Voilà évidemment la pensée secrète qui aura inspiré l'expédition du
Mexique, expédition qui a paru une témérité sans compensation, et
derrière laquelle j'ai seul en France pressenti une utilité générale.
La France ne l'a pas comprise, pourquoi? j'oserai le dire: parce qu'elle
ne lui a été au premier moment ni explicable ni expliquée. C'est que
cette pensée de prendre position contre les États-Unis au Mexique ne
devait pas être exclusivement française, mais européenne; il fallait se
consulter, se concerter, s'entendre franchement avant d'agir; on ne l'a
pas fait. La France, accusée d'arrière-pensée personnelle, a été
suspecte à l'Espagne et à l'Angleterre. On a cru qu'elle voulait
simplement entraîner ses deux alliés dans une guerre d'intervention
uniquement française et monarchique, au lieu de combiner avec Londres et
Madrid une démarche armée désintéressée, européenne, et a pour cela été
redoutée et abandonnée; or, de deux choses l'une: ou la France était
sincère et elle ne voulait agir que dans l'intérêt commun, et alors il
fallait s'expliquer nettement d'avance et n'agir qu'après un concert
diplomatique et militaire européen à égal emploi de forces, qui ne
donnât motif à aucune plainte de réticence et de défaut de franchise
contre son intervention; ou la France, voulant agir seule, devait agir
avec des forces françaises dignes d'elle, et ne pas débuter par planter
son drapeau protecteur au Mexique avec une poignée d'hommes héroïques,
mais abandonnés de leurs auxiliaires, et insuffisants à
l'accomplissement de sa pensée.