Il y avait dans le système de défense de Courcelette deux groupes de
tranchées que l'on désignait sous les noms de Regina et de Kenora,
et les combats les plus violents se livrèrent pendant plus d'un mois
pour la possession finale de ces tranchées; au plus fort de la lutte,
dans la nuit du 27 novembre, la 5e brigade fut appelée à entrer dans
la danse et elle devait y éprouver des revers sérieux et répétés,
dont nous ne donnons pas le détail pour continuer de nous confiner
à l'historique des faits d'armes auxquels le 22e prit part; deux de
ses compagnies furent appelées le 1er octobre à renforcer le 24e et
le 25e bataillons, qui avaient reçu ordre d'occuper si possible les
deux systèmes Kenora et Regina. Ces deux bataillons devaient souffrir
beaucoup de cette attaque contre des positions qui se révélèrent
plus fortes encore qu'on ne l'avait cru. Les patrouilles avaient
découvert que l'ennemi y était en nombre et qu'il y avait accumulé les
mitrailleuses et les défenses en fil barbelé. Aussi était-il nécessaire
que la préparation d'artillerie fût intense, afin de détruire tous les
pièges ainsi tendus à nos hommes lorsqu'ils se lanceraient à l'assaut.
Malheureusement, il appert que notre bombardement fut insuffisant, car
lorsque les nôtres eurent atteint et dépassé les tranchées Kenora,
ils se trouvèrent en face d'une véritable forêt de fil barbelé dans
lequel ils s'empêtrèrent tandis que l'ennemi dirigeait sur eux le feu
concentré d'innombrables mitrailleuses. De ce moment le coup était
manqué; les Canadiens tombaient comme des mouches, et le combat se
transforma en une série de luttes entre groupes et individus, l'ennemi
ayant toutes les chances de son côté. Cependant, un petit nombre de
Canadiens purent s'établir au commencement des tranchées Regina, mais
ne purent en repousser les Boches et se firent tuer jusqu'au dernier.
Les survivants, en petit nombre, se retirèrent dans les tranchées
Kenora, où ils se défendirent désespérément contre de nombreuses
contre-attaques et un arrosage meurtrier de l'artillerie, jusqu'à ce
qu'on pût leur envoyer des relèves, le soir du 2 octobre. Il ne leur
restait plus qu'à retourner à l'arrière se reposer et reformer leurs
rangs tristement éclaircis.
[Illustration: LE MAJOR HENRI CHASSÉ, M.C.]
Ceux qui virent passer les restes de la 5e brigade s'en allant
à Bouzincourt n'oublieront jamais le spectacle qu'offraient ses
bataillons épuisés et décimés, et ses hommes boueux, hagards, barbus,
mais le coeur ferme et jurant bien de prendre leur revanche à la
première occasion favorable; la devise "Je me souviens" prenait de ce
moment une signification plus précise encore et comme plus personnelle,
chaque soldat se promettant de faire payer cher aux Boches les mauvais
jours qui venaient de s'écouler.