XLIX.

Coment ceux qui tenoient le chastel d'Auroy se rendirent à l'obéissance

du roy de France, par le sire de Cliçon.

En celle meisme saison, c'est assavoir le jour de la mi-aoust ensuivant,

ceux qui estoient au chastel d'Auroy en Bretaigne, devant lequel le sire

de Cliçon estoit à siège, le rendirent audit seigneur de Cliçon pour le

roy de France, et s'en alèrent en Angleterre. Et ainsi demoura toute la

duchié de Bretaigne au roy de France, excepté seulement le chastel de

Brest, devant lequel avoit bastides pour le roy de France, afin que ceux

dudit chastel ne peussent saillir hors.

En celuy meismes temps, le navire du roy de France qui estoit sur la mer

fut en Angleterre; et prinstrent ceux qui estoient dedens la ville de la

Rie bonne ville et grosse, et puis l'ardirent et la laissièrent. Et en

celuy temps, envoia le roy le duc de Bourgoigne, son frère, le sire de

Cliçon et pluseurs autres en la frontière de Calais avec ceux qui devant

y estoient; et le quatriesme jour de septembre, ledit duc et sa

compaignie alèrent devant la ville de Ardre qui, le septiesme jour dudit

moys, fut rendue audit duc pour le roy. Et ledit jour fu pris d'assault

le chastel de Banelinguen, et la forteresce de la Planque, rendue audit

duc pour le roy, et depuis aussi fu pris le chastel d'Andric. Et après

se parti ledit duc et sa compaignie du païs de Picardie, car il n'y

povoient plus besoingnier pour le temps qui fu trop pluvieux, mais il

establirent gens d'armes et arbalestiers, pour garder lesdites

forteresces qu'il avoient prises. Et toutesvoies les Anglois ne

retournèrent point à Bruges à la mi-aoust mil trois cens septante-sept,

pour faire les responses sur les offres qui leur avoient esté faites à

Bouloigne, ainsi comme il avoient promis, si comme il fu dit par

devant[320].

[320] En cet endroit, dans le manuscrit de Charles V, nº 8395, un

feuillet presqu'entièrement blanc sépare ce qui précède de ce qui

suit, et la main du calligraphe change. C'est que, comme je l'ai dit

plus haut, la rédaction du voyage de l'empereur fut faite dans le

temps même de son séjour en France. Il est probable que les

chapitres précédens ne furent faits que plus tard, et ne furent

transcrits qu'après le récit du voyage dans notre exemplaire, que

nous regardons comme le modèle de toutes les autres leçons. Ces

dernières l'ont à compter d'ici grandement défiguré, comme nous le

remarquerons.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 224 / 339 题