Socrate, et d'après lui Sozomène, rapportent que Valens ordonna de
mettre à mort tous ceux dont le nom commençait par les deux syllabes
THEOD, et que pour éviter cette proscription, quantité de personnes
changèrent de nom. Cet ordre cruel aurait inondé de sang tous les
états de Valens: rien n'était plus commun que cette dénomination dans
les noms d'étymologie grecque. Aussi les auteurs les plus dignes de
foi épargnent à Valens ce trait d'inhumanité. Mais ils conviennent
qu'il fit brûler tous les livres de magie, et qu'il persécuta vivement
les philosophes, dont la science n'était alors qu'une cabale. Il en
fut des livres comme des hommes: on en condamna aux flammes un grand
nombre d'innocents, et cet incendie fit périr beaucoup d'ouvrages
de littérature, de physique et de jurisprudence[25]. Les délateurs
poursuivaient sans relâche les philosophes, et les livraient aux
magistrats, qui les condamnaient sans connaissance de cause. Il y en
eut qui s'empoisonnèrent pour se soustraire aux supplices[26]. Libanius
échappa à la haine de Valens; et si on veut l'en croire, ce fut à la
magie même qu'il fut redevable de n'être pas convaincu de magie. Le
nom de philosophe était devenu si funeste, qu'on en évitait avec soin
jusqu'à la moindre ressemblance dans les habits. Comme on faisait dans
toutes les provinces d'exactes recherches, on trouva entre les papiers
d'un particulier l'horoscope d'un nommé Valens: et quoique celui à qui
ils appartenaient, alléguât pour sa défense qu'il avait eu un frère
de ce nom, et qu'il était en état de prouver que cet horoscope était
celui de son frère, on le fit mourir sans vouloir l'entendre. Ce qui
n'était que folie et faiblesse d'esprit devint un crime d'état. L'usage
de ces remèdes extravagants, qui consistent en certaines paroles et en
pratiques bizarres et ridicules, fut puni de mort. Festus, proconsul
d'Asie, fit périr dans les plus grands tourments Céranius, Égyptien,
philosophe célèbre[27]; parce que dans une lettre latine écrite à sa
femme, il avait inséré du grec, que Festus n'entendait pas.
[Note 25: _Deinde congesti innumeri codices, et acervi voluminum
multi sub conspectu judicum concremati sunt, ex domibus eruti variis ut
illiciti, ad leniendam cæsorum invidiam: cùm essent plerique liberalium
disciplinarum indices variarum et juris._ Ammian. Marcell. l. 29, c.
1.--S.-M.]
[Note 26: Selon Zonare, l. 13, t. 2, p. 33, ce fut un philosophe
nommé Iamblique qui se donna ainsi la mort. Il est probable que ce
Iamblique est celui auquel Julien adressa plusieurs lettres qui
existent encore.--S.-M.]
[Note 27: _Philosophum quemdam Cœranium, haud exilis meriti virum._
Amm. Marc. l. 29, c. 2. Il est aussi question de ce philosophe dans un
fragment d'Eunapius, rapporté par Suidas: il nous apprend que Céranius
était Égyptien.--S.-M.]
[Note latérale: XIV.