Ceux des Pères de la foi qui nous accompagnaient avaient divisé la
course en deux journées de marche pour qu'elle ne dépassât pas nos
forces. Le premier jour, nous allâmes dîner et coucher chez le père d'un
de nos camarades, M. Jenin, ancien colonel de gendarmerie, retiré à
Virieu-le-Grand, dans une solitude champêtre, où il élevait de beaux
étalons, dans ses prés et hautes herbes, pour se rappeler son état, et
les vendre aux inspecteurs des haras de l'empire. Un ruisseau d'eau de
neige, tantôt troublé par la chute des avalanches, tantôt limpide,
pendant l'été, roulait sans bords sur un large lit de cailloux devant la
maison, avec un léger bruit d'eau courante sur les pierres rondes. Le
village était plus haut, grimpant de pente en pente sur les collines
dénudées. La clarté du jour, le murmure des eaux, la course folle des
poulains dans les prés, les villageois aux fenêtres ou sur le seuil de
leur porte, la gaieté tranquille de cette élite de jeunes gens
retrouvant dans cette maison rustique, chez un de leurs camarades,
l'image de leur demeure de famille, donnaient au paysage et à la demeure
de M. Jenin un air de fête et de sérénité.