L'usage de la puissance absolue ne changea rien dans son caractère.
Il commençait toutes ses journées par la prière, et sa piété ne fut
jamais équivoque. Sa démarche était modeste, sa contenance réservée,
ses habits décents, mais sans luxe. Dans son conseil il montrait
de l'intelligence et une prudence naturelle; il ne manquait que de
lumières. Il était prompt à exécuter. Son éloquence avait de la
force et de la douceur. Il avait trouvé le palais plein d'alarmes
et de terreur, il en fit un séjour aimable: on n'y entendit plus de
gémissement; on n'y vit plus d'instruments de tortures. Il rappela sa
mère et un grand nombre d'exilés, il ouvrit les prisons à ceux que la
calomnie y tenait enfermés; il rendit les biens confisqués injustement,
et fit oublier la dureté du gouvernement de son père. Il remit ce qui
restait à payer pour les impositions des années précédentes, faisant
publiquement brûler les cédules des redevances. Il rendait à ses amis
tous les devoirs de l'amitié la plus tendre. Traitant ses soldats
comme ses enfants: il allait visiter les blessés, assistait à leurs
pansements, faisait charger ses mulets de leurs bagages, leur prêtait
ses propres chevaux, les dédommageait de leurs pertes. Toujours
accessible, écoutant avec patience, rassurant par sa bonté ceux que
sa majesté intimidait, interrogeant lui-même ceux qui venaient lui
porter leurs plaintes, il faisait consister son bonheur à répandre des
graces et à pardonner. Il n'eut que trop d'indulgence, et il ne vécut
pas assez long-temps pour apprendre qu'il est aussi nuisible aux états
de ne pas châtier les crimes, que de ne pas récompenser les services.
Il s'attacha à saint Ambroise; mais tous ceux qui approchèrent de sa
personne, n'eurent pas les sentiments de cette ame élevée et généreuse;
et l'empire, sous un prince juste, humain, libéral, ressentit encore
quelquefois les tristes effets de l'iniquité, de la cruauté et de
l'avarice.
[Note latérale: AN 376.