Interrogatoire de Théodore et des principaux complices.]

Ces supplices n'étaient que le prélude de la principale exécution.

On fit enfin comparaître ensemble tous les conjurés distingués par

des emplois et des titres d'honneur. A la tête des coupables étaient

Théodore, portant sur son visage tous les signes d'une profonde

douleur. Ayant obtenu la permission de parler, il en usa d'abord

pour demander grace par les plus humbles supplications; le président

l'interrompit, en lui disant qu'il était question de réponses précises,

et non pas de prières. Théodore déclara qu'ayant appris d'Eusérius la

prédiction qui faisait son crime, il avait plusieurs fois voulu en

informer l'empereur; mais que le même Eusérius l'en avait toujours

détourné, sous prétexte que cette prédiction n'annonçait qu'une

destination innocente, et qu'il parviendrait à l'empire par l'effet

d'un accident inévitable, auquel il n'aurait lui-même aucune part.

Eusérius, appliqué à une question cruelle, s'accordait parfaitement

avec Théodore; mais la lettre écrite à Hilaire les démentait tous

deux. Tous les autres, entre lesquels étaient Fidustius et Irénée,

furent interrogés et convaincus. Eutrope, alors proconsul d'Asie, le

même dont nous avons un abrégé de l'histoire romaine[10], et dont

saint Grégoire de Nazianze parle avec éloge[11], quoiqu'il fût païen,

avait été injustement confondu avec les conjurés. L'envie attachée

au mérite avait saisi cette occasion de le perdre; il fut redevable

de sa conservation au philosophe Pasiphile, qui résista constamment

à toute la violence des tortures, par lesquelles on s'efforçait de

lui arracher un faux témoignage. Un autre philosophe, nommé Simonide,

signala sa hardiesse: il était encore fort jeune, mais déja célèbre par

l'austérité de ses mœurs[12]. On l'accusait d'avoir été instruit de

toute l'intrigue par Fidustius; il en convint, et ajouta qu'_il savait

mourir, mais qu'il ne savait pas trahir un secret_. Fidélité louable,

si elle n'eût pas été employée à favoriser un crime.

[Note 10: _Eutropius Asiam proconsulari tunc obtinens potestate._

Amm. Marc. l. 29, c. 1. Festus qui avait tenté de le faire périr le

remplaça dans sa magistrature (voyez ci-après, § 14, p. 16). Il fut

préfet du prétoire en 380 et en 381, et consul en 387, sous le règne de

Théodose-le-Grand.--S.-M.]

[Note 11: Ce saint personnage lui avait eu de grandes obligations

pendant sa préfecture d'Asie; il nous reste deux lettres qu'il lui

adressa et dans l'une desquelles il l'appelle le grand Eutrope,

Εὐτρόπιος ὁ μέγας.--S.-M.]

[Note 12: _Adolescens ille quidem, verum nostrâ memoriâ

severissimus._ Amm. Marc. l. 29, c. 1.--S.-M.]

[Note latérale: VIII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 29 / 388 题