Eunap. excerpt. leg. p. 21.]

Sapor, accoutumé lui-même aux grands crimes, fut moins indigné de la

mort de Para, qu'affligé de ce qu'elle détruisait ses espérances. Il

travaillait alors à regagner le roi d'Arménie[75]. Il menaça d'abord

de le venger: mais fatigué de tant de guerres, il prit la voie de

la négociation, et [envoya Arrhacès[76]] proposer à l'empereur de

ruiner entièrement l'Arménie, qui n'était pour les deux nations qu'un

sujet éternel de querelle et de discorde[77]. Si ce projet n'était

pas accepté, il demandait que Sauromacès et les garnisons romaines

sortissent de l'Ibérie, et qu'Aspacurès, qu'il avait établi roi de

ce pays, en demeurât seul possesseur[78]. Valens répondit qu'il ne

changerait rien aux dispositions précédentes, et qu'il était bien

résolu de maintenir les deux royaumes dans l'état où ils se trouvaient

alors. Le roi de Perse récrivit[79] que le seul moyen de terminer

toutes les disputes, était de s'en tenir au traité de Jovien, et que

pour en bien assurer les conditions, il fallait rassembler, en présence

des deux princes, tous les officiers qui en avaient été garants de

part et d'autre[80]. Sapor ne cherchait qu'à fatiguer Valens par des

chicanes: il n'ignorait pas qu'il proposait l'impossible, et que la

plupart de ceux qui avaient signé le traité étaient morts depuis ce

temps-là. L'empereur, pour mettre fin à toutes ces répliques, envoya

en Perse le comte Victor, général de la cavalerie, et Urbicius, duc de

la Mésopotamie[81]; avec une dernière réponse, dont il déclarait qu'il

ne se départirait pas; elle contenait en substance: _Que Sapor, qui se

vantait de justice et de désintéressement, manifestait son ambition et

son injustice par les desseins qu'il formait sur l'Arménie, après avoir

protesté aux Arméniens qu'il ne les troublerait jamais dans l'usage

de leur liberté et de leurs lois[82]: que l'empereur allait retirer

ses troupes de l'Ibérie, mais qu'il n'abandonnerait pas la défense de

Sauromacès; et que si Sapor inquiétait ce prince, Valens saurait bien

le forcer à respecter la protection de l'empire_[83]. Cette déclaration

était conforme à l'équité et à la majesté impériale. Mais les envoyés

passèrent leur pouvoir; et sans y être autorisés par l'empereur, ils

acceptèrent en son nom la cession de quelques cantons de l'Arménie,

que les seigneurs du pays abandonnèrent aux Romains[84]. Valens ne

jugea pas à propos de désavouer ses députés. Peu après leur retour à

Antioche, arriva Suréna, qui offrait au nom du roi de Perse de laisser

à Valens la libre possession de ces contrées[85], pourvu qu'il renonçât

à la défense de l'Ibérie et du reste de l'Arménie. Cet ambassadeur fut

reçu avec magnificence, mais sa proposition fut rejetée, et l'on se

prépara à la guerre. Ces négociations avaient duré deux ans[86]. Valens

devait entrer en Perse au commencement du printemps[87], avec trois

armées: il prenait à sa solde des troupes auxiliaires des Goths[88].

Sapor, plus irrité que jamais, donna ordre à son général Suréna

de reconquérir les contrées de l'Arménie, dont Victor et Urbicius

s'étaient emparés, et d'attaquer vivement Sauromacès, dont les états

étaient pour lors dépourvus de troupes romaines[89]. Un furieux orage

menaçait l'Asie, lorsque les mouvemens des Goths rappelèrent Valens

dans la Thrace, et le forcèrent de conclure avec Sapor une paix[90]

dont on ignore les conditions[91].

[Note 75: _Sapor post suorum pristinam cladem comperto interitu

Paræ, quem sociare sibi impendio conabatur, mærore gravi perculsus._

Amm. Marc. l. 30, c. 2.--S.-M.]

[Note 76: Cet ambassadeur est nommé Arsace dans quelques manuscrits

d'Ammien Marcellin.--S.-M.]

[Note 77: _Arrace legato ad principem misso, perpetuam ærumnarum

causam deleri penitus suadebat Armeniam._ Amm. Marc. l. 30, c.

2.--S.-M.]

[Note 78: _Si id displicuisset, aliud poscens, ut Iberiæ divisione

cessante, remotisque inde partis Romanæ præsidiis, Aspacures solus

regnare permitteretur, quem ipse præfecerat genti._ Amm. Marc. l. 30,

c. 2.--S.-M.]

[Note 79: C'était à la fin de l'hiver, sans doute celui de l'an

374. _Contrariæ regis litteræ hieme jam extremâ perlatæ sunt_, dit

Ammien Marcellin, l. 30, c. 2.--S.-M.]

[Note 80: Il faut que le traité conclu avec Jovien ait été rédigé

en des termes bien ambigus, puisqu'on eut besoin du témoignage et

des explications des officiers qui y avaient pris part des deux

côtés.--S.-M.]

[Note 81: _Victorem magistrum equitum et Urbicium Mesopotamiæ ducem

ire properè jussit in Persas, responsum absolutum..._ Amm. Marc. l. 30,

c. 2.--S.-M.]

[Note 82: _Quod rex justus et suo contentis, ut jactitabat,

scelestè concupiscat Armeniam, ad arbitrium suum vivere cultoribus ejus

permissis._ Amm. Marc. l. 30, c. 2.--S.-M.]

[Note 83: Valens lui disait dans son message, que s'il tentait

d'arrêter les troupes, qui, comme on en était convenu, devaient partir

au commencement de l'année suivante, il saurait le contraindre à

observer les conventions. _Sed ni Sauromaci præsidia militum impertita

principio sequentis anni ut dispositum est inpræpedita reverterint,

invitus ea complebit, quæ sponte suâ facere supersedit._ Amm. Marc. l.

30, c. 2.--S.-M.]

[Note 84: _Absque mandatis oblatas sibi regiones in eadem Armenia

suscepit exiguas._ Amm. Marc. l. 30, c. 2. Il paraît que long-temps

avant le partage et la destruction du royaume d'Arménie, plusieurs

cantons et diverses petites principautés situées vers les frontières

de la Mésopotamie, sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, avaient

été réunies à l'empire. Rien n'empêche de croire que ces empiétements

ne remontent effectivement à l'époque de la mort de Para. Je crois

que le pays envahi alors est celui que les Arméniens désignent par

le nom de _Quatrième Arménie_. Cette dénomination semble indiquer en

effet que ce pays fut soumis au régime administratif des Romains.

Pour connaître la situation et les divisions de cette province, il

faut consulter ce que j'en ai dit dans mes _Mémoires historiques et

géographiques sur l'Arménie_, t. 1, pages 91-98. Les dynastes compris

dans l'étendue de ce pays conservèrent leurs possessions; seulement au

lieu d'être vassaux du roi d'Arménie, ils le furent de l'empire. On

trouve dans le Code Théodosien une loi de Théodose-le-Grand, datée du

14 juin 387, et adressée à Gaddanès, satrape ou seigneur de la Sophène

ou Sophanène, _Gaddanæ satrapæ Sofanenæ_. Cette même loi fait voir

aussi que les autres seigneurs de ce pays reconnaissaient comme lui

la suzeraineté de l'empire. Il y est question des couronnes que ces

seigneurs devaient fournir d'après un ancien usage, comme une marque

de leur soumission à l'empire. _Aurum coronarium his reddi restituique

decernimus, quibus inlicitè videtur ablatum, ut, secundùm consuetudinem

moris antiqui, omnes satrapæ, pro devotione quæ Romano debetur imperio,

coronam ex propriis facultatibus facient serenitati nostræ solemniter

offerendam._--S.-M.]

[Note 85: _Quâ regressâ, advenit Surena potestatis secundæ post

regem, has easdem imperatori offerens partes, quas audacter nostri

sumpsere legati._ Amm. Marc. l. 30, c. 2.--S.-M.]

[Note 86: Pendant les années 374 et 375. Valens avait passé tout

ce temps à Antioche ou dans les environs. Il resta plus de cinq années

dans ces régions. Ses lois nous font voir qu'il résida pendant environ

trois mois à Hiérapolis à la fin de l'an 373. Nous avons trois lois de

lui, datées d'Antioche, pour l'an 374, le 16 février, 11 mars et 21

mai. Deux lois, du 2 juin et du 5 décembre 375, sont aussi d'Antioche.

Il était encore dans cette ville le 30 mai 376, se préparant à aller

faire la guerre aux Perses.--S.-M.]

[Note 87: De l'année 376.--S.-M.]

[Note 88: _Parabantur magna instrumenta bellorum, ut mollitâ hieme

Imperatore trinis agminibus perrupturo Persidem, ideoque Scytharum

auxilia festina celeritate mercante._ Amm. Marc. l. 30, c. 2.--S.-M.]

[Note 89: _Iram ejus conculcans Surenæ dedit negotium, ut

ea quæ Victor comes susceperat et Urbicius, armis repeteret si

quisquam repugnaret, et milites Sauromacis præsidio destinati malis

affligerentur extremis._ Amm. Marc. l. 30, c. 1. Il paraît que

l'entreprise de Suréna, eut un plein succès, car Ammien Marcellin

rapporte qu'elle fut si promptement exécutée, qu'on ne put ni la

réparer, ni la venger. _Hæc ut statuerat maturata confestim: nec

emendari potuerunt nec vindicari._ La guerre des Goths tourna alors

toutes les pensées de l'empereur vers l'Occident, et l'empêcha de

poursuivre ses projets contre les Perses.--S.-M.]

[Note 90: C'était, dit Eunapius (excerpt. de leg. p. 21), une _paix

nécessaire_, πρὸς μὲν τοὺς Πέρσας ἀναγκαίαν εἰρήνην συνθέμενος. Il

s'arrangea avec les Perses comme il le put, dit Zosime, l. 4, c. 21, ὁ

δὲ τὰ πρὸς Πέρσας ὠς ἐνῆν διαθέμενος.--S.-M.]

[Note 91: Sans nous dire quelles furent ces conditions, les

auteurs arméniens nous font voir, comme on aura bientôt occasion de

le remarquer, que les affaires de l'Arménie furent laissées à la

discrétion du roi de Perse, qui y fit peu après déclarer rois les

enfants de l'infortuné Para.--S.-M.]

[Note latérale: XXI.

[Varazdat est nommé roi d'Arménie par Valens.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 33 et 34.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 42 / 388 题