Zos. l. 4, c. 17 et 18.]

Tout étant prêt pour entrer sur les terres des Quades, l'empereur

fit partir Mérobaudès et le comte Sébastien avec un détachement

d'infanterie. Ils avaient ordre de mettre tout à feu et à sang[128].

Pour lui, afin d'embrasser une plus grande étendue de pays, il alla

passer le Danube sur un pont de bateaux à Acincum, aujourd'hui Bude,

capitale de la Hongrie. Ce prince était brave de sa personne, et ne

méprisait rien tant que les lâches et les timides. Cependant, par une

bizarrerie de tempérament, il ne pouvait s'empêcher de pâlir toutes

les fois qu'il voyait ou croyait voir l'ennemi. C'était même un moyen

dont ses courtisans se servaient dans l'occasion pour arrêter les

emportements de colère auxquels il était sujet. Dès qu'il entendait

dire que les ennemis approchaient, il changeait de couleur et se

calmait aussitôt. Il n'en était pas moins hardi à affronter le péril,

et il s'attendait à trouver dans le pays des Quades de quoi signaler

sa valeur. Mais ils s'étaient retirés avec leurs familles sur les

montagnes, d'où ils considéraient avec frayeur les troupes romaines

qui portaient de toutes parts le ravage et l'incendie. On traversa le

pays; on égorgea, sans distinction d'âge ni de sexe, tous ceux qui

n'avaient pas eu la précaution de gagner les hauteurs; on brûla les

habitations, et l'empereur revint à Acincum sans avoir perdu un seul

homme[129]. On approchait de l'hiver. Il choisit, comme le lieu le plus

commode pour y passer cette saison, la ville de Sabaria[130], nommée à

présent Sarvar, sur le Raab. Mais avant que de s'y retirer, il remonta

le Danube, et fit élever des redoutes, qu'il garnit de soldats pour

assurer ses quartiers et défendre le passage du fleuve. S'étant arrêté

à Brégétio, qu'on croit être une ville nommée aujourd'hui Pannonie,

sur le Danube[131], au-dessus de Strigonie, il y passa quelques jours,

pendant lesquels, s'il en faut croire l'histoire superstitieuse de ce

temps-là, plusieurs prodiges lui annoncèrent une mort prochaine. Le

jour qu'il mourut, comme il sortait de grand matin, l'esprit occupé

d'un songe qu'il croyait funeste, son cheval s'étant cabré en sorte

qu'il ne put le monter, il s'emporta contre son écuyer, et donna ordre

de lui couper la main droite. Mais Céréalis chargé de cette cruelle

exécution, la différa avec beaucoup de risque pour lui-même, et la mort

de l'empereur les sauva tous deux. On ne manqua pas de regarder encore

comme un pronostic de la mort de Valentinien, les tremblements de terre

qui s'étaient fait sentir cette année dans l'île de Crète, et dans

toute la Grèce, où l'Attique seule en fut exempte.

[Note 128: _Ad vastandos cremandosque barbaricos pagos._ Amm. Marc.

l. 30, c. 5.--S.-M.]

[Note 129: _Itidemque apud Acincum moratus autumno præcipiti._ Amm.

Marc. l. 30, c. 5.--S.-M.]

[Note 130: Cette ville était alors mal fortifiée et presque ruinée

par les attaques qu'elle avait souffertes. _Invalidam eo tempore

assiduisque malis adflictam._ Amm. Marc. l. 30, c. 5.--S.-M.]

[Note 131: C'est ce que dit D'Anville dans sa Géographie ancienne

abrégée, t. 1, p. 155. Il n'indique pas d'une manière assez précise les

cartes sur lesquelles il prétend avoir vu le nom de Pannonie, donné à

cet endroit sur le Danube. Ce sont peut-être des cartes latines, faites

d'après les conjectures de quelques érudits. Ce qu'il y a de sûr, c'est

qu'on ne trouve à présent aucun lieu de ce nom sur les bords du Danube,

dans la position indiquée; il est même fort douteux qu'il y ait jamais

existé rien de pareil. Tout ce qu'on sait de certain sur ce point,

c'est que _Bregetio_ était sur le Danube, à trente milles à l'est

d'_Arrabona_, à présent Raab.--S.-M.]

[Note latérale: XXXII.

Mort de Valentinien.

Amm. l. 30, c. 6 et 10.

Vict. epit. p. 229 et 230.

Zos. l. 4, c. 17.

Hier. chron.

Socr. l. 4, c. 3r.

Soz. l. 6, c. 36.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 54 / 388 题