge à la course,
à la lutte, à tirer de l'arc, à lancer le javelot avec force et avec
adresse; personne ne savait mieux manier un cheval. Sobre, frugal,
dormant peu, c'était dans les exercices qu'il mettait tout son
plaisir; mais il y mit aussi toute sa gloire; et l'on reproche à ses
instituteurs de ne s'être pas appliqués à le former de bonne heure aux
affaires de l'état, et à lui inspirer le goût des études politiques qui
conviennent à un souverain.
[Note 136: Selon la Chronique d'Alexandrie, ce fut le 23 du même
mois.--S.-M.]
[Note latérale: XXXVI.