CXXXIV.

Les noms de ceulx qui demourèrent hostages en Angleterre pour le roy de

France.

Le jeudi ensuivant, vint-neufviesme jour du mois d'octobre, ledit roy de

France se parti de Bouloigne et ala à Saint-Omer, et aucuns de son

conseil qui estoient demourez à Calais pour parfaire les lectres et les

autres choses qui estoient à parfaire, s'en partirent le vendredi

ensuivant trentième jour dudit moys et alèrent à Saint-Omer, là où ledit

roy de France estoit. Et est à savoir que dès le samedi précédent

vint-quatriesme jour dudit mois d'octobre, après ce que ladite paix ot

esté jurée des deux roys, comme dessus est dit, ledit roy d'Angleterre

laissa le nom de roy de France et se appella roy d'Angleterre, seigneur

d'Irlande et d'Aquitaine: mais il ne renonça pas encore audit royaume de

France, et aussi ne renonça pas le roy de France aux ressors et

souverainetés des terres que il bailloit au dit roy d'Angleterre né à

l'homaige; mais il seurséoit du nom de roy de France et y devoit

renoncier quand certaines terres luy seroient délivrées, qui luy

devoient estre bailliées par ledit traictié. Item, le samedi ensuivant,

veille de la feste de Toussains derrenier dudit mois d'octobre, à matin

devant le jour, ledit roy d'Angleterre se parti de Calais et entra en

mer pour aler en Angleterre, et les hostaiges que le roy de France luy

avoit bailliés avecques luy; c'est assavoir: Monseigneur Loys et

monseigneur Jehan enfans dudit roy de France, lesquels ledit roy leur

père avoit fais ducs de nouvel; c'est assavoir monseigneur Loys, qui

estoit son second fils duc d'Anjou et du Maine qui par avant en estoit

conte; et ledit monseigneur Jehan duc d'Auvergne et de Berry, qui par

avant avoit esté conte de Poitiers, laquelle conté devoit estre bailliée

au roy d'Angleterre par le traictié, si comme dessus est dit. Après les

dessus dis monseigneur Loys et monseigneur Jehan, fils du roy de France,

furent hostages monseigneur Phelippe duc d'Orliens, frère germain dudit

roy de France; monseigneur Loys duc de Bourbon; monseigneur Pierre

d'Alençon et monseigneur Jehan frère du conte d'Estampes, tous des

Fleurs de lis; Guy, frère du conte de Bloys; le conte de Saint-Pol; le

seigneur de Montmorenci; le seigneur de Hangest; le seigneur de

Saint-Venant; le seigneur d'Andrezel; le conte de Braine en Laonnoys; le

seigneur de Coucy; le conte de Harecourt; le conte de Grantpré; le

seigneur de la Roche-Guyon; le seigneur d'Estouteville.

Item, le dimenche ensuivant, jour de la feste de Toussains, premier jour

du moys de novembre l'an mil trois cent soixante dessusdit, ledit roy de

France à sa messe fist chevalier un escuier d'Artoys appelé Jean

d'Ainville, qui avoit demouré avecques luy en Angleterre, et esté

maistre de son hostel tant comme le dit roy y avoit demouré. Et ce jour

entrèrent en la foy du roy quatre chevaliers de la partie du roy

d'Angleterre; c'est assavoir: monseigneur Rogier de Beauchamp;

monseigneur Guy de Briene; monseigneur Regnault de Cobehan, tous

Anglois, et monseigneur Gauthier de Mauny, Hennuyer, pour certaine rente

que ledit roy de France leur promist[213]. Et ledit samedi,

vint-quatriesme jour d'octobre, le duc de Lenclastre, monseigneur

Phelippe de Navarre et monseigneur Jehan de Montfort, qui avoit esté

fils du conte de Montfort qui s'en ala en Angleterre pour le débat du

duchié de Bretaigne, estoient entrés en la foy dudit roy de France, et

luy avoient fait homaige pour les terres que il tenoient en France avant

les guerres desdis roys; lesquelles terres leur furent toutes rendues

par ledit traictié.

[213] Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce

passage: «Les deux rois,» dit-il, «qui par l'ordonnance de la paix

s'appeloient frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son

costé la somme de huit mil francs de revenue par an, c'est à

entendre à chascun deux mil.» (Liv. I, part. II, ch. 143.)

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 148 / 339 题