Le 22e se trouva dans les tranchées le jour de Noël 1916 et fut par
conséquent moins chanceux que l'année précédente à la même date;
cependant l'artillerie anglaise réussit ce jour-là à réduire au silence
les batteries ennemies, et c'est avec une joie qu'on pourrait appeler
professionnelle que les hommes écoutèrent les tonnerres triomphants
des canons qui les protégeaient. Le temps était beau, et l'on put
goûter dans une paix relative le contenu des colis postaux remplis
de petites douceurs que la poste avait apportés du Canada pour cette
grande journée. Est-il besoin de dire que la tranchée retentit toute
la journée de chansons et de cantiques de circonstance, auxquels se
mêlait de temps en temps l'éclatement d'un obus ennemi, mais on ne s'en
occupait pas, les corps étaient ici au devoir, mais la pensée ailleurs.
Le mois de janvier, toujours rude dans le nord de la France, ne devait
pas se démentir cette année-là. Il commença par un déluge de pluie
qui obligea la brigade à des réparations constantes aux tranchées qui
s'éboulaient. Puis le temps changea du tout au tout et n'en devint que
pire. Du jour au lendemain le froid s'établit, avec accompagnement
de tempêtes de neige, et la vie dans les tranchées devint presque
intenable. Le vent glacé sifflait le long des tranchées et ne laissait
pas un coin sans y jeter son frisson et la neige qu'il charriait avec
lui. Elle éteignait à moitié les brasiers improvisés et pour lesquels
on n'avait pas une provision suffisante de combustible; et les hommes
grelottaient sans aucun moyen de se réchauffer. On se souviendra
longtemps de ce secteur et de cette saison. Le moral des troupes, comme
on dit, n'en fut cependant pas affecté, et la 5e brigade resta digne
de sa réputation de courage agressif; les gars du 22e prouvèrent plus
d'une fois à l'ennemi qu'ils n'étaient pas pour se laisser engourdir
par un peu de poudrerie.
Le froid dura jusqu'au milieu de février, et c'est alors que le 22e
et quelques autres unités de la 2e division furent transférés dans la
région de Vimy, au Bois des Arleux, où ils relevèrent des troupes de la
3e division dans le secteur La Folie-Thélus.
Pendant quelque temps, les opérations prirent ici la forme de duels
fréquents entre les francs-tireurs du 22e et de l'ennemi, qui se
connaissaient mutuellement de longue date. Le tempérament agressif des
Canadiens français sembla stimuler encore le Boche, qui s'efforçait de
rendre coup pour coup et d'imiter de son mieux les ruses de guerre de
nos hommes. Mais ceux-ci finirent toujours par avoir le dessus à la
longue, ce qui finit par dégoûter l'Allemand au point qu'il n'y avait
plus moyen de le faire sortir. C'est vers cette époque qu'eut lieu
l'acte de bravoure remarquable du soldat DeBlois du 22e bataillon. Les
soldats de la 4e division ayant lancé une attaque assez considérable
contre une partie du front ennemi, ils laissèrent en retraitant un bon
nombre de leurs blessés dans les trous d'obus du champ de bataille.
DeBlois s'offrit volontairement pour aller les chercher et réussit à
en ramener treize en dépit d'une pluie de balles que lui lançaient les
mitrailleuses ennemies. La mort l'effleura de près, car une balle perça
son casque de part en part, mais l'héroïque Canadien français persista
dans son sauvetage jusqu'à ce qu'il fût sérieusement blessé au bras.