Le tribunal ayant envoyé toutes les dépositions à l'empereur, le pria
de prononcer sur la punition. Il condamna tous les accusés à perdre
la tête; le seul Simonide, dont l'intrépidité lui parut une insulte,
fut destiné à un supplice plus rigoureux; Valens ordonna qu'il fût
brûlé vif. Ils furent tous exécutés dans la place publique d'Antioche,
à la vue d'une multitude innombrable, qui oublia leur crime pour
s'attendrir sur leur supplice. La haine qu'on avait conçue contre
l'empereur, leur tint lieu d'apologie; et le peuple voulut croire
qu'entre ceux qui périrent alors, l'avarice du prince avait enveloppé
un grand nombre d'innocents. La constance de Simonide rendit encore
l'exécution plus odieuse: il se laissa dévorer par les flammes sans
pousser aucun soupir, sans changer de contenance[13], et renouvela le
spectacle de cette effrayante fermeté, dont le philosophe Pérégrinus
avait fait volontairement parade sous le règne de Marc-Aurèle. La femme
de Théodore, qui égalait son mari en noblesse, dépouillée de ses biens,
fut réduite à vivre en servitude; n'ayant sur les femmes nées dans
l'esclavage que le triste privilège de tirer des larmes à ceux qui, en
la voyant, se rappelaient sa fortune passée.
[Note 13: «Fuyant la vie comme une maîtresse furieuse, dit
Ammien Marcellin, l. 29, c. 1, il mourut en riant». _Qui vitam, ut
dominam fugitans rabidam, ridens subitas momentorum ruinas, immobilis
conflagravit._ Il est bien difficile ici comme en beaucoup d'autres
endroits de rendre exactement les expressions recherchées de l'auteur
latin.--S.-M.]
[Note latérale: IX.