Cod. Th. l. 15, tit. 1, leg. 18.]

Tandis que le meurtre du roi d'Arménie excitait l'horreur de tout

l'Orient, l'Occident fut témoin d'un forfait pareil dans toutes ses

circonstances. Le roi des Quades fut assassiné, parce qu'il avait sujet

de se plaindre; et l'on reconnut, par un nouvel exemple, que la table,

dont les droits sont sacrés jusque chez les nations sauvages, et qui

fut toujours regardée comme le centre de la confiance et de la sûreté,

est pour cette raison même le théâtre le plus souvent choisi par la

perfidie. Valentinien après avoir passé l'hiver à Milan, était revenu

à Trèves[103]. Il s'occupait depuis long-temps à garnir de forteresses

la frontière de la Gaule, du côté de la Germanie, et à réparer les

fortifications des villes aux dépens de la province. Emporté par un

trop grand désir d'étendre les limites de l'empire, il ordonna de

construire un fort au-delà du Danube, sur un terrain qui appartenait

aux Quades[104]. Ces peuples alarmés de cette entreprise, députèrent

à Valentinien, et obtinrent d'Équitius, commandant d'Illyrie, et

actuellement consul, que l'ouvrage demeurât suspendu jusqu'à la

décision de l'empereur. Le préfet Maximin, qui pouvait tout à la

cour, blâma fort cette condescendance d'Équitius, qu'il traitait de

faiblesse: il disait hautement que son fils Marcellianus, tout jeune

qu'il était, soutiendrait mieux l'honneur et l'intérêt de l'empire, et

qu'il saurait bien achever la forteresse en dépit des Barbares. Il fut

écouté: son fils fut envoyé avec le titre de duc de la Valérie; et ce

jeune homme, que le crédit de son père rendait hautain et insolent,

sans daigner rassurer les Quades, fit continuer les travaux. Gabinius,

roi de la nation, vint lui représenter avec douceur l'injustice de

cette usurpation. Marcellianus feignit de se rendre à ses remontrances;

et l'ayant invité à un repas, il le fit massacrer au sortir de la

table[105]. C'était la troisième tête couronnée qui tombait sous

les coups de la trahison, depuis le commencement du règne des deux

empereurs.

[Note 103: C'est l'hiver de l'an 373 que Valentinien avait passé

en Italie. Ce fut sans doute à Milan qu'il séjourna. Une loi nous fait

voir qu'il était encore dans cette ville le 5 février 374. Il retourna

ensuite dans les Gaules, et il était à Trèves le 21 mai et le 20 juin

374.--S.-M.]

[Note 104: Ammien Marcellin remarque, l. 29, c. 6, que cette nation

était peu redoutable à cette époque, _parum nunc formidanda_, mais

qu'elle avait été antérieurement, c'est-à-dire au temps de Marc-Aurèle,

très-guerrière et très-puissante, _sed immensum quantum antehac

bellatrix et potens_. On peut voir dans l'Histoire des Empereurs

de Crévier, le récit de leur grande irruption sous le règne de ce

prince.--S.-M.]

[Note 105: Zosime donne, l. 4, c. 16, le nom de Célestius

à l'assassin de Gabinius. C'était peut-être un des noms de

Marcellianus.--S.-M.]

[Note latérale: XXIII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 44 / 388 题