Coment le roy de France vint d'Angleterre à Calais, et de l'emprumpt
pour le premier paiement de la raençon du roy.
Le dimenche, quatorziesme jour du moys de juing ensuivant, le roy de
France donna à disner au roy d'Angleterre en la Tour de Londres, et
firent moult grand semblant d'amour l'un à l'autre, et jurèrent par leur
fois baillées l'un à l'autre que il tendroient véritablement et
loyalment la paix dessus dite, par la manière que traictiée avoit esté.
Item, le mercredi, huitiesme jour du moys de juillet ensuivant, à matin,
arriva le roy de France à Calays, lequel y devoit estre, par le
traictié, dedens trois semaines après la nativité Saint-Jehan-Baptiste;
et le dimenche ensuivant, douziesme jour dudit mois, ledit régent parti
de Paris pour aler à St-Omer, pour faire acomplir ce que il pourroit
dudit traictié, afin que le roy de France, son père, feust délivré. Et
en ce temps fut ordené que l'en leveroit à Paris et en la viconté cent
mile royaux d'or par emprumpt que l'en feroit de toutes personnes
d'églyse, nobles et autres qui auroient puissance de prester; pour ce
que ladite ville de Paris avoit accordé à paier pour le premier paiement
de la raençon du roy, quatre-vint mile royaux d'or pour ladite ville et
viconté. Item, le vendredi, jour de feste Saint-Denis, neuviesme jour du
moys d'octobre ensuivant, ledit roy d'Angleterre arriva à Calais. Item,
le dimenche ensuivant, onziesme jour dudit moys, le roy de France qui
estoit encore au chastel de Calais, ala veoir ledit roy d'Angleterre, en
l'hostel où il estoit herbergié en ladite ville de Calais; car encore
n'avoient-il veu l'un l'autre depuis que ledit Anglois estoit entré en
ladite ville, fors quant ledit Anglois estoit descendu de la Nef; car là
luy estoit alé ledit roy de France à l'encontre, et s'entrefirent très
bonne chière, et pria le roy de France au roy d'Angleterre que il et ses
enfans dinassent l'endemain audit chastel avecques luy, lequel Anglois
s'i accorda. Et celuy dimenche traicta ledit roy de France la paix dudit
roy d'Angleterre et du conte de Flandres. Et l'endemain, jour de lundi,
douziesme jour dudit mois d'octobre, ledit roy d'Angleterre disna
avecques le roy de France audit chastel de Calais. Et séit à la table
premier le roy d'Angleterre, le roy de France secont, le prince de
Galles le tiers et le duc de Lanclastre le quart et le derrenier. Et
ainsi, comme il disnoient, le conte de Flandres entra à Calais et ala
droit au chastel, et fist la revérence en soy agenoillant devant le roy
de France, et après salua le roy d'Angleterre, sans agenoillier, et luy
fist le roy de France très bonne chière. Et après disner, deux des
enfans du roy d'Angleterre partirent de Calais, et deux des enfans du
roy de France les conduirent droit à Bouloigne, à l'encontre desquels
ala environ demie lieue le duc de Normendie, qui estoit en ladite ville
de Bouloigne, et les mena en ladite ville.