Ce proconsul[28] était né à Trente [_Tridentinum_], d'une fort
basse extraction. Devenu avocat, il se lia d'une amitié étroite
avec Maximin[29], qui exerçait alors la même profession. Pendant
que celui-ci s'avançait par ses intrigues à la cour de Valentinien,
Festus passa en Orient, et s'attacha au service de Valens. Il fut
gouverneur de Syrie[30], et secrétaire du prince pour l'expédition des
brevets[31]. Dans ces deux emplois, il se fit aimer par sa douceur, et
mérita avec l'estime publique la charge de proconsul d'Asie. Il était
le premier à blâmer la conduite injuste et cruelle de son ancien ami:
mais la fortune de Maximin le piqua de jalousie, et étouffa dans son
cœur tout sentiment d'honneur et de vertu. Voyant que ce méchant homme
s'était élevé à la préfecture du prétoire à force de répandre du sang,
il crut devoir tenir la même route pour parvenir à la même dignité.
Changeant tout à coup de caractère, il devint violent, injuste,
inhumain; et tandis que l'Italie et la Gaule gémissaient sous le
gouvernement de Maximin, Festus, rival de ce tyran, désolait l'Asie par
ses cruautés et ses injustices. C'est à lui qu'on attribue un sommaire
fort court de l'histoire romaine, dédié à l'empereur Valens, aussi-bien
qu'une description de la ville de Rome[32].
[Note 28: Il se nommait Sextus Rufus Festus.--S.-M.]
[Note 29: Il paraît, d'après ce que dit Ammien Marcellin, l. 29, c.
2, qu'il était son parent, _in nexum germanitatis a Maximino dilectus,
ut sodalis et contogatus_.--S.-M.]
[Note 30: Il avait occupé cette place en l'an 368.--S.-M.]
[Note 31: Il était _magister memoriæ_ ou secrétaire intime.--S.-M.]
[Note 32: Ces deux ouvrages, presque sans importance, ont été
imprimés plusieurs fois dès le quinzième siècle. La meilleure édition
est celle qui a été donnée à Hanovre en 1815, 1 vol. in-8º, par M.
Guill. Muennich.--S.-M.]
[Note latérale: XV.