CHAPITRE CLX.

Inquiétudes qui suivirent le 8 juillet 1815.--D. L***.--Voyage à

Bessonis.--Retraite du maréchal Ney.

J'ai dit que D. L*** m'avait écrit le 30 juin, mais qu'il ne vint me

voir que le 3 juillet, jour de la signature de la capitulation de Paris.

C'est ici que commence pour moi une chaîne de jours d'épouvante et de

douleurs, qui vinrent, par le désespoir, aboutir à une catastrophe digne

de toutes les larmes généreuses. D. L*** crut endormir mes terreurs déjà

si vives, en me citant quelques unes des clauses de cette convention. Je

le priai de me la procurer, et bientôt je sus que l'article 12 était

ainsi conçu:

«Que les personnes et les propriétés seraient respectées; que tous les

individus qui seraient dans la capitale continueraient à jouir de leurs

droits, sans pouvoir être inquiétés ni recherchés, soit en raison des

places qu'ils occupent ou ont occupées, ou de leur opinion politique, ou

de leur conduite.» Cette lecture me rassura un moment, mais la réflexion

amenait toujours quelque crainte. Je me disais bien: mais cela est

positif et doit être sacré; ne sont-ce pas des souverains qui traitent,

et l'honneur ne doit-il pas rendre leur promesse inviolable? Alors je

respirais; mais l'instant d'après, me rappelant ce que j'avais lu et ce

que j'avais vu déjà des retours sanglans de la politique, je retombais

dans des terreurs sinistres, sans que pourtant mon imagination allât à

soupçonner la dernière péripétie de ce drame.

Il y a une fatalité qui s'acharne aux grandes destinées; car Ney, je le

savais, avait eu l'idée nette et positive de s'expatrier; j'en eus une

irrécusable preuve par une lettre que le maréchal m'écrivit, et

l'instruction qui y était jointe, de me tenir prête au voyage, de ne me

tourmenter de rien, de ne rien confier à personne, pas même à D. L***.

On donna à Ney le funeste et bien imprudent avis de fuir, perfide

conseil qui le détourna de sa prudente résolution, et le fit se borner à

s'éloigner seulement de Paris; plus tard je reçus deux lignes

m'annonçant qu'il était très certain que personne ne serait inquiété, et

qu'il allait seulement passer quelques jours chez une des parentes de sa

femme; qu'il ne fallait pas lui écrire avant d'avoir reçu de ses

nouvelles. Hélas, sa confiante sécurité dans une parole qui devait être

sacrée le perdit. En vain Suchet, ce vétéran de la gloire, ce compagnon

des anciens triomphes, pénétré du sort qui menaçait le héros, usa-t-il

du pouvoir de l'amitié pour lui conseiller l'éloignement: Ney n'écouta

rien, et poursuivit sa route jusqu'à Bessonis. Qui pourrait rendre les

longues heures d'incertitude et de crainte qui composaient mes tristes

jours, depuis le 7 juillet jusqu'au 5 août, jour terrible où elles

firent place à la plus affreuse réalité du désespoir?

Le 18 juillet, D. L*** arriva chez moi dans une grande agitation:

«--Écoutez-moi, me dit-il, et surtout soyez calme.

«--Il est arrêté! m'écriai-je.

«--Non, mais je crois qu'il le sera, il faut du sang-froid et de la

raison. Écoutez: dites-moi où il est, donnez-moi les moyens de le

joindre, de le prévenir, vous le pouvez peut-être, et j'y suis disposé,

mais à des conditions.

«--Ah! je consens à toutes, j'y consens, quelles qu'elles puissent être;

si je le sauve, je consens à tout: parlez, par pitié, parlez!» Alors il

me dit que Ney était parti pour Saint-Alban.

Alors D. L*** entra dans des détails qui, malgré mon agitation, me

firent bien vite sentir que déjà il avait endossé les livrées du nouveau

pouvoir; il devina ma pensée, et ne se gêna pas pour convenir qu'elle

était juste. Il m'énuméra avec la même franchise les moyens de me

servir: ce n'était pas le moment de lui dire que je le trouvais bien

vil: D. L*** m'exprimait son dévouement avec une chaleur si inconnue! Il

me jura de me tenir exactement au courant de tout, et de me procurer les

facilités de rejoindre Ney, s'il en voyait la nécessité et l'avantage.

D. L*** eut l'habileté de précipiter ma tendresse, dans la crainte d'une

arrestation, et me fit naître ainsi tout naturellement l'idée de mettre

en sûreté tout ce que j'avais de correspondances et autres papiers

encore; j'en fis un paquet et voulus le lui confier, mais il m'obligea à

venir chez lui, et là je les enfermai dans ma cassette qui y était

restée depuis mon départ pour Charleroi; je conservai la clef, et nous y

mîmes une adresse qui indiquait, en cas d'événement, que la cassette

m'appartenait et devait m'être livrée sans contestation[4]. Il voulut me

faire une reconnaissance, je la refusai. J'ai beaucoup commis de

pareilles imprudences dans ma vie, parce qu'il m'a toujours paru

qu'envers l'amitié ces défiantes précautions sont des offenses. C'est

ainsi que toujours j'ai poussé la confiance jusqu'au ridicule, et après

avoir été si souvent trompée, je ne répondrais pas que tant et de si

tristes expériences m'aient corrigée.

Je demandai à D. L*** s'il ne savait rien de Regnault.--«Il est perdu»,

me répondit-il, avec un ton détestable d'indifférence. Je voulus en

savoir plus long: il me força au silence, en me disant que si je faisais

à ma tête il craignait de se voir compromis par mes démarches près de

personnes sur qui le gouvernement avait les yeux ouverts, et qu'il ne se

mêlerait plus en rien de me servir pour Ney; c'était me faire oublier

tout autre intérêt. Non seulement je me tus, mais je le flattai par tout

ce que je savais de plus propre à lui faire illusion sur le mépris que

sa dureté et son affreux égoïsme m'inspiraient.

D. L*** venait tous les matins et tous les soirs me dire ce qui se

passait, ou du moins ce qu'il voulait me faire connaître. Je ne l'accuse

pas ici de m'avoir méchamment trompée; je crois même que l'espèce de

prison où il me tenait, était une mesure de prudence pour m'empêcher

d'apprendre au dehors le cours que prenait un événement qu'il sentait

que je ne pouvais ni empêcher de s'accomplir, ni changer en rien. D.

L***, pour de l'or et des places, se vendrait à toutes les dynasties de

l'Europe: je l'ai vu républicain, dévoué au Directoire, servir le

consulat, l'empire, la restauration, les cent jours, et puis encore la

restauration; aujourd'hui hantant les églises, et habitué des

processions. D. L*** n'en voulait pas à Ney, pas plus qu'à aucun de nos

braves; mais il le voyait, perdu, et lui ne voulait rien perdre; ce

n'était donc que dans de bonnes intentions, selon lui, qu'il me cachait

la vérité; mais puis-je oublier que si j'eusse été instruite deux jours

plus tôt, j'aurais pu joindre Ney, qui n'eût peut-être pas résisté à

tout ce que je lui aurais répété des propos de D. L***, qui aurait

peut-être été moins fort contre mes prières et ces preuves du danger,

qu'il ne le fut contre les pressantes sollicitations de l'amitié d'un

compagnon d'armes.

Le 5 d'août seulement, D. L*** me dit enfin que les ordres étaient

donnés, et que le maréchal allait être arrêté. D. L*** me promit de me

faciliter pour le soir même les moyens de me rendre auprès de Ney, sans

délai. À peine fut-il dehors, qu'il me prit une affreuse inquiétude: il

ne viendra que pour m'empêcher de partir, me disais-je; et aussitôt,

sans m'arrêter aux réflexions, je prends quelque linge dans un foulard,

je m'habille à la hâte d'une robe de voyage, je remplis ma bourse

d'environ 700 francs qui me restaient. Ayant tout fermé, et écrit deux

lignes à D. L***, pour le prier de veiller à tout, je vole rue du

Bouloi, et sans passeport, sans aucun papier, je paie ma place, et pars

pour rejoindre le maréchal avec l'espoir de le décider à fuir.

Je respirais à peine, car j'avais mis dans mon départ la précipitation

irréfléchie de mon malheureux caractère dans toutes les circonstances où

mon coeur est vivement agité. Ne supportant pas l'idée des lenteurs d'une

diligence, je m'étais jetée dans la malle, ayant eu le bonheur d'y

trouver une place; ce n'était qu'à Lyon que je pouvais espérer de sûrs

renseignemens sur le maréchal Ney, et sur les moyens de le voir. Je

n'avais pas dit cent paroles durant ce fatigant trajet; car, par un

hasard extraordinaire, le sort m'avait donné un courrier qui eût été

bien éloigné de prendre aucune part à mon affreuse angoisse; c'était un

de ces hommes appartenant à un autre fanatisme que le mien, pour qui

Napoléon était un usurpateur, et tous nos guerriers des brigands et des

révolutionnaires; un de ces hommes qui croient prouver la sainteté de

leurs principes par des injures à leurs ennemis. J'étais souffrante et

de la présence de cet homme et des préoccupations de mon ame. J'avais

feint de sommeiller pour échapper à l'éloquence politique de mon

compagnon. Il donna cours à sa verve de persécution avec un autre

voyageur, moins silencieux que moi, mais également difficile à

convaincre. L'orateur s'en donnait à coeur joie sur le pauvre tyran, que

bien certainement il avait, dans sa classe, aussi servilement adoré que

les habitués du château des Tuileries, qui, la veille, disaient Sire au

Roi, et le 20 mars, V. M. à l'Empereur. Je crois que c'est à Tornus que

je vis arrêter un homme, parce qu'il avait tenu des propos séditieux.

Nouvelle éloquence de la part du courrier devant qui le nom du maréchal

Ney fut prononcé. Il ne savait pas encore qu'il dût être arrêté, car il

eût dans ce cas entonné un _Te Deum_; mais il était sûr qu'il le serait,

et bien mieux encore, fusillé. L'autre voyageur hasarda de dire: Je ne

crois pas cela. Enfoncée dans mon coin, retenant ma respiration,

craignant ma colère, il me semblait voir du sang aux mains du courrier,

et la crainte du moindre contact m'eût fait jeter à bas de la voiture.

Je ne rapporte ces tristes scènes, trop communes dans les temps de

parti, que pour qu'on juge de ce qu'un pareil voyage dut me coûter

d'angoisses, de sentimens étouffés, d'affreux pressentimens. Je touchais

heureusement à la dernière poste.

Je connaissais dans ce pays la soeur d'un sergent de la garde que le

maréchal protégeait particulièrement. Cette excellente femme était

dévouée comme son frère au héros qu'on ne pouvait connaître sans

l'aimer. Son frère avait quitté le service avec un bras de moins et une

croix de plus, comme il disait plaisamment, et vivait dans une petite

métairie avec sa soeur. Je fus chez eux: on me guida vers le château où

Ney s'était retiré. On se chargea de l'avertir que j'étais dans le

voisinage. Pauvre jeune fille! comme elle me pressait les mains en me

demandant si je croyais qu'il y eût à craindre pour Monsieur le

maréchal! Comme sa sensibilité naïve se montrait bien dans ses regards.

«Oh mon Dieu! Madame, mais mon pauvre frère Henri, il n'y survivrait

pas. Il parle de réunir des amis et d'enlever son général si on venait

pour le prendre.» J'écoutais cela, j'étais tout oreille et espérance.

«Oui, Madame, si on osait venir, il y a vingt amis de mon frère Henri

qui sont prêts à se dévouer. Nous avons déjà un mot d'ordre, _courage,

bravoure_.

«--Eh bien! lui dis-je, ma bonne Louise, je suis des vôtres, et que le

mot d'ordre soit: _Sauvons le héros!_

«--Ah! oui, sauvons-le, répondit Louise, en pressant ma main entre les

siennes.

Il était près de huit heures et demie. Nous étions arrivées derrière le

château d'une des parentes de l'épouse du maréchal, chez laquelle Ney

s'était réfugié. J'avais eu soin de m'informer si la maréchale y était;

car n'ayant jamais manqué en rien au respect que je lui devais, la

bienséance eût encore imposé des bornes à la douleur, comme elle avait

souvent réprimé les élans de la tendresse. Mais la maréchale était

restée à Paris, veillant aux démarches que pouvait rendre nécessaire une

précieuse destinée. Ce fut encore un court instant de bonheur que le

sort m'avait ménagé de pouvoir, sans offense, prouver à Ney malheureux

toute la profondeur d'un amour ranimé par l'idée de son péril. Louise

fut l'avertir avec précaution; elle m'avait laissée seule dans un

endroit écarté, derrière le château. J'étais vêtue en homme: je ne me

cachais donc pas autant, étant sûre d'être moins remarquée, s'il fût

venu quelqu'un du château; mais cependant je sentais la nécessité de

n'être pas reconnue, et je ne saurais dire les cruelles réflexions dont

cette nécessité accabla mon ame. Tous les sentimens qui la remplissaient

alors ne pouvaient que m'honorer, car Dieu m'est témoin que depuis

long-temps je n'avais plus sur Ney que les droits du souvenir et de

l'amitié. Dans cet instant terrible, j'aurais donné ma vie pour sauver

la sienne, pour le conserver à son épouse et à ses fils. Oui, pour le

sauver j'eusse fait, je crois, le serment de ne le revoir jamais, ma

mission une fois accomplie.

Quand une pensée profonde m'agite vivement dans la solitude, il est rare

qu'il ne m'échappe pas quelque exclamation. Qui sait, mon Dieu! si

lui-même ne me blâmera pas? ah! m'écriai-je, qu'il est affreux d'être

descendue à une position où on n'a même plus l'espoir d'être approuvé

pour un dévouement qui nous ferait mépriser la mort et les tortures; je

pressais mon coeur qui battait à s'échapper de mon sein. De rares mais

brûlantes larmes coulaient le long de mes joues. Les momens étaient

longs, l'obscurité commençait à s'étendre autour de moi. Cette démarche

faite dans un si noble but et avec cette ardente précipitation d'agir

que les lecteurs me connaissent, cette démarche commençait à me paraître

sujette à une fâcheuse interprétation, et si une voix qui trouvait

toujours le chemin de mon coeur, si la voix de Ney ne m'eût rendue à

moi-même, à l'idée de son péril, je crois que je me serais enfuie avec

terreur de ces lieux où je n'étais venue que pour conserver un ami, et

sauver ses jours.

«Ida, me dit-il avec une vive émotion; quoi, pauvre Ida! vous ici;» et

il m'entraîna vers un banc. «Je vois bien, ma pauvre amie, que vous

craignez pour moi.

«--Oui, et votre sécurité me désole, car vous allez être arrêté. Oh!

fuyez, allez en Suisse pendant qu'il en est temps; laissez passer

l'orage. Si vous voulez m'admettre au partage glorieux de votre exil, je

suis prête; si vous voulez m'employer pour rassurer votre femme, vos

fils, vous connaissez mon coeur et mon activité; je puis hasarder ce que

son titre de mère et son rang lui défendent. Ney, fuyez, prenez pitié de

vous-même, de votre famille et de moi.» Il y avait une aveugle confiance

dans sa résolution, et encore plus une preuve de sa loyauté.

«Ma bonne Ida, reprit-il, mais je n'ai rien fait de plus que les autres

maréchaux, que l'armée tout entière; j'ai résisté plus long-temps au

torrent; Bertrand peut en rendre témoignage: je suis retourné à mes

aigles comme mes frères d'armes; mais ne suis-je compris comme eux dans

l'article XII de la convention militaire. C'est cette espérance de

sécurité qui nous a fait à tous déposer les armes. Tranquillisez-vous

donc, bonne Ida, retournez à Paris. Si je crois nécessaire de partir,

j'irai en Suisse, et alors je vous ferai connaître à ma femme,

peut-être; mais, à présent, promettez-moi de reprendre la poste de

Paris; attendez paisiblement mes nouvelles.

«--Paisiblement! lorsque tout y tremble pour vous.

«--C'est sans motif, sans raison; car je suis positivement sûr que je

n'ai rien à craindre.

«--Et vous les croyez, ces conseils dangereux; et les prévoyances du

coeur, vous y restez sourd! Ney, fasse le ciel que vous n'ayez pas à vous

repentir d'une confiance qui prouve beaucoup plus de loyauté que de

prudence!»

Nous nous étions levés, et nous marchions vers la porte derrière le

château; je pressais son bras contre mon sein; je m'y attachais avec une

sorte de douloureuse sécurité. Tout à coup Ney s'arrête, et, avec un ton

qui me semblait très ému, il me dit: «Ida, vous rappelez-vous la

conversation que nous eûmes à Michelberg, et votre promesse?

«--Mon ami, pourquoi me la rappeler en ce moment? Oh! mon Dieu, ce

souvenir serait-il un affreux pressentiment? oh! sauvez-moi la douleur

de cette parole, je suis prête à la tenir; mais ne vaut-il pas mieux en

prévenir pour vous les dangers?»

Et ma tête brûlante tomba sur son sein; il m'y pressa fortement, me tint

long-temps serrée dans ses bras; puis, s'en arrachant comme par un

effort pénible: «Adieu, Ida, me dit-il, mais non... au revoir à Paris.

Calme, prudence et souvenir.» Nous étions à la porte du château, je

l'ouvris: «Adieu, au revoir,» lui dis-je; il déposa un baiser sur mon

front, et, s'éloignant avec rapidité, il me cria: «Dans tous les cas,

chère Ida, je compte toujours sur l'exécution de la promesse faite à

Michelberg.»

Il n'était plus là, et je restai les bras tendus vers le lieu où il

venait de disparaître; et ces paroles, cette promesse rappelée, me

fixèrent immobile à ma place, jusqu'au moment où la douce voix de Louise

vint me tirer de cet anéantissement.

Je restai une heure à la métairie du frère de Louise, puis ils me

reconduisirent à l'auberge de la poste, à une assez grande distance.

Bognot (nom du sergent retiré), qui partageait mes craintes, ne cessait

cependant de m'assurer qu'il n'y avait pas encore de danger; que, dans

tous les cas, il ne laisserait certainement pas enlever son maréchal;

qu'il y avait des hommes braves et dévoués en force pour résister à la

gendarmerie. Hélas! Ney lui-même se livra à ceux qui vinrent l'arrêter;

il les appela, il paralysa le zèle de ses amis, de ce militaire

courageux qui voulut l'arracher à l'escorte. La fatalité avait marqué

cette grande victime; et celui que la mort épargna dans cent batailles,

toutes soutenues pour la France, se rendit lui-même aux mains chargées

de le livrer à la rigueur des lois!

Mémoires d'une contemporaine. Tome 6 Souvenirs d'une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat, de l'Empire, etc... · 第 24 / 35 题