La même impatience qui faisait naître contre lui tant de complots,
excita quelques visionnaires à rechercher quel serait son successeur.
Fidustius, Irénée et Pergamius, tous trois d'un rang distingué,
s'adressèrent pour cet effet à deux devins célèbres, nommés Hilaire et
Patricius[2]. Je n'exposerai pas ici les ridicules cérémonies que ces
devins pratiquèrent[3], et dont on prétend qu'ils firent eux-mêmes le
détail dans leur interrogatoire. Il suffira de dire qu'ayant gravé
autour d'un bassin les caractères de l'alphabet grec, ils suspendirent
au-dessus un anneau enchanté, qui, par ses vibrations diverses, marqua
les lettres, dont l'assemblage formait la réponse de l'oracle. Elle
était conçue en vers héroïques, et signifiait que _le successeur de
Valens serait un prince accompli; que leur curiosité leur serait
funeste; mais que leurs meurtriers éprouveraient eux-mêmes la vengeance
des dieux, et périraient par le feu dans les plaines de Mimas_[4].
Comme l'oracle ne s'était exprimé sur le prince futur qu'en des termes
généraux, on demanda quel était son nom. Alors l'anneau ayant frappé
successivement sur ces lettres THEOD, un des assistants s'écria que les
dieux désignaient Théodore. Tous les autres furent du même avis; et la
chose parut si évidente, qu'on s'en tint là sans pousser plus loin la
recherche. Il faut avouer que si ce récit était vrai dans toutes ses
circonstances, jamais l'art magique n'aurait enfanté une prédiction
plus juste ni plus précise; c'est ce qui doit en faire douter. En
effet, les auteurs ne s'accordent pas sur le moyen qui fut employé: les
uns disent qu'on fit usage de la nécromancie; quelques-uns racontent
qu'on traça sur la terre un grand cercle, autour duquel on marqua, à
distances égales, les lettres de l'alphabet; qu'on les couvrit ensuite
de blé, et qu'un coq placé au centre du cercle avec des cérémonies
mystérieuses, alla choisir les grains de blé semés sur les lettres que
nous venons de dire.
[Note 2: On apprend de deux fragments d'Eunapius, insérés dans
le lexique de Suidas, sous les noms de ces deux personnages, que le
premier était Phrygien et le dernier Lydien. Zosime en dit autant, l.
4, c. 15. Le même auteur leur joint un certain Andronicus de Carie,
qu'il qualifie aussi du nom de philosophe. Presque tous les philosophes
de cette époque se mêlaient de magie et de divination.--S.-M.]
[Note 3: Ammien Marcellin en donne longuement le détail, l. 29, c.
1, d'après les dépositions d'un des accusés.--S.-M.]
[Note 4: Ces vers qui sont en grec, et qui paraissent bien avoir
été supposés après coup, se trouvent dans Ammien Marcellin, l. 29, c.
1.--S.-M.]
[Note latérale: III.