Du parlement que le roy tint pour le fait des appellacions, et dont
mencion est faite.
Le mercredi neuviesme[272] jour dudit moys de mai, veille de l'Ascencion
l'an dessus dit, le roy de France Charles fu en la chambre de parlement,
en la manière que le roy de France y a acoustumé de estre, et la royne
Jehanne assise d'encoste le roy, et le cardinal de Beauvais chancelier
de France au-dessus, au lieu auquel siet le premier président. Et de ce
renc séoient les arcevesques de Rains, de Sens et de Tours, et pluseurs
evesques jusques au nombre de quinze; et pluseurs abbés et autres gens
d'église envoiés à celle convocacion séoient ès bas bans et par terre.
Et au renc où séoient les lays de parlement, séoient les ducs d'Orléans
et de Bourgoigne, le conte d'Alençon, le conte d'Eu et le conte
d'Etampes, tous des Fleurs de lis, et pluseurs autres nobles; et aussi
avoit en ladite chambre gens des bonnes villes envoyés en ladite
assemblée, et d'autres si grant nombre que toute la chambre estoit
pleine. Et là fist dire et exposer le roy par ledit cardinal, et après
par messire Guillaume de Dormans, frère dudit cardinal, coment il avoit
esté requis par lesdis appellans du duchié de Guyenne, de recevoir leur
appelacions dont dessus est faite mencion, et coment il avoit esté
conseillié de les recevoir, et que il ne les povoit né devoit refuser,
et pour ce les avoit reçues, et donné ajournement aux appellans contre
ledit prince; coment, pour celle cause et pour autres, le roy
d'Angleterre avoit envoié par devers le roy de France, et coment le roy
de France avoit envoié en Angleterre les contes de Tanquarville et de
Salebruche, messire Guillaume de Dormans et le doyen de Paris. Et fist
dire le roy par ledit messire Guillaume de Dormans les responses que il
avoit faites audit roy d'Angleterre sur ses dites requestes, et aussi
les requestes que il luy avoient faites pour le roy de France, et la
response que avoit fait sur tout le conseil du roy d'Angleterre, tout en
la forme et manière que escript sera ci-après. Et fu dit par la bouche
du roy à tous que sé il véoient que il eust fait chose que il ne deust,
que il le déissent et il corrigeroit ce que il avoit fait[273], car il
n'y avoit faite chose que bien ne se peust adrecier sé deffaut ou trop
avoit fait; et fu di à tous, tant par le roy comme par ledit cardinal,
que chascun y pensast et que le vendredi ensuivant refeussent bien matin
en ladite chambre pour dire leur avis sur ce.
[272] _Le mercredi neuviesme_. Et non pas le _mardi vint-uniesme_,
avec les éditions précédentes et plusieurs manuscrits. Cette
année-là, le vingt-un mai tomboit un lundi, et le neuf étoit bien un
mercredi, comme le porte la leçon de Charles V.
[273] Voilà un exemple remarquable de _l'absolutisme_ de notre
ancienne monarchie.
Item, le jeudi ensuivant, jour de l'Ascension à relevée, le roy, la
royne Jehanne et grant nombre des conseilliers du roy, tous les prélas
et les nobles refurent assemblés en ladite chambre de parlement, et dist
le roy et fist dire par le cardinal et par messire Guillaume de Dormans
son frère, les causes pour lesquelles il avoit receu les appeaux fais du
prince et de ses officiers, par lesdis conte d'Armignac, seigneur de
Lebret et leur adhérens. Et dist lors le roy que il vouloit avoir leur
conseil et avis, se il avoit en aucune chose failli ou erré: lesquels
tous d'un accort, chascun par sa bouche, respondirent que le roy avoit
raisonnablement fait ce que il avoit fait, et ne le devoit né povoit
reffuser, et que sé le roy d'Angleterre faisoit guerre pour celle cause,
induement la feroit et sans raison. Item, le vendredi matin ensuivant,
onziesme jour dudit moys de mai, le roy, ladite royne, les prélas, les
nobles, les bonnes villes refurent assemblés en ladite chambre de
parlement, et furent tous d'accort par la manière que avoient esté les
autres le jour précédent à relevée; et après furent leues les responses
qui avoient esté avisées à faire au roy d'Angleterre sur la bille[274]
ou cédule qui avoit esté bailliée ès gens du roy de France en
Angleterre, lesquelles responses furent approuvées de tous ceux de
ladite assemblée. Et si fu ordené que le roy les envoieroit en
Angleterre au conseil du roy d'Angletere, et ainsi fu fait.
[274] _Bille_. Et non _bulle_, comme les éditions précédentes. C'est
encore aujourd'hui le mot anglois _bill_.
* * * * *
Cy après s'ensuyvent les escriptures qui furent leues devant le roy, et
premièrement la bille ou cédule qui fu apportée d'Angleterre. C'est la
teneur de la bille ou cédule bailliée par le roi d'Angleterre ou son
conseil aus messages derrenièrement envoiés en Angleterre par le roy de
France, et est ladite bille ou cédule signée de maistre Jehan de
Brankette, secrétaire dudit roy d'Angleterre.