Coment monseigneur le régent ala de Bouloigne à Calais pour veoir son
père le roy de France et des sairemens des deux roys, et de la paix du
roy de Navarre, et comment le roy de France se parti de Calais.
L'endemain, jour de mardy, treiziesme jour dudit moys, le duc de
Normendie parti de Bouloigne et ala à Calais, et disna ce mardy avecques
le roy d'Angleterre: et aussi fist le roy de France. Et les deux enfans
du roy d'Angleterre demourèrent à Bouloigne, et deux des enfans du roy
de France pour les compaignier. Item, l'endemain jour de mercredi,
quatorziesme jour dudit moys d'octobre, après ce que le dit duc ot disné
avecques son père le roy de France, il se parti de Calais et s'en ala au
giste de Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre s'en
retournèrent à Calais; et furent les choses si ordenées, que le dit duc
de Normendie, quant il retournoit de Calais à Bouloigne, et les deux
enfans du roy d'Angleterre, quant il retournoient de Bouloigne à Calais,
s'entre rencontrèrent ainsi comme en my-voie.
Item, en cette semaine le Begue de Villaines prist par escheler le
chastel de Pacy et la femme et les filles de monseigneur Pierre de
Saquenville qui estoient dedens. Item, le samedi vint-quatriesme jour
dudit moys d'octobre, l'an mil trois cent soixante dessusdit, les dis
roys de France et d'Angleterre jurèrent à Calais ensemble sur le corps
Jhesu-Crist et sur les saintes évangiles, tenir perpétuelement la paix
faite entre eulx sans enfreindre; et oïrent les deux roys messe ensemble
en deux oratoires, et ne alèrent point à l'offrande, pour ce que l'un ne
vouloit aler avant l'autre: mais l'en porta la Paix au roy de France
premièrement, lequel ne la voult prendre et issy de son oratoire et la
porta au roy d'Angleterre, lequel ne la voult prendre, et baisièrent
l'un roy l'autre sans prendre autre Paix. Et celuy jour fu faicte la
paix du roy de France d'une part, et du roy de Navarre et messire
Phelippe de Navarre son frère d'autre part; jasoit ce que le dit roy de
Navarre ne feust pas lors présent à Calais à faire ladite paix. Mais
ledit messire Phelippe y estoit, qui se fist fort pour son dit frère et
jura la dicte paix, et le duc d'Orléans, frère du roy de France, la jura
pour le roy son frère. Item, l'endemain le dymenche vingt-cinquiesme
jour du dit moys d'octobre, ledit roy de France Jehan fu à plain délivre
de sa dicte prison, et se parti à matin de Calais et s'en ala à
Bouloigne, et le convoia ledit roy d'Angleterre environ une lieue, et
après s'en retourna à Calais. Et le prince de Galles, ainsné fils du roy
d'Angleterre, ala avecques le roy de France jusques à Bouloigne. Item,
l'endemain jour de lundi vint-sixiesme jour dudit moys, le duc de
Normendie, ainsné fils du roy de France et ledit prince de Galles
jurèrent de rechief tenir ladite paix sans enfraindre; et aussi fist le
conte d'Estampes et aucuns autres grans seigneurs qui là estoient. Et
celuy lundy après disner, se parti ledit prince de Bouloigne et s'en
retourna à Calais. Et ainsi appert que ledit roi de France Jehan fu
prisonnier dudit roy d'Angleterre quatre ans, et tant comme il a, du
dix-neufviesme jour de septembre, à quel jour ledit roy fut pris comme
dessus est dit, jusques au vint-cinquième jour d'octobre que il fu
délivre.