Funeste crédit de Palladius et d'Héliodore.]

Les bons princes sont sévères par nécessité, et indulgents par

caractère; leur penchant naturel les ramène promptement à ces

sentiments de douceur, qui font autant leur félicité que celle de leurs

sujets. Mais Valens ne se lassa point de punir; il ouvrit son cœur

à tous les soupçons, ses oreilles à tous les délateurs; et pendant

quatre années, il ne cessa de frapper, jusqu'à ce que les Goths,

exécuteurs de la justice divine, l'appelérent lui-même au bruit de

leurs armes, pour recevoir la punition de tant de cruautés. Palladius

et Héliodore, qui n'avaient évité le supplice qu'en dénonçant les

conjurés, s'autorisant du service qu'ils avaient rendu à l'empereur,

étaient devenus redoutables à tout l'empire: maîtres de la vie des

plus grands seigneurs, ils les faisaient périr ou comme complices de

la conjuration, ou comme coupables de magie, crime proscrit depuis

long-temps, mais devenu irrémissible depuis qu'il avait donné naissance

au dernier complot. Ils avaient imaginé un moyen infaillible de

perdre ceux dont les richesses excitaient leur envie: après les avoir

accusés, lorsqu'on allait par ordre du prince saisir leurs papiers,

ils y faisaient glisser des pièces qui emportaient une condamnation

inévitable. Ce cruel artifice fut répété tant de fois, et causa la

perte de tant d'innocents, que plusieurs familles brûlèrent tout ce

qu'elles avaient de papiers[14], aimant mieux perdre leurs titres que

de s'exposer à périr avec eux.

[Note 14: C'est principalement dans les provinces orientales que

se firent ces recherches inquisitoriales. _Inde factum est_, dit

Ammien Marcellin, l. 29, c. 2, _per Orientales provincias, ut omnes

metu similium exurerent libraria omnia: tantus universos invaserat

terror_.--S.-M.]

[Note latérale: X.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 31 / 388 题