Or qui ne sait que les blés et les farines de l'Amérique, de la vallée
du Mississipi surtout, sont le grenier du monde en cas de disette, comme
la Sicile était le grenier des Romains?
Qui ne sait que le capital monétaire de l'univers est en masses immenses
au Mexique, au Pérou, dans la Sonora, et que les mines aujourd'hui
enrichies par les eaux et rendues à leur productivité naturelle par un
bon système d'épuisement mettront tout le capital or et argent de
l'univers entre les mains des États-Unis maîtres des deux Amériques? Qui
ne sait que le maître du capital est le maître de l'intérêt, et que
l'Europe, livrée bientôt à ce pays de tous les monopoles, en subirait à
jamais la loi? Qui ne sait que, maîtres des prix de l'argent et de l'or,
ils le seraient aussi de nos industries les plus vitales, et que leur
coalition déjà ourdie contre l'industrie de la soie, qui fait rivalité à
leur industrie du coton, ruinerait Lyon, la capitale des tissus et la
seconde capitale de la France? Qui ne sait qu'en nous privant ou en se
privant eux-mêmes par l'extinction du Sud de l'élément de cette
industrie en Europe, le coton, ils affameraient, comme ils affament
déjà, huit millions d'ouvriers en France, plus en Angleterre, cinq
millions en Autriche, et prendraient l'Europe par famine à tout caprice
de leur intérêt arbitraire? Qui ne sait enfin que nos commerces et nos
navigations subiraient les mêmes anéantissements que nos produits?