Le temps passait, cependant, et la fête de Noël arriva comme par
surprise tellement l'on était occupés par les luttes et les événements
de chaque jour. Le 22ème eut la chance d'être relevé le soir du 24
décembre et de passer la journée du lendemain dans de confortables
logements de l'arrière. Officiers et soldats firent de leur mieux pour
que la fête fût joyeuse, mais comment pouvait-on éviter de songer
aux absents de là-bas, aux douceurs du foyer lointain, à la neige
étincelante et aux grands horizons clairs du pays canadien, pendant
que la brume et les pluies incessantes des Flandres se mêlaient au
bruit du canon pour faire sentir tout le poids de l'éloignement? Jamais
peut-être plus ferventes prières ne montèrent aux pieds de l'Enfant
Dieu, pour qu'il nous accordât la victoire et ramenât bientôt les
défenseurs à leurs foyers.
La 5ème brigade avait cependant travaillé sans relâche à réparer les
ravages causés par l'ennemi et par la pluie, et à rendre les tranchées
plus habitables, on peut même dire plus confortables. Il devint alors
possible de se livrer à une plus grande activité d'offensive au moyen
d'incursions et de patrouilles fréquentes, et le 22ème ne resta pas en
arrière dans cette nouvelle phase, qui allait si bien au tempérament
français. C'est au lieutenant Vanier et à ses quatre compagnons que
semble revenir la palme du plus brillant fait d'armes de ce genre pour
le commencement de l'année. Dans la nuit du deux janvier, en effet, ces
cinq braves se glissèrent dans l'obscurité au travers des défenses en
fil barbelé de l'ennemi, et firent sauter au fulmi-coton tout un nid de
mitrailleuses, après quoi ils s'en revinrent sains et saufs dans leur
tranchée. L'entreprise avait été plus que dangereuse et démontra une
fois de plus l'aptitude des Canadiens français à battre les Allemands à
leur propre jeu. On ne pouvait manquer de le remarquer en haut lieu, et
bientôt une période nouvelle s'ouvrit pour le 22ème.
Le génie inventif des Anglais s'était attaché à améliorer les armes
anciennes et à en inventer de nouvelles et de plus puissantes, et il
devint bientôt nécessaire de créer des écoles où les soldats pussent se
familiariser avec ces nouveaux engins de guerre. La 2ème armée, dont
faisait partie la 5ème brigade, avait établi un certain nombre de ces
écoles dans des villages tranquilles, situés à bonne distance de la
ligne de feu et des experts y donnaient à des groupes tirés de chaque
bataillon, des leçons sur le maniement compliqué des mitrailleuses,
l'organisation des attaques avec bombes et grenades, l'emploi des
gaz et les moyens de se défendre de ceux de l'ennemi, les tactiques
de la guerre de tranchées, etc., etc. Les hommes assistaient à ces
cours jusqu'à ce qu'ils y fussent devenus experts, et un bon nombre de
Canadiens français en purent profiter, de sorte que lorsque l'arrivée
de la 3ème division nécessita un changement de position, le 22ème avait
dans ses rangs tous les spécialistes voulus pour lui permettre de se
porter à l'offensive selon toutes les dernières inventions de la guerre
moderne.