CIV.

De la rébellion de Montpellier.

Le mardi vint-cinquiesme jour du mois d'octobre en celuy an, les

habitans de Montpellier, par une commotion universal, misrent à mort en

la ville de Montpellier messire Guillaume Pointel chevalier, chancelier

du duc d'Anjou, frère du roy et lieutenant en toute Langue d'oc; messire

Guy de Lesterie, seneschal de Rouergue; maistre Arnoult de Lar,

gouverneur de Montpellier; maistre Jacques de la Chaynne, secrétaire

dudit duc; maistre Jehan Perdiguier, gouverneur des finances dudit duc,

et pluseurs autres officiers tant du roy comme du duc d'Anjou, jusques

au nombre de quatre-vins personnes ou de plus. Et après ce que il orent

mis à mort les dessusdis, il les giettèrent en pluseurs puis de ladite

ville. Et ce firent, pour ce que lesdis conseilleurs leur avoient requis

aide au nom dudit duc d'Anjou pour le fait de la guerre de Langue d'oc.

Dont ledit duc d'Anjou fu moult troublé, et non sans cause.

Le mercredi, vintiesme jour dudit mois, l'an dessusdit, à Montargis, en

la présence du roy, furent faites les fiançailles de madame Yolant,

nièce du roy et fille du duc de Bar, qui avoit espousée la suer du roy;

et la fiança un chevalier, procureur du duc de Gironne, ainsné fils du

roy d'Arragon. En ce temps se reprisrent les traictiés entre les roys de

France et d'Angleterre; et envoya le roy ses messages solennels pour

lesdis traictiés ès marches de Picardie, tant à Bouloigne comme à

Saint-Omer. Mais en ce temps ne fut aucune chose faite.

Item, en ce temps, le conte de Saint-Pol, qui longuement avoit esté

prisonnier en Angleterre, vint en Flandres et fut le roy suffisamment

informé qu'il avoit traictié avec les Anglois de leur bailler et mettre

ès mains toutes les forteresses que il avoit au royaume de France. Et

pour ceste cause fist le roy prendre et saisir toutes lesdites

forteresses et y fist mettre gens de France de par luy, et aucunes en

bailla en garde et gouvernement à Jehan de Ligny, frère dudit conte de

Saint-Pol. Et quant ledit conte de Saint-Pol vit que son fait étoit

rompu, et qu'il ne povoit aux Anglois tenir ce que il avoit promis, il

s'en retourna en Angleterre et espousa la suer du roy d'Angleterre.

En celle année dessusdite, les Anglois misrent une armée sur la mer pour

passer en Bretaigne, si comme l'en disoit; et fu environ la Conception

Nostre-Dame. Et quant il furent sur la mer, il orent telle fortune que

pluseurs d'eux périllèrent; et disoit-l'en que il en avoit eu de

périllés jusques au nombre de six cent hommes d'armes ou plus. Et les

autres retournèrent en Angleterre.

Et environ Noël ensuivant, en la présence du roy et de pluseurs autres,

se déclara le duc de Breban pour la partie du pape Clément VII. En celle

année crut peu de vin en Aucerrois et sur la rivière d'Yonne.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 282 / 339 题