XXXVIII.

De la chandelle que ceux de Paris offrirent à Notre-Dame de Paris, et de

la réconciliation de ceux de ladite ville par devers monseigneur le duc,

et coment il fu si près mené que il se consenti de rassembler les trois

estas.

La vigile de ladite my-aoust, l'an dessus dit mil trois cens

cinquante-sept, offrirent ceux de Paris à Nostre-Dame une chandelle qui

avoit la longueur du tour de ladite ville de Paris, si comme l'en

disoit, pour ardoir jour et nuit sans cesse[61].

[61] Le don de cette immense bougie roulée fut souvent renouvelé, et

vers le XVIe siècle il étoit annuel. Enfin, on le remplaça par celui

de la lampe d'argent qui brûloit nuit et jour devant l'autel de la

Vierge. Villaret se trompe quand il dit que l'occasion de cette

offrande fut la réconciliation des bourgeois avec le dauphin. La

chronologie s'y oppose. M. Michelet, après le récit du pillage des

Navarrois, ajoute: «L'effroi étoit tel à Paris, que les bourgeois

avoient offert à Notre-Dame une bougie qui avoit, disoit-on, la

longueur du tour de la ville.» Ce motif est encore plus puérilement

imaginé, et le véritable c'étoit l'usage de faire un don à l'église

de Paris, la veille de l'Assomption.

Item, environ la saint Remy ensuivant, se réconcilièrent ceux de Paris

par devers monseigneur le duc de Normendie et firent tant que il

retourna en ladite ville en laquelle il n'avoit esté de lonc-temps. Et

luy distrent que il luy feroient très grant chevance, et ne luy

requeroient riens contre aucuns de ses officiers, né aussi la délivrance

du roy de Navarre, laquelle il luy avoient requise par pluseurs foys. Et

luy supplièrent que il voulsist que vint ou trente villes se

assemblassent à Paris; laquelle chose ledit monseigneur le duc leur

ottroia. Et furent mandées pluseurs villes de par luy; c'est assavoir,

jusques au nombre de soixante-dix ou environ, jasoit ce que il ne luy en

eussent requis que vint ou trente. Et quant il furent assemblés à Paris,

il ne firent aucune chose, mais alèrent devers ledit monseigneur le duc

et luy distrent que il ne povoient besongnier né riens faire, sé tous

lesdis trois estas n'estoient rassemblés; et luy requistrent les dessus

dis de Paris que il les voulsist mander, laquelle chose il leur ottroia.

Et envoia ces lettres aux gens d'églyse, aux nobles et aux bonnes

villes, et les manda. Et aussi envoia ledit prévost des marchans ses

lettres aux dessus dis, avec les lettres dudit monseigneur le duc. Et fu

la journée de assembler à Paris lesdis trois estas, an mardi après la

feste de Toussains ensuivant qui fu le septiesme jour de novembre, l'an

dessus dit. Et pendant ladite journée, fu ledit monseigneur le duc si

mené que il n'avoit denier de chevance, pourquoy il convenoit que il

féist tout ce que les dessus dis de Paris vouloient; et convint que il

mandast, à leur requeste, ledit evesque de Laon qui estoit en son

éveschié, lequel, par fiction, fist dangier[62] de retourner, et

néantmoins il vint tantost.

[62] _Dangier_. Difficulté.

Item, cedit mardi, après la feste de Toussains, se assemblèrent à Paris

aucunes gens d'églyse, nobles et autres envoiés des bonnes villes; et

moins que autrefois n'en estoit venu aux autres assemblées. Et

assemblèrent aux Cordeliers par pluseurs journées, et firent tant que le

parlement qui avoit esté ordené à seoir l'endemain de la saint Martin,

par ledit monseigneur le duc et son conseil, et jà avoit esté mandé par

les baillages, fu continué quant aux plaidoieries jusques au secont jour

de janvier; et depuis, par leur ordenance, fu continué jusques à

l'endemain de la Chandeleur.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 49 / 339 题