L.

Coment Charles, empereur de Rome, escript au roy que il vouloit venir en

France.

En celuy temps mil trois cens septante-sept, escript au roy l'empereur

de Rome Charles, le quatriesme de ce nom, par lettres escriptes de sa

main, et par deux messages par luy envoiés, l'un assés tost après

l'autre, qu'il estoit ordené pour venir en France veoir le roy et faire

certain pèlerinage où il avoit sa dévocion, de quoy le roy fu moult

liés. Et pour ce que par lesdites lettres, il ne mandoit pas le temps de

son venir né par quel part il entendoit à entrer au royaume, luy renvoia

le roy de ses chevaucheurs pour luy en rapporter la certainneté;

lesquels luy rapportèrent que à l'entrée d'Alemaigne, en la duchiée de

Luxembourg, il avoient trouvé le roy des Romains, fils dudit empereur jà

venu audit lieu de Luxembourg, et estoit venu à petite compaignie en

habit mesconnu, luy et ses gens estimés entour quarante chevaux. Et

quant le roy fu de ce acertené, il se pensa que l'empereur ne feroit pas

longue demeure après la venue de son fils que il avoit envoié devant. Si

envoia hastivement à Rains et jusques à la ville de Mouson entrée de son

royaume, et par où ledit empereur devoit venir en celles parties, les

contes de Sarebruche et de Braine, ses conseilliers; le sire de La

Rivière, son premier chambellan, et messire Pierre de Chevreuse, maistre

de son hostel, en leur compaignie, et autres de ses serviteurs, pour

aler à l'encontre dudit empereur, et le recevoir honorablement à

l'entrée du royaume. Et demourèrent lesdites gens du roy audit lieu de

Mouson bien quinze jours; auquel temps il n'orent nulles nouvelles dudit

empereur, combien qu'il envoiassent audit lieu de Lucembourg, devers son

fils, pour en savoir la certaineté, lequel semblablement leur fist

savoir que nulle certaineté n'en savoit. Pour lesquelles choses le roy

les remanda. Et assez tost après leur retour, vint un messaige de

l'empereur au roy, et luy apporta lettres escriptes de sa main,

èsquelles il se excusoit de sa demeure, pour certaines guerres qui

estoient en aucunes parties d'Allemaigne, lesquelles il avoit desjà en

partie et vouloit du tout mettre en paix, avant son département, et luy

faisoit savoir que sans nulle faulte, il seroit huit jours devant Noël à

Paris; et que pour certaines causes et pour tenir plus brief et meilleur

chemin, il avoit changié son propos de venir par Lucembourg, mais il

venroit par Brebant, Hénau et Cambray; et pour ce manda son fils estant

à Lucembourg venir en Breban à luy, lequel le duc de Breban, son frère

et la duchesse sa femme, avecques les bonnes gens du païs receurent

moult honorablement. Et là, devoit venir à luy le conte de Flandres,

lequel se parti de Gand pour cette cause, à tout quarante chevaliers en

sa compaignie pour venir à Bruxelles; et là furent pris les hostels pour

luy. Mais quant il fu près de là, il s'escusa pour maladie qui luy

survint. Pour ce, se envoia excuser par le chastelain de Diquemme et

autres de ses gens, et s'en retourna en son païs sans veoir l'empereur.

De là se parti ledit empereur et vint en Haynau, où il cuidoit trouver

le duc Aubert, gouverneur de Haynau, lequel il avoit là mandé; mais

ledit duc estoit alé en Hollande, et pour ce n'y vint point; et

toutesvoies ala ledit empereur au Quesnoy où ses enfans estoient, et là

demoura un jour et vit lesdis enfans.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 225 / 339 题