XVII.

Voilà évidemment la pensée secrète qui aura inspiré l'expédition du

Mexique, expédition qui a paru une témérité sans compensation, et

derrière laquelle j'ai seul en France pressenti une utilité générale.

La France ne l'a pas comprise, pourquoi? j'oserai le dire: parce qu'elle

ne lui a été au premier moment ni explicable ni expliquée. C'est que

cette pensée de prendre position contre les États-Unis au Mexique ne

devait pas être exclusivement française, mais européenne; il fallait se

consulter, se concerter, s'entendre franchement avant d'agir; on ne l'a

pas fait. La France, accusée d'arrière-pensée personnelle, a été

suspecte à l'Espagne et à l'Angleterre. On a cru qu'elle voulait

simplement entraîner ses deux alliés dans une guerre d'intervention

uniquement française et monarchique, au lieu de combiner avec Londres et

Madrid une démarche armée désintéressée, européenne, et a pour cela été

redoutée et abandonnée; or, de deux choses l'une: ou la France était

sincère et elle ne voulait agir que dans l'intérêt commun, et alors il

fallait s'expliquer nettement d'avance et n'agir qu'après un concert

diplomatique et militaire européen à égal emploi de forces, qui ne

donnât motif à aucune plainte de réticence et de défaut de franchise

contre son intervention; ou la France, voulant agir seule, devait agir

avec des forces françaises dignes d'elle, et ne pas débuter par planter

son drapeau protecteur au Mexique avec une poignée d'hommes héroïques,

mais abandonnés de leurs auxiliaires, et insuffisants à

l'accomplissement de sa pensée.

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 117 / 182 题