La révolte de Firmus ne causait à Valentinien que de légères
inquiétudes; il se reposait de la conservation de l'Afrique sur la
capacité de Théodose. Mais son frère Valens vivait dans de perpétuelles
alarmes: naturellement cruel et avare, il avait jusqu'alors forcé son
caractère; enflé des médiocres avantages qu'il venait de remporter
sur les Perses, il crut n'avoir plus besoin de se contraindre; ses
courtisans avides, qu'il avait su retenir aussi-bien que ses vices,
commencèrent à abuser de leur faveur pour ruiner les familles les
plus opulentes. Ce prince environné de flatteurs qui fermaient tout
accès aux plaintes et aux remontrances, plus obstiné dans sa colère
lorsqu'elle était moins raisonnable, crédule aux rapports secrets,
incapable par paresse d'examiner la vérité, et par orgueil de la
reconnaître, ne lançait plus que des arrêts d'exil et de confiscation.
Il se faisait un mérite d'être implacable, et il répétait souvent que
_quiconque s'apaise aisément s'écarte aisément de la justice_. Plus de
distinction entre l'innocent et le coupable; c'était par la sentence de
condamnation que les objets de sa colère apprenaient qu'ils étaient
soupçonnés[1]; ils passaient en un instant, comme dans un songe, de
l'opulence à la mendicité. Le trésor du prince engloutissait toutes les
fortunes, pour les verser ensuite sur ses favoris; et ses largesses
ne le rendaient pas moins odieux que ses rapines. Tant d'injustices
excitèrent la haine; et la haine publique produisit les attentats. Il
se formait sans cesse des conspirations contre Valens: un jour qu'il
dormait tranquillement après son dîner, dans un de ses jardins entre
Antioche et Séleucie, un de ses gardes, nommé Salluste, fut sur le
point de le tuer; et ce prince ne fut sauvé de ce péril et de plusieurs
autres, que par les décrets de la Providence qui l'avait condamné à
périr de la main des Goths.
[Note 1: _Inexpiabile illud erat, quod regaliter turgidus,
pari eodemque jure, nihil inter se distantibus meritis, nocentes
innocentesque malignâ insectatione volucriter perurgebat: ut dum adhuc
dubitaretur de crimine, imperatore non dubitante de pæna, damnatos se
quidam priùs discerent quam suspectos._ Amm. Marc. l. 29, c. 1.--S.-M.]
[Note latérale: II.
Devins consultés pour savoir quel sera son successeur.
Amm. l. 29, c. 1 et 2.
Liban. or. 26, t. 2, p. 602.
Zos. l. 4, c. 13-15.
Greg. Naz. ep. 137, 138, t. 1, p. 864 et 865.
Chrysost. ad vid. Jun. t. 1. p. 343 et 344, et orat. 3 cont.
Anom. p. 470.
Socr. l. 4, c. 19.
Soz. l. 6, c. 35.
Philost. l. 9, c. 15.
Zon. l. 13, t. 2, p. 32.