Il apprend les vexations de Probus.]

Il ne put cependant fermer les yeux sur le mauvais gouvernement de

Probus. Ce préfet du prétoire, jaloux de se conserver dans cette

suprême magistrature, suivait une politique tout-à-fait indigne de sa

haute naissance[121]. Connaissant l'avidité du prince, au lieu de le

ramener à des sentiments d'humanité et de justice, il ne s'étudiait

qu'à servir sa passion pour l'argent. Financier impitoyable, il

imaginait tous les jours de nouvelles impositions. Ses vexations

allèrent si loin, qu'entre les principaux habitants des provinces de sa

juridiction, plusieurs abandonnèrent le pays; la plupart déjà épuisés

et toujours poursuivis, n'eurent plus d'autre séjour que les prisons:

quelques-uns se pendirent de désespoir. Cette tyrannie excitait les

murmures de tout l'Occident. Valentinien était le seul qui n'en fût

pas instruit: content de l'argent qu'il recevait, il se mettait peu en

peine des moyens employés pour le recueillir. Cependant des injustices

si criantes le révoltèrent lui-même, lorsque les gémissements des

peuples furent enfin parvenus jusqu'à ses oreilles. Les provinces

avaient coutume d'envoyer au prince des députés pour rendre témoignage

de la bonne conduite des gouverneurs. Probus ayant forcé la province

d'Épire de se conformer à cet usage, elle députa à l'empereur,

lorsqu'il était à Carnuntum, un philosophe cynique nommé Iphiclès,

autrefois ami de Julien. Il se défendit d'abord d'accepter cette

commission; mais on l'obligea de partir. Il était connu de l'empereur,

qui, après l'avoir entendu, lui demanda si les louanges que la province

donnait au préfet étaient bien sincères: _Prince_, répondit-il, _entre

les extorsions qui nous font gémir, l'éloge que Probus nous arrache,

n'est pas celle qui nous coûte le moins_[122]. Cette parole pénétra

jusque dans le cœur de Valentinien[123]. Il continua d'interroger

Iphiclès, et lui demanda des nouvelles de tous les Épirotes distingués

qu'il connaissait. Apprenant que les uns étaient allés chercher un

domicile au-delà des mers, que les autres s'étaient donné la mort,

il entra dans une violente colère. Léon, maître des offices, qui

aspirait lui-même à la préfecture, et qui, s'il y fût jamais parvenu,

aurait fait regretter tous ses prédécesseurs, n'oubliait pas d'aigrir

le prince. Probus, qui se trouvait alors à la cour, essuya les plus

terribles menaces, et il ne devait s'attendre qu'à en ressentir les

effets, si Valentinien fût revenu de cette expédition. Le préfet voulut

regagner les bonnes grâces de l'empereur par de nouvelles iniquités,

couvertes d'une apparence de zèle. Le secrétaire[124] Faustinus, neveu

de Juventius[125], ancien préfet de la Gaule, fut cité au tribunal de

Probus pour cause de magie[126]. Il s'en justifiait par des preuves

du moins aussi fortes que les charges. Pour achever de le peindre, on

alléguait qu'un certain Nigrinus le priant de lui procurer un emploi

dans le secrétariat, il lui avait répondu: _Faites-moi empereur, et je

vous ferai secrétaire_[127]. La malignité sut donner un si mauvais tour

à cette plaisanterie innocente, qu'elle coûta la vie à Faustinus et à

Nigrinus.

[Note 121: _Non ut prosapiæ suæ claritudo monebat._ Amm. Marc. l.

30, c. 5.--S.-M.]

[Note 122: Ammien Marcellin dit simplement, l. 30, c. 5, _quærente

curatius principe, si hi qui misere, ex animo bene sentiunt de

præfecto; Gementes, inquit, et inviti_.--S.-M.]

[Note 123: _Quo ille verbo tamquam telo perculsus._ Amm. Marc. l.

30, c. 5.--S.-M.]

[Note 124: _Notarius militans._ Amm. Marc. l. 30, c. 5. C'était une

espèce d'intendant militaire, ou de commissaire des guerres.--S.-M.]

[Note 125: On croit qu'il se nommait encore Viventius, et on place

sa préfecture en 369 et en 371.--S.-M.]

[Note 126: Il avait tué un âne. _Quod asinum occidisse dicebatur

ad usum artium secretarum._ Amm. Marc. l. 30, c. 5. On employait de

préférence cet animal dans les opérations magiques.--S.-M.]

[Note 127: _Fac me imperatorem, si id volueris impetrare._ Amm.

Marc. l. 30, c. 5.--S.-M.]

[Note latérale: XXXI.

Il ravage le pays des Quades.

Amm. l. 30, c. 5 et 8.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 53 / 388 题