et présentant des dérivés du blanc avec le brun ou le noir. Cornes
moyennes, fines, légèrement aplaties, courbées en arc. Œil rentré sous
une grosse paupière plissée. Long et large fanon allant de la gorge
jusque sous le sternum. Membres fins. Corps bien proportionné.
C’est le type des Peuls du Sénégal et du Soudan, que les Arabes
fréquentant ces régions ont adopté et qu’on utilise comme porteur.
Type Arabe : Mêmes caractères que le précédent, sauf pour les cornes qui
sont courtes, droites ou très peu arquées.
Ces deux types ont de grandes affinités et leurs qualités sont égales.
[Illustration : FIG. 109. — Taureau : _Type peul_.]
Dans le Bas-Chari et plus rarement dans le Dékakiré on rencontre encore
un troisième type qui mérite d’attirer l’attention. C’est un grand zébu
dont la taille atteint celle de nos plus forts taureaux à cornes longues
et très fortes, à long et large fanon allant de la gorge jusque sous le
sternum. Ce type se rencontre également au Sénégal, dans le Baol, le
Cayor, le Djoloff et le Saloum ; il existe également dans le Haut-
Sénégal. Au dire des bouviers il est beaucoup moins rustique que les
deux types précédents.
C’est ce grand zébu qu’emploie le sultan Senoussi pour le portage de son
canon de montagne en bronze pesant 100 kilogrammes et de son affût.
Une autre petite race sans bosse, de taille inférieure à notre race
bretonne, a été aussi remarquée dans les troupeaux des postes, elle
paraît très rustique ; signalons enfin le bœuf des îles du Tchad, sans
bosse, ayant de grosses cornes, dont la taille atteint celle du grand
zébu, fortement charpenté, mauvais animal de boucherie, mais bon animal
de transport.
_Rendement en lait et beurre._ — A Koussri dans le Bas-Chari on a obtenu
en 1900 un rendement moyen de deux litres de lait par vache. A Ndellé,
pays de Senoussi, une vache type arabe a donné pendant quatre mois
(saison sèche) deux litres et demi de lait par jour. A Fort-Archambault,
en août 1903, c’est-à-dire pendant la saison des pluies, époque où
l’herbe est belle et tendre, sur 10 vaches, on a obtenu un rendement
moyen de 2 litres 58 par jour. Le 11 août trois de ces vaches ont donné
l’une 5 litres 17, la seconde 4 litres 65, et la troisième 4 litres 13.
Le rendement en beurre a été de 40 grammes de beurre par litre de lait.
_Ennemis du bétail._ — Un ennemi redoutable du bétail est la mouche
nommée Boguéné, Bodjéné, Boadjani (Tsétsé) par les Arabes qui occasionne
une mortalité considérable dans les troupeaux qui s’aventurent dans les
endroits où elle existe. Cette mouche pique comme le taon. Elle est
particulièrement abondante le long des rives boisées et toujours plus ou
moins marécageuses des cours d’eau importants et dans les parties
boisées confinant à ces cours d’eau. Dans les parties surélevées et
découvertes elle n’existe pas, et il en est de même de beaucoup de
régions plus ou moins boisées n’étant pas en contact avec les cours
d’eau précités. Elle est plus abondante à la saison des pluies qu’à la
saison sèche et ne circule pas la nuit.
Il existe aussi un moucheron nommé Douche par les Peuls possédant un
appareil de succion comme la tsétsé (?) qui s’attaque aux paupières du
bétail adulte et occasionne parfois la mort quand le nombre en est trop
considérable. Il laisse sur la peau de l’homme une petite tache rouge
comme celle que laisse la piqûre de la puce et qui persiste pendant 36
ou 48 heures ; pendant la succion si on chasse le douche, une
gouttelette de sang vient perler sur l’épiderme.
Comme fauves, citons le lion particulièrement abondant entre Bongo en
amont de Fort-Archambault et le poste des Lutos (Arètous), et la
panthère.
_Élevage dans les autres parties du territoire._ — Dans la colonie
l’élevage est possible ailleurs que dans les deux régions spéciales
d’élevage citées ci-dessus, et s’il n’est pas pratiqué ce n’est pas
parce que le terrain est défavorable, c’est parce que les indigènes qui
l’occupent ne sont pas des pasteurs.
La région proprement dite de l’élevage a été envahie à une certaine
époque par les Arabes et les Peuls, qui avec eux ont amené les troupeaux
indispensables à leur existence toute pastorale, et les descendants ont
fait ce que les ancêtres avaient fait. C’est donc par tradition que les
Arabes et les Peuls actuels sont pasteurs, et c’est par tradition aussi
sans doute que les nègres des régions limitrophes considérés avec dédain
par les Arabes et les Peuls et qualifiés de Kirdis (sauvages) ne sont
pas pasteurs.
L’élevage est possible ailleurs et il suffit pour cela de faire un choix
judicieux et prudent des emplacements. On peut s’en rapporter pour cela
aux bouviers qui, vivant continuellement avec leurs troupeaux, auront
vite déterminé les endroits favorables.
Le sultan Senoussi possédait en 1903 un magnifique troupeau à Ndélé.
La même année le poste de Fort-Archambault possédait aussi un magnifique
troupeau, une partie au poste même et l’autre partie à Balimba sur le
Bahr-el-Azreg.
Le troupeau de Fort-Sibut était en bonne voie de prospérité en novembre
1903, quoique ayant reçu des sujets trop jeunes et de race défectueuse.
La mission catholique de Bessou (21 kilomètres en amont de Fort-de-
Possel sur l’Oubangui) possédait un superbe troupeau, une partie
provenant du Chari et l’autre partie de chez le sultan Senoussi.
Il est évident que la stabulation pour la nuit et pendant les mauvais
temps s’impose dans beaucoup d’endroits.
Un troupeau de 33 bœufs et 8 vaches provenant du Bas-Chari a été expédié
à Brazzaville où il est arrivé en juillet 1903.
Quoique les sujets aient été mal choisis au départ et trop jeunes pour
un semblable voyage, la moitié des animaux était dans un état très
satisfaisant, l’autre moitié était plus fatiguée. Les types représentés
dans ce troupeau étaient les types peul et arabe décrits ci-dessus, la
petite race, et la race à grosses cornes des îles du Tchad. En décembre
1904, il restait encore à Brazzaville un certain nombre de têtes
provenant de ce troupeau et en particulier quelques beaux sujets du type
peul et arabe et métis de ces deux types.
H. COURTET.
LES CHEVAUX DU MOYEN-LOGONE
La région comprise entre le Bamingui et à l’O. la frontière allemande,
entre 7° 45 et 10° de latitude N. frontière allemande, est une région où
l’on pratique l’élevage du Cheval.
On y rencontre deux types : le type du Moyen-Logone, de petite taille
(1m,25 à 1m,30) robuste et très rustique ; et plus à l’O., dans la
région de Palla, Léré et Binder, le type des plateaux de l’Adamaoua et
du Mandara, plus grand, plus élancé, mais moins rustique. C’est ce
dernier type qui est préféré par les Baguirmiens et les gens du Ouadaï,
qui ne visent dans ce choix que la vitesse de la course, vitesse que sa
taille plus grande lui permet.
L’occupation de Laï en 1903, et les reconnaissances faites ensuite ont
permis de déterminer approximativement les limites de la région
d’élevage, et de déclarer que cette région était à ce sujet d’une
certaine richesse. MAISTRE avait d’ailleurs signalé, lors de sa célèbre
exploration en 1892-1893, qu’il existait dans la région de Laï un grand
nombre de Chevaux.
La région d’élevage des types du Moyen-Logone s’étend environ à 80
kilomètres à l’O. de Laï et 110 kilomètres à l’E. ; 40 kilomètres au N.
de Laï et 110 kilomètres au S. En dehors de ces limites, jusqu’à 10° de
latitude N. d’un côté, 7° 45 de l’autre, et jusqu’au voisinage du
Bamingui on pratique encore l’élevage mais d’une façon moins intensive.
En 1903, d’après les renseignements qui nous ont été fournis à Fort-
Archambault, nous avons évalué la population chevaline adulte de cette
région à 10.000 têtes environ. Les indigènes prétendent que leur petite
race est peu susceptible aux atteintes de la mouche tsétsé, ce qui peut
être vrai. Les Baguirmiens sont du même avis, et déclarent que la mouche
tsétsé fait des ravages beaucoup plus sérieux dans le type des plateaux
de l’Adamaoua et du Mandara, que dans le type du Moyen-Logone.
Les Chevaux de l’Adamaoua et du Moyen-Logone s’exportent par razzia ou
par impôt en général, dans tout le Baguirmi et de là au Ouadaï. Par le
Ouadaï, ils gagnent le Dar Rounga et le pays de Senoussi et ces deux
dernières contrées envoient au Ouadaï des esclaves en échange.
L’exportation doit être considérable, car en 1903 un chef baguirmien
opérant pour le compte du sultan Gaourang a ramené 1.000 Chevaux d’une
razzia, et il est fort probable que ce chef en a mis à part selon
l’usage, un certain nombre pour son propre compte. Un seul village
(Bangoul) payait comme impôt annuel au Baguirmi quinze Chevaux. Certains
chefs pour éviter les razzias traitaient avec le Baguirmi pour un impôt
annuel, et dans certains endroits, il y avait des représentants du
sultan Gaourang.
Les petits Chevaux du Moyen-Logone se comportent admirablement en route,
dans les sentiers étroits, tortueux, encombrés de troncs d’arbres, dans
les futaies si difficiles de bambous, dans les terrains rocheux et
escarpés. Au passage à gué des rivières, dans les rivières non guéables
on les fait facilement passer à la nage, et ils ont le pied très sûr,
qualité appréciable surtout dans les terrains rocheux et escarpés, et
dans les grandes plaines sillonnées de profondes crevasses pendant la
saison sèche. On peut leur demander des étapes de 30 kilomètres avec un
jour de repos après quatre ou cinq jours de marche consécutive. M.
CHEVALIER, chef de la mission scientifique Chari-Lac Tchad, a pu faire
tous les itinéraires suivis par la mission avec une jument du Moyen-
Logone qui lui avait été donnée par le sultan Senoussi, conduire cette
jument de Fort-Crampel à Ndélé, faire les parcours du pays de Senoussi
et du Mamoun, de Ndélé à Fort-Archambault, du lac Iro, du territoire de
Korbol dans le Baguirmi, du Baguirmi au Kanem, du Kanem à Fort-Lamy, où
M. CHEVALIER s’embarqua. De Fort-Lamy, la jument remonta le Chari, le
Bamingui, le Gribingui jusqu’à Fort-Crampel. De Fort-Crampel elle fut
ensuite dirigée sur Fort-de-Possel (Oubangui) et de là à la mission
catholique de la Sainte-Famille à Bessou, où elle arriva sale par suite
du manque de soins et fatiguée, mais encore en bon état.
Comme nourriture il est nécessaire d’ajouter à la ration d’herbe de ce
Cheval 10 à 12 grammes de sel par jour, et au minimum deux à trois
litres de gros mil[553] (Sorgho).
Sur la ligne d’étape entre Fort-Sibut et Fort-Crampel, on attribue à la
tsétsé et à une foule d’autres causes inconnues, la mortalité
considérable qui sévit sur les Chevaux servant au transport des
Européens. Il est bien plus rationnel d’attribuer cette mortalité au
manque de soins et au surmenage. Il était notoire au moment où nous
avons circulé dans cette région, que, si l’Européen ne distribuait pas
lui-même la ration de sel au cheval, que s’il ne lui faisait pas
distribuer et manger le mil devant lui, le tout allait aux palefreniers
et aux boys ; en outre l’Européen a trop souvent considéré que le Cheval
que l’Administration lui confiait, était un animal fait pour caracoler,
ou pour franchir le plus rapidement possible la distance qui sépare un
gîte d’étape d’un autre ; dans de semblables conditions, la mortalité
s’explique en partie sans autre intervention. Le cavalier ne doit
considérer le Cheval que comme animal de transport, il doit le laisser
aller librement son pas et ne forcer l’allure qu’en cas de nécessité
absolue.
Les indigènes du Moyen-Logone ont grand soin de leurs chevaux,
malheureusement leur mors trop rudimentaire leur abîme la bouche, et
n’ayant comme selle qu’une peau, qui sert plutôt d’isolateur entre le
cavalier et l’animal, il est très rare de voir un Cheval sans plaie ou
sans cicatrice de plaie sur le dos.
H. COURTET.
LA MOUCHE TSÉTSÉ
La Tsétsé (Bodjené, Boadjani) est très vive et au moindre mouvement que
l’on fait pour s’en emparer elle se déplace, et ce n’est que lorsqu’elle
est alourdie par le sang ou pendant la succion que l’on peut la prendre
avec la main ; elle frotte ses pattes de devant et celles de derrière et
les passe sur sa tête ou ses ailes comme la mouche vulgaire. Sa pose est
très légère et on sent instantanément une petite douleur vive qui
devient irritante, douleur produite par la piqûre.
Son puissant appareil de succion lui permet de gonfler son abdomen dans
un temps très court qui varie de 30 à 70 secondes après la piqûre. Entre
les 5 et 10 premières secondes on voit par transparence le sang affluer
dans l’abdomen (l’auteur a fait ces observations sur lui-même). Elle ne
sort que pendant le jour, la nuit elle se blottit dans le feuillage.
Dans les territoires du Chari et au pays de Senoussi, on la rencontre le
long des rives boisées et toujours plus ou moins marécageuses des cours
d’eau importants. On ne la rencontre pas le long des rives dénudées ; à
une courte distance des rives boisées ou des endroits inondés où croît
la même végétation on ne la rencontre plus. Sur les petits cours d’eau,
où la végétation n’est plus celle des rives basses ou inondées on ne la
rencontre pas. Elle est plus abondante pendant l’hivernage que pendant
la saison sèche.
En remontant le Bamingui et le Gribingui en baleinière à la saison des
hautes-eaux (septembre-octobre 1903), dès que la baleinière frôlait les
arbres, elle était envahie par la Tsétsé à tel point que dans certains
endroits les pagayeurs presque nus en étaient incommodés ; dès que la
baleinière prenait le milieu de la rivière la mouche devenait rare ou
disparaissait.
A la tombée du jour les Tsétsés surprises dans la baleinière ne
regagnaient pas les arbres, mais se réfugiaient sous la bâche abritant
les caisses de matériel ou dans les intervalles de ces caisses. Au cours
du voyage entre Fort-Archambault et Fort-Crampel elle n’a été rencontrée
qu’à partir de Bongo, endroit où les rives deviennent boisées. Elle a
été particulièrement abondante du confluent du Bangoran au confluent de
la Vassako des Ngamas, un peu moins abondante plus en amont et retrouvée
abondante jusqu’à Fort-Crampel.
Les postes de l’Irina, des Arétous (Lutos), de Finda et de Tinguéré sont
très dangereux pour les chevaux et il importe de ne pas les laisser
séjourner même quelques minutes au voisinage immédiat de la rivière et
surtout des parties boisées de la rive.
La Tsétsé existe encore en amont de Fort-Crampel et sur la Nana. Elle a
également été rencontrée à Fort-Sibut sur la Tomi, affluent de
l’Oubangui par la Kémo.
En résumé, la mouche Tsétsé existe en plus ou moins grande abondance le
long de tous les cours d’eau importants rencontrés et en particulier le
long des rives boisées de ces cours d’eau, sauf au voisinage immédiat
des centres hydrographiques où ces cours d’eau ne sont que des
ruisseaux.
Ces principaux cours d’eau sont : Kémo, Tomi, Basse-Nana, Gribingui,
Koukourou, Bamingui, Bangoran, Tété, Moussoubourta, Boungoul (Aouk),
Diahap ou Mindja, Koumara et Bahr Salamat.
H. COURTET.
LE COTON AU BORNOU, AU BAGUIRMI ET AU TCHAD
Deux espèces de coton sont cultivées au Bornou, au Baguirmi et au
Tchad : Le _Gossypium hirsutum_ (Niéré Barma) dans la proportion des
deux tiers, et le _Gossypium arboreum_ (Niéré Massara) dans la
proportion d’un tiers.
Le Niéré Massara comme son nom l’indique est venu du Soudan
égyptien[554]. Il a été primitivement l’espèce cultivée dans le
continent africain.
Le Niéré Barma d’origine américaine (il est la souche du Upland) est
arrivé en Afrique centrale par le Soudan occidental où il est répandu
partout. Le nom de Barma qu’on lui donne semble indiquer que les
Baguirmiens (Barmagués en langue soudanaise) ont eu quelque temps la
spécialité de sa culture.
Le _Gossypium barbadense_, planté çà et là dans les villages de la côte
d’Afrique et dans ceux de la forêt du Congo, est inconnu au Baguirmi,
mais on en rencontre quelques touffes chez les Saras de l’Ouest.
Il faut joindre à cette énumération le _Gossypium anomalum_ qui croît à
l’état sauvage au sud du Kanem, chez les Krédas du Bahr el Ghazal et
chez les Koukas du Dar el Hadjer, à l’E. du Tchad.
_La culture du coton au Baguirmi._
Tandis que le cotonnier se sème toute l’année dans les Bahrs du Tchad,
au Baguirmi on ne le sème qu’à la saison des pluies. L’époque la plus
favorable est le mois de juin, c’est-à-dire le début de l’hivernage. Par
négligence quelques cultivateurs sèment seulement en septembre, cette
pratique défectueuse empêche la plante de fleurir la première année ; de
plus la saison sèche arrive trop vite ensuite et cette plante est encore
trop faible pour résister convenablement à la sécheresse et au vent d’E.
Le coton dans ces conditions reste toujours rachitique.
Pour l’ensemencement le sol subit la même préparation que pour le mil ou
le sorgho, écobuage et grattage ou léger labour. Les graines au nombre
d’une vingtaine sont très légèrement enterrées avec le pied dans des
trous espacés de 0m60 à 0m80. La germination se fait très vite. On a la
fâcheuse habitude de laisser en place tous les jeunes plants qui sortent
(soit une dizaine environ), il est vrai que les plus faibles finissent
par disparaître, mais il en reste cependant encore de 3 à 5 qui ne
forment qu’une seule touffe, qu’il s’agisse du Niéré Massara ou du Niéré
Barma. Nous n’avons vu nulle part repiquer le cotonnier, la racine
pivotante se prêtant mal à cette opération. Les deux espèces cultivées
vivent de 4 à 5 ans. Les plants du _Gossypium hirsutum_ atteignent en
octobre 0m60 à 0m80 de hauteur, ils fleurissent à cette époque et
donnent en moyenne de 4 à 8 capsules mûres en décembre. La floraison
continue jusqu’à la fin de la saison sèche, mais il ne faut cependant
compter que sur un rendement maximum de 20 capsules pour la première
année. C’est la deuxième année que le _Gossypium hirsutum_ atteint la
taille adulte et donne son plus grand rendement. Les années suivantes
une partie des branches se dessèchent, et les inflorescences, beaucoup
plus grêles, ne se forment plus que sur certaines pousses latérales à
entre-nœuds courts et très chétives.
Le _Gossypium arboreum_ fleurit quelquefois la première année et alors
donne très peu. C’est seulement la troisième année qu’il atteint son
complet développement. Il peut atteindre alors 2m,50 de hauteur et ses
rameaux grêles, retombants, couvrent parfois un espace de 1m,20 à 1m,50
de diamètre. L’écartement de 0m,70 donné par les indigènes à la
plantation est donc trop faible. Les rameaux de cette espèce se
renouvellent chaque année et dans les bons terrains un pied peut vivre 7
ou 8 ans (comme le _Gossypium peruvianum_ de Piura au pied des Andes).
Le rendement est naturellement très variable selon la nature du sol. Je
ne m’occuperai ici que du rendement des terrains moyens (terres à
_Sorgho_) du S. du Baguirmi. Dans les meilleures conditions le
_Gossypium hirsutum_ peut donner annuellement dans ces terrains 20
capsules la première année, 50 capsules la deuxième, 30 capsules la
troisième, 20 capsules la quatrième et presque rien la cinquième. Voyons
ce que cela représente en coton.
Des capsules choisies, parfaitement mûres, ont donné à Mandjaffa :
+----------------+--------------------+----------+---------+---------+
| POIDS TOTAL | NOMBRE DE GRAINES |POIDS DES |POIDS DE |RENDEMENT|
|GRAINES ET SOIE | | GRAINES | LA SOIE | 0/0 |
+----------------+--------------------+----------+---------+---------+
| 1gr20 |15, dont 4 mauvaises| 0gr96 | 0gr24 | 20 |
| | | | | |
| 1 24 |16, — 4 — | 0 90 | 0 34 | 27 |
| | | | | |
| 1 42 |16, toutes bonnes | 1 08 | 0 34 | 24 |
| | | | | |
| 1 36 |20, dont 3 mauvaises| 1 04 | 0 32 | 23 |
+----------------+--------------------+----------+---------+---------+
En prenant une moyenne on obtient 1gr,30, poids du coton brut d’une
capsule et un rapport de la soie au poids total de 23,5 0/0.
Comme il s’agit de capsules choisies, il ne faut prendre en réalité que
1gr,25 comme poids moyen et 22,5 0/0 pour le rapport de la soie au poids
total. Dans un lot de coton non choisi, non égrené, apporté sur le
marché, j’ai trouvé comme rendement 22 0/0 à un premier essai et 23 0/0
à un autre.
Pour le _Gossypium arboreum_ et toujours avec des capsules choisies on a
les chiffres suivants à Mandjaffa :
+----------------+--------------------+----------+---------+---------+
| POIDS TOTAL | NOMBRE DE GRAINES |POIDS DES |POIDS DE |RENDEMENT|
|GRAINES ET SOIE | | GRAINES | LA SOIE | 0/0 |
+----------------+--------------------+----------+---------+---------+
| 1gr70 |17, toutes bonnes | 1gr35 | 0gr35 | 20 |
| | | | | |
| 1 18 |12, — | 0 97 | 0 21 | 18 |
| | | | | |
| 1 34 |17, — | 1 07 | 0 27 | 20 |
| | | | | |
| 0 68 |6, dont 3 mauvaises | 0 52 | 0 16 | 23 |
+----------------+--------------------+----------+---------+---------+
Soit un rendement de 20 0/0.
Dans les meilleures conditions les rendements par pied sont : première
année, rien ; deuxième année, 40 capsules ; troisième année, 80
capsules ; quatrième année, 40 capsules dont beaucoup pèseront moins de
1 gramme.
Le défaut capital des cotons du Baguirmi est la brièveté et l’inégalité
de longueur des soies. Dans un lot de capsules provenant du même champ
on observe des différences très grandes. Cela tient à ce que
l’ensemencement se fait sans soins, sans qu’aucune sélection
n’intervienne dans le choix des graines. Le _Gossypium arboreum_ a une
graine arrondie de 7 millimètres de longueur, recouverte d’un duvet
épais, adhérent et verdâtre ; la soie est blanche, longue de 16 à 20
millimètres, très laineuse, scabre et très adhérente. Le _Gossypium
hirsutum_ a une graine arrondie de 8 à 9 millimètres de longueur
recouverte d’un duvet très court, blanchâtre et peu dense ; la soie est
blanche, longue de 20 à 25 millimètres, molle et duveteuse, peu
adhérente. Ce coton semble se rapprocher de celui du Texas dont les
soies ont de 18 à 25 millimètres de longueur.
Tous les cotons de l’Afrique centrale ont la soie très blanche. Quelques
capsules ont la soie tachée de jaune, ce qui les déprécie. Cette
coloration est probablement due à une petite punaise qui enfonce son
suçoir dans les capsules encore vertes qui se dessèchent. En même temps
elle laisse ses excréments sur les touffes de soie, ce qui colore
fortement en jaune les parties atteintes. Le coton taché ainsi est très
commun au Niger.
Dans le système radiculaire des deux espèces de coton cultivées au
Baguirmi, le pivot des pieds adultes s’enfonce verticalement à une
profondeur qui varie de 0m,60 à 0m,80, j’en ai vu rarement aller à plus
d’un mètre de profondeur. Les racines latérales plus ou moins nombreuses
rampent assez près de la surface du sol, c’est-à-dire à une profondeur
inférieure à 0m,30.
Les ennemis du coton que nous avons remarqués sont : Une chenille d’un
blanc-verdâtre longue de 5 à 6 centimètres mange les fleurs et parfois
les feuilles. Un petit coléoptère jaune roux terne fréquent sur toutes
les malvacées attaque les feuilles qu’il transforme en véritable
dentelle. Des araignées qui enroulent les feuilles autour de leurs
cocons. Des punaises dont une espèce perce les jeunes capsules pour en
sucer le suc. Enfin des poux et des pucerons.
Une maladie dont la cause m’a échappé se manifeste par l’apparition de
taches d’un rouge pourpre sur les feuilles. Celles-ci ne tardent pas à
rougir entièrement et à tomber.
On attribue aux rosées de novembre, décembre et janvier la chute de
boutons, l’avortement d’un grand nombre de fleurs et la chute de jeunes
capsules ; l’effet se fait beaucoup plus sentir dans les lieux ombragés.
L’immersion prolongée des plantations installées au bord des cours d’eau
les fait périr.
Tous les huit jours les femmes passent dans les plantations pour faire
la récolte. Elles cueillent non seulement le coton mûr, mais encore les
capsules presque mûres souvent à peine entr’ouvertes. Ces dernières sont
étalées sur une natte à l’ombre et s’ouvrent au bout de quelques jours.
Ce procédé est défectueux, car les soies des capsules qui n’ont pas mûri
sur pied sont moins résistantes et moins brillantes, de plus elles
adhèrent fortement aux graines.
La récolte commence dès la fin d’octobre[555] et se poursuit presque
sans interruption jusqu’à la fin d’avril. C’est pendant les deux mois où
la température est la moins élevée, décembre et janvier, que la
production est la plus forte.
AUG. CHEVALIER.
DIVERS