LXXXVIII.

Coment le prévost des marchans et ses aliés délivrèrent les prisonniers

du Louvre.

Le vendredi vingt-septiesme jour dudit mois de juillet, le prévost des

marchans et pluseurs autres jusques au nombre de huit vint ou deux cens

hommes armés et pluseurs archiers alèrent au Louvre; et, de fait, contre

la volenté dudit peuple et commun de Paris, délivrèrent lesdis Anglois

prisonniers et les misrent hors de Paris par la porte Saint-Honoré. Et

en les conduisant de la ville dehors, aucuns de ceux qui estoient avec

ledit prévost crioient et demandoient sé il i avoit aucun qui voulsist

aucune chose dire contre la délivrance desdis Anglois; et avoient leur

arcs tous tendus pour les délivrer de tous empeschemens, sé aucuns les

voulsist mettre en ladite délivrance; mais il n'y ot personne qui osast

parler né faire semblant; jasoit ce qu'il en fussent moult

douloureusement courrouciés en ladite ville de Paris.

Si s'en alèrent les Anglois à Saint-Denis avec le roy de Navarre, qui

tousjours y estoit demouré depuis le dimenche précédent; car il n'osoit

pas seurement retourner à Paris, si comme l'en disoit, tant pour cause

de ce que il n'avoit point aidié à ceux de Paris le dimenche précédent,

lorsque les Anglois les avoient tués, comme pour la délivrance des

Anglois du Louvre, laquelle avoit esté faite à la requeste dudit roy de

Navarre, si comme l'en disoit et voir estoit. Si en estoit le peuple de

Paris forment esmeu en cuer contre ledit prévost des marchans et contre

les autres gouverneurs; mais il n'y avoit homme qui osast commencier la

riote. Toutesvoies Dieu, qui tout voit, qui vouloit ladite ville sauver,

ordena par la manière qui s'ensuit.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 100 / 339 题