VII.

Il resta invariablement fidèle à son prince, devint son ami et ne cessa

pas de gouverner, de concert avec lui, dans un sens libéral et modéré,

dirigeant les alliances, la politique et le théâtre de Weimar dans le

double intérêt du prince et du peuple pendant cinquante ans. Il tint

cette difficile balance sans la laisser osciller. Quand Napoléon, après

la paix de Tilsitt, vint à Weimar, Goethe témoigna, pour l'homme des

grands exploits militaires, une partialité plus que poétique; il fut

flatté d'en être distingué. Cet homme lui éclipsa les défaites et les

malheurs de l'Allemagne. Il parut passer du côté du destin représenté, à

ses yeux, par l'homme de la force brutale. Le philosophe disparut en lui

devant le poëte.

Ni son prince ni son pays ne lui demandaient compte de cette partialité

blessante pour le vainqueur. «Ce sont deux grands esprits, se

disaient-ils, ils ne se jugent pas, ils s'admirent.» Napoléon, en effet,

comme on le verra, affecta d'admirer beaucoup Goethe. Il avait lu

_Werther_ dans sa jeunesse et _Faust_ dans sa maturité.

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 155 / 182 题