LXXXIX.

De la mort du prévost des marchans et de pluseurs autres ses aliés.

Le mardi darrenier jour du moys de juillet, le prévost des marchans et

pluseurs autres avec luy, tous armés, alèrent disner à la bastide

Saint-Denis. Et commanda ledit prévost à ceux qui gardoient ladite

bastide que il baillaissent les clefs à Joseran de Mascon, qui estoit

trésorier du roy de Navarre. Lesquels gardes desdites clefs disrent que

il n'en bailleroient nulles. Dont le prévost fu moult courroucié, et se

mut riote à ladite bastide entre ledit prévost et ceux qui gardoient

lesdites clefs, tant que un bourgois appellé Jehan Maillart, garde de

l'un des quartiers de la ville, de la partie de vers la bastide, oï

nouvelles dudit débat, et pour ce se traist vers ledit prévost et luy

dist que l'en ne bailleroit point les clefs audit Joseran. Et, pour ce,

eust pluseurs grosses parolles entre ledit prévost et ledit Joseran

d'une part, et ledit Jehan Maillart d'autre part. Si monta ledit Jehan

Maillart à cheval, et prist une bannière du roy de France et commença à

hault crier: «_Montjoie Saint-Denis au roy et au duc!_» tant que chascun

qui le véoit aloit après et crioit à haulte voix ledit cri. Et aussi

fist le prévost et sa compaignie. Et s'en alèrent vers la bastide

Saint-Anthoine. Et ledit Jehan Maillart demoura vers les halles. Et un

chevalier appelé Pepin des Essars qui rien ne savoit de ce que ledit

Jehan Maillart avoit fait, prist assez tost après une autre bannière de

France, et crioit semblablement comme Jehan Maillart: «_Montjoie

Saint-Denis!_» Et durant ces choses, ledit prévost vint à la bastide

Saint-Anthoine, et tenoit deux boistes où avoit lettres lesquelles le

roy de Navarre luy avoit envoyées, si comme l'en disoit. Si requistrent

ceux qui estoient à ladite bastide que il leur monstrast lesdites

lettres. Et s'esmut riote à ladite bastide, tant que aucuns qui là

estoient coururent sus à Phelippe Giffart qui estoit avec ledit prévost,

lequel se deffendi forment, car il estoit fort armé et le bacinet en la

teste; et toutesvoies fu-il tué. Et après fu tué ledit prévost et un

autre de sa compaignie appelé Simon Le Paonnier: et tantost furent

despoilliés et estendus tous nus sur les quarriaux en la voie. Et ce

fait, le peuple s'esmut pour aler quérir des autres et pour en faire

autel; et leur dist-on que, en l'ostel de Hocaus, à l'enseigne de

l'Ours, près de la porte Baudoier, estoit entré Jehan de l'Isle le

jeune. Si y entrèrent grant foison de gens et y trouvèrent ledit Jehan

de l'Isle et Gille Marcel, clerc de la marchandise de Paris, lesquels il

misrent à mort. Et tantost furent despoilliés comme les autres et

trainés tous nus sur les quarreaux devant ledit ostel et là furent

laissiés. Et tantost se parti ledit peuple et s'esmut à aler querre des

autres. Et ce jour, à la bastide Saint-Martin, fu tué Jehan

Poret-le-Jeune. Et furent les cinq corps dessus nommés trainés en la

court de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, et là furent mis et

estendus tous nus en ladite court, en la veue de tous, si comme il

avoient fait mettre les mareschaux, celui de Clermont et celui de

Champaigne: dont pluseurs tenoient que c'estoit ordenance de Dieu, quar

il estoient mort de telle mort comme il avoient fait morir lesdis

mareschaux.

Item, celui mardi, furent pris et mis au Chastellet de Paris, Charles

Toussac eschevin de Paris, et Joseran de Mascon trésorier du roy de

Navarre. Et le peuple qui les menoit crioit haultement le dessus dit

cri, et avoit chascun dudit peuple l'espée nue au poing.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 101 / 339 题