Entre les innocents qu'il fit mourir, on ne peut compter le fameux
Maxime[33], dont la mort ne parut injuste qu'aux zélés partisans
de l'idolâtrie. Dès le commencement du règne des deux empereurs,
cet imposteur, après avoir couru risque de la vie, avait obtenu
la permission de retourner en Asie. Quoiqu'il n'éprouvât que des
disgraces, il ne prit point de part à la révolte de Procope, et
il essuya même à ce sujet une nouvelle persécution de la part des
rebelles. Ennuyé d'une vie si misérable, il pria sa femme de lui
apporter du poison: elle obéit, mais l'ayant elle-même avalé en sa
présence, elle expira entre ses bras. Il aurait succombé à tant de
malheurs, si Cléarque, alors proconsul d'Asie, imbu de sa doctrine, ne
se fût hautement déclaré son protecteur. La faveur de ce magistrat lui
rendit son repos et son ancienne fortune. Il revint à Constantinople.
Soupçonné d'être entré dans le complot de Théodore, il avoua qu'il
avait eu connaissance de l'oracle, mais qu'il aurait cru déshonorer la
philosophie, s'il eût révélé le secret de ses amis. Il fut, par ordre
de l'empereur, transféré à Éphèse, sa patrie[34], où Festus lui fit
trancher la tête. Ainsi fut vengé le sang de tant de chrétiens, que ce
fanatique avait fait couler sous le règne de Julien, son admirateur et
son disciple. Mais la religion chrétienne, instruite à ne se venger de
ses plus mortels ennemis que par des bienfaits, n'eut aucune part à ce
supplice. Elle n'entrait pour rien dans les conseils de l'ambitieux
Festus, qui cinq ans après, ayant embrassé l'idolâtrie sans qu'on en
puisse deviner la raison, tomba mort en sortant d'un temple[35].
[Note 33: Ammien Marcellin en parle dans les termes les plus
honorables. _Maximus_, dit-il, _ille philosophus, vir ingenti nomine
doctrinarum, cujus ex uberrimis sermonibus ad scientiam copiosus
Julianus exstitit imperator_. l. 29, c. 1.--S.-M.]
[Note 34: Il avait été amené à Antioche pour y être jugé: ὁ Μάξιμος
συνηρπάσθη μὲν, καὶ εἰς τὴν Ἀντιόχειαν ἦλθεν, dit Eunapius, t. 1, p.
63, edit. Boiss.--S.-M.]
[Note 35: C'était un temple des Euménides. Eunapius, qui rapporte
ce fait, est bien tenté de le présenter, comme un effet de la vengeance
des dieux, et le juste châtiment de la mort de Maxime. Festus avait été
destitué par Théodose, peu de temps après son avènement à l'empire.
Il avait alors contracté un mariage riche, γάμον τυραννίδι πρέποντα,
qui avait peut-être eu de l'influence sur son changement de religion.
Eunap. in Max. t. 1, p. 64.--S.-M.]
[Note latérale: XVI.
Para, roi d'Arménie attiré à Tarse.