VIII.

Ceux des Pères de la foi qui nous accompagnaient avaient divisé la

course en deux journées de marche pour qu'elle ne dépassât pas nos

forces. Le premier jour, nous allâmes dîner et coucher chez le père d'un

de nos camarades, M. Jenin, ancien colonel de gendarmerie, retiré à

Virieu-le-Grand, dans une solitude champêtre, où il élevait de beaux

étalons, dans ses prés et hautes herbes, pour se rappeler son état, et

les vendre aux inspecteurs des haras de l'empire. Un ruisseau d'eau de

neige, tantôt troublé par la chute des avalanches, tantôt limpide,

pendant l'été, roulait sans bords sur un large lit de cailloux devant la

maison, avec un léger bruit d'eau courante sur les pierres rondes. Le

village était plus haut, grimpant de pente en pente sur les collines

dénudées. La clarté du jour, le murmure des eaux, la course folle des

poulains dans les prés, les villageois aux fenêtres ou sur le seuil de

leur porte, la gaieté tranquille de cette élite de jeunes gens

retrouvant dans cette maison rustique, chez un de leurs camarades,

l'image de leur demeure de famille, donnaient au paysage et à la demeure

de M. Jenin un air de fête et de sérénité.

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 14 / 182 题