ANNÉE 1369

L'an de grace mil trois cens soixante-neuf, le samedi après Pasques, qui

fu le septiesme jour d'avril, car Pasques furent celui an le premier

jour d'avril, le mariage qui longuement avoit esté traictié de messire

Phelippe, frère du roy de France Charles, et duc de Bourgoigne, et de

Marguerite fille de messire Loys conte de Flandres, fu passé et accordé

par certaine manière et condicion dont mencion sera faite ci-après,

après ce que la cronique fera mencion de la solempnisacion dudit mariage

en sainte église.

Item, le dimenche vint-neuviesme jour dudit moys d'avril l'an dessus

dit, la ville d'Abbeville en Pontieu se rendi aux gens du roy de France;

c'est assavoir à messire Hue de Chastillon, maistre des arbalestiers

dudit roy, pour et au nom dudit roy, comme à leur souverain seigneur. Et

celuy jour se rendi la ville de Rue[270]. Et celle sepmaine se rendirent

pareillement toutes les villes, chasteaux et forteresses de la conté de

Pontieu que le roy d'Angleterre tenoit, par telle manière que ledit roy

de France ot par ses gens la possession de ladite conté en dix jours

après ce que ladite ville d'Abbeville se fu rendue; excepté une

forteresse appellée Noyelle[271], laquelle n'estoit pas du demaine de

ladite conté, mais en estoit tenue en fief; et le demaine estoit à la

contesse d'Aubemarle, à laquelle contesse les gens du roy d'Angleterre

l'avoient ostée: et la tindrent messire Nicole Stauroure et autres

Anglois qui estoient dedens. Et les causes pour lesquelles le roy de

France fist prendre ladite conté et les autres terres assises en Guyenne

qui se mistrent en l'obéissance du roy de France, et par avant estoient

au roy d'Angleterre, seront ci-après escriptes.

[270] _Rue_. Petite ville de Picardie, à six lieues d'Abbeville.

[271] _Noyelle_. Aujourd'hui Noyelles-sur-Mer, bourg du département de

la Somme, à quatre lieues d'Abbeville.

Item, le second jour de mai, l'an dessus dit, se présentèrent en

parlement contre Edouart prince de Galles et duc de Guyenne, le conte

d'Armignac, messire Jean d'Armignac, le seigneur de Lebret, et pluseurs

autres nobles, consuls, consulas et communautés du duchié de Guyenne,

lesquels avoient appellé dudit duc de Guyenne.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 186 / 339 题