Héliodore était plus puissant et plus accrédité que Palladius, parce
qu'il était encore plus fourbe et plus méchant[15]. Il avait été
d'abord vendeur de marée[16]. Comme il passait par Corinthe, son hôte
qui avait un procès, tomba malade, et le pria de se rendre pour lui à
l'audience. Lorsqu'il eut entendu les avocats, il se persuada qu'il
réussirait dans cette profession: il partagea son temps entre son
commerce et l'étude des lois. La nature lui avait donné l'impudence,
et ce talent suppléa à tous les autres. Il trouva assez de dupes pour
faire une médiocre fortune. S'étant ensuite adonné à l'astrologie[17],
il s'attacha à la cour. Parvenu à la faveur du prince par la voie que
nous avons racontée, les courtisans le comblaient de présents, et il
les payait en accusations calomnieuses contre ceux qu'ils haïssaient.
Sa table était somptueuse; il entretenait dans sa maison plusieurs
concubines, auxquelles toutes les personnes en place se croyaient
obligées de payer un tribut. Le grand-chambellan lui rendait de
fréquentes visites de la part de l'empereur. Valens qui se piquait
d'éloquence jusque dans ces cruelles sentences qu'il prononçait contre
les innocents, s'adressait à Héliodore pour donner à son style le tour
et les graces oratoires.
[Note 15: _Heliodorus, tartareus ille malorum omnium cum Palladio
fabricator._ Amm. Marc. l. 29, c. 2.--S.-M.]
[Note 16: Ἄνθρωπος δέ τις γάρου κάπηλος, καὶ τοῦτο ποιῶν διὰ τῆς
θαλάττης, Ἡλιόδωρος ὄνομα αὐτῷ. Liban. or. 26, t. 2, p. 602.--S.-M.]
[Note 17: Il était ce que l'on appelait alors un mathématicien,
_mathematicus ut memorat vulgus_, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 2.
Les mathématiciens de cette époque étaient des espèces de diseurs de
bonne aventure.--S.-M.]
[Note latérale: XI.