Quelles sont les possessions collectives, sacrées, les nécessités du
genre humain tout entier que la politique de l'ancien monde ne peut et
ne doit pas livrer à la merci des États-Unis de l'Amérique anglaise?
Ces choses sont le capital du monde entier, exploité par quelques-uns,
nécessaire à tous, dans notre état de civilisation et dans notre système
d'échange, qui nous rend à tous l'or monnayé aussi nécessaire que le
pain. Les mines d'or sont là!
En second lieu, l'alimentation de l'ancien monde, le blé, les farines,
le maïs, la pomme de terre, dont le peuple vit, et dont la privation
dans les années de disette peut entraîner en Europe des calamités et des
dépopulations incalculables.
En troisième lieu, les industries qui sont devenues, depuis quelques
années surtout, par le salaire qu'elles assurent à au moins quarante
millions d'ouvriers industriels des tissus de coton, le véritable et
indispensable _stipendium_ du salaire et de la vie.
Enfin le commerce, qui nous nécessite une marine et des matelots,
population flottante, incalculable comme nombre d'hommes nourris sous la
voile, plus incalculable encore comme élément de notre puissance
nationale. Permettre aux États-Unis de renouveler la folie du premier
Empire, de mettre le blocus anti-européen, non plus sur leurs ports
seulement, mais sur un monde, comme ils viennent de le proclamer, ce
n'est plus une lâcheté seulement, c'est accepter les fourches caudines
de New-York, c'est abdiquer la navigation, le commerce, le coton, le
libre échange, la marine du vieux monde, c'est ne plus vivre que de la
mort de la vie!