Ces deux scélérats firent périr plus de noblesse, que n'en aurait
détruit une maladie contagieuse. Diogène, ancien gouverneur de
Bithynie, était noble[18], éloquent, chéri de tous par la douceur de
ses mœurs, mais il était riche; il fut mis à mort. Alypius, autrefois
vicaire des préfets dans la Grande-Bretagne, le même que Julien avait
inutilement employé pour rebâtir le temple de Jérusalem[19], s'était
retiré de la cour et des affaires. La calomnie vint l'arracher de sa
retraite. On l'accusa de magie avec son fils Hiéroclès, dont la probité
était connue. Le père fut condamné au bannissement et le fils à la
mort. Comme on traînait celui-ci au supplice, tout le peuple d'Antioche
courut au palais de l'empereur, et obtint par ses cris la grace de ce
jeune homme qui n'avait besoin que de justice. Bassianus, secrétaire
de l'empereur[20], avait consulté les devins sur la grossesse de sa
femme; on l'accusa d'avoir eu un objet de plus grande importance:
les sollicitations empressées de ses parents lui sauvèrent la vie,
mais ne purent lui conserver ses biens. Eusèbe et Hypatius, frères de
l'impératrice Eusébia[21], et beaux-frères de Constance, n'avaient pas
perdu depuis la mort de ce prince la considération qu'une si haute
alliance leur avait procurée. Héliodore les accusa d'avoir porté leurs
vues jusqu'à l'empire: il supposait une consultation de devins, et un
voyage entrepris pour exciter une révolte: il prétendait même qu'Eusèbe
s'était fait préparer les ornements impériaux. La colère de l'empereur
s'alluma aussitôt, il ordonna l'information la plus rigoureuse; sur
la requête d'Héliodore, il fit venir des provinces les plus éloignées
une infinité de personnes. On mit en œuvre toutes les tortures; et
quoiqu'une si dangereuse procédure n'eût servi qu'à faire éclater
l'innocence d'Eusèbe et d'Hypatius, l'accusateur ne perdit rien de son
crédit, et les accusés furent bannis. Il est vrai que cette injustice
ne subsista pas long-temps. Ils regagnèrent Héliodore, et obtinrent
leur rappel et la restitution de leurs biens.
[Note 18: _Vir nobili prosapiâ editus._ Ammien Marcellin, l. 29, c.
1.--S.-M.]
[Note 19: Voyez t. 3. p. 46, note 2, liv. XIII, § 35.--S.-M.]
[Note 20: _Notarius militans inter primos._ Amm. Marc. l. 29, c. 2.
Le même historien ajoute qu'il était d'une race illustre. _Bassianus
procerum genere natus._ Ces mots ont fait croire qu'il pouvait être le
fils de Bassianus César, beau-frère de Constantin. D'autres pensent
qu'il était le même que Bassianus fils de Thalassius qui avait été
préfet du prétoire d'Orient, et gendre d'Helpidius, qui obtint la même
dignité. Cette dernière opinion est la plus vraisemblable.--S.-M.]
[Note 21: Ils avaient été consuls en 359. Voyez t. 2, p. 268, liv.
X, § 45.--S.-M.]
[Note latérale: XII.