De la rébellion des Flamens.
Au mois d'octobre ensuivant, l'an mil trois cent soixante-dix-neuf
dessusdit, s'esmurent les Flamens contre le conte de Flandres en la
ville de Gand par aucuns excès que les gens et serviteurs dudit conte y
avoient fait et faisoient de jour en jour, si comme l'en disoit. Et
tuèrent à Gand le baillif du conte et fu tout le païs d'un accort,
excepté aucuns singuliers qui se trairent devers le conte, et aussi
aucunes villes comme Audenarde et Terremonde où il misrent siège. Et
après ce qu'il orent tué ledit baillif, il alèrent en un chastel emprès
Gand qui estoit dudit conte, appellé Andringhem, et y boutèrent le feu
et l'ardirent. Et puis alèrent à Ypre où il avoit aucuns gentilshomes et
qui se tenoient de la partie du conte, et autres alèrent mettre siège
devant Alos et ainsi tindrent trois sièges tout à une fois. Et quant le
duc de Bourgoigne sceut ces choses, qui avoit espousée la fille dudit
conte de Flandres, il se traist vers les marches de Flandres, et
premièrement ala à Tournay et fist sentir à ceux qui estoient devant
Audenarde qu'il parleroit volentiers à eux: lesquels luy accordèrent
d'envoyer à l'encontre de luy en certaine place, c'est assavoir entre
Tournay et Audenarde. Et ainsi le firent, et par pluseurs journées
assemblèrent avec le duc de Bourgoigne tant que finablement fu traictié
fait et accordé en telle manière: premièrement que le conte de Flandres,
pour Dieu, à la requeste dudit duc de Bourgoigne, pardonneroit aux
Flamens tout ce qu'il avoient meffait contre luy. Item, que ledit conte
leur devoit faire réséeller tous les privilèges en la manière qu'il fist
quant il entra en Flandres, et qu'il leur promist à les tenir selon leur
anciennes coustumes. Item, que sé aucunes lettres ont esté faites ou
données depuis le temps dessusdit contre les privilèges desdis Flamens,
ledit conte les leur doit rendre et doivent être adnichilées. Item, les
Alemans qui ont esté avec ledit conte en ceste guerre doivent jurer que
jamais ne mefferont à ceux du païs de Flandres. Item, que tous les
bourgois et manans du païs qui en sont partis et ne sont alés avec les
communes du païs, et aussi ceux du conseil dudit conte venront audit
païs et leur fera-l'en loy; et au cas que l'en les trouvera coupables,
l'en leur fera amender par l'ordenance de vint-cinq hommes esleus en
trois bonnes villes de Flandres. Item, que ces vint-cinq hommes
dessusdis qui seront pris et esleus en trois bonnes villes feront
franques vérités, d'an en an par tout le païs de Flandres; et ce dont
seront d'accort sera jugié et tenu et mis à exécucion par ledit conte de
Flandres. Item, lesdis Flamens requéroient et vouloient que la partie
d'Audenarde par devers la ville de Gand et certaine quantité des murs
d'un costé et d'autre fussent abattus et démolis jusques au rez de
terre. Après aucuns traictiés se misrent de cest article en l'ordenance
dudit duc de Bourgoigne, et de douze bourgois des trois bonnes villes,
c'est assavoir de chascune quatre; et doivent avoir prononcié leur dit
dedans quinze jours après le premier dimenche des Avens mil trois cent
soixante-dix-neuf dessusdit. Item, le prévost de Bruges, principal
conseiller dudit conte de Flandres, doit estre hors du conseil et païs
de Flandres à tousjours. Lequel traictié fu passé et accordé par ledit
conte, et lettres faites et scellées soubs son séel.
En l'an dessusdit et en l'yver ensuivant, furent les rivières de Saine
et de Marne, d'Yonne et d'Oise moult grans.