Enfin pour terminer l’étude des Hyménoptères recueillis par M. A.

CHEVALIER, je parlerai d’un Ichneumon, fort beau par son coloris, le

_Cryptus vittatus_ Tosq., mais qui malheureusement a des mœurs fort

préjudiciables pour les chenilles dont on a cherché à utiliser la soie

dans l’Afrique occidentale, la _Faidherbia Bauhiniæ_ Guérin et les

_Anaphe_ qui vivent des feuilles du Tamarinier.

ORTHOPTÈRES

Il y a peu de chose à signaler dans ce groupe, d’abord parce qu’ils sont

en trop petit nombre, ensuite parce qu’on ne connaît pas assez leurs

habitudes. Nous devons dix-neuf Acridiens à M. CHEVALIER, appartenant

tous aux petites espèces non migratrices, qui vivent sédentaires dans

les herbages et dont les dégâts n’ont pas encore été signalés, sans

doute parce qu’ils sont insignifiants. En effet, les Acridiens se

nourrissent de plantes et ils ne deviennent nuisibles que par leur

nombre. Il en est de même des deux Gryllides rapportés par M. CHEVALIER.

Ces animaux peuvent être malfaisants dans les habitations, mais on ne

connaît pas leur manière de vivre. D’autres Orthoptères, les Mantides,

sont carnassiers ; ils se nourrissent de proies vivantes qu’ils

saisissent avec habileté et maintiennent avec les pattes antérieures

puissamment armées à cet effet. M. A. CHEVALIER en a recueilli quatre

espèces, des _Harpax_, dont l’aire de dispersion est encore fort mal

connue.

Il n’en est pas de même des Blattides ; car, en outre des petites

Phyllodromies sans beaucoup d’intérêt au point de vue agricole, M.

CHEVALIER a rencontré, dans plusieurs localités du Soudan et du Baol

oriental, de Thiès à N’djourbel, la grande Blatte qui porte le nom de

_Rhyparobia maderæ_ F. Ce gros insecte est connu de Madère, de

Ténériffe, des Comores, du Sénégal, de la Guinée, du Congo, de

Madagascar et même de la Guadeloupe. Partout où il a été signalé, on a

reconnu ses méfaits. Sa voracité et sa fécondité le font redouter des

colons et des voyageurs.

NÉVROPTÈRES CORRODANTS

Parmi les Névroptères, on classe dans un sous-ordre les Termites, qui

pratiquent la vie en société. Leur existence n’est pas encore connue

dans le détail, mais tous les voyageurs savent que beaucoup construisent

avec de la terre et des débris végétaux des dômes de forme variable

suivant les espèces. Leurs téguments délicats les forcent à ne sortir

que la nuit, car les ardeurs du soleil les feraient mourir promptement

et leurs ennemis, les oiseaux en particulier, les auraient vite

détruits. Les uns s’établissent sous le sol, les autres dans les bois

morts et même dans le tronc des arbres. Ils se façonnent des galeries

couvertes pour pouvoir impunément monter sur les arbres à la recherche

de leur nourriture. Dans les branchages, ils construisent des nids de

refuge où ils peuvent s’abriter le jour et attendre ainsi la complète

exploitation du feuillage dont ils font usage.

La Mission Chari-Tchad a récolté un certain nombre d’espèces parmi

lesquelles se trouvent les _Termes natalensis_ Hav., _bellicosus_

Smeath, et l’_Eutermes fungifaber_ Sjœstedt.

=DIPTÈRES=

PAR

M. SURCOUF

Parmi les diptères piqueurs qui ont été recueillis par MM. le Dr DECORSE

et CHEVALIER dans la mission Chari-Tchad, il y a lieu de mentionner les

espèces suivantes :

1o Un _Tabanus latifer_ Macquart.

Ce taon est étroitement allié au _T. africanus_ Gray du S. et du S.-E.

de l’Afrique, qui n’en diffère que par une fascie noirâtre à l’extrémité

des ailes hyalines. Son aire comprend la boucle du Niger et les bords du

Bénoué, affluent de droite.

2o _Tabanus Chevalieri_ nov. sp. Surcouf, provenant du Fouta Djalon.

Cette espèce appartient au même groupe que T. gratus et T. rujens de

Cep. Ces trois espèces sont de petite taille et rares dans les

collections.

3o Un grand nombre de _Tabanus ditæniatus_ Moquart répartis sur toute la

région comprise entre l’archipel Kouri et le Fort Lamy. On le rencontre

d’autre part depuis Gilgil (Afrique orientale anglaise) et l’île Maurice

jusqu’à Tombouctou au N. et la Guinée française à l’O. Le Dr CHAPUIS

avait déjà mentionné que sa piqûre faisait périr les chameaux.

4o _Tabanus tæniola_ Pal-Beauv.

Espèce répandue dans toute l’Afrique intertropicale.

5o _Tabanus sufis_ Jænnicke.

Espèce rare dans les collections et dont les quelques exemplaires

possédés manifestent une extension considérable : Egypte, Nubie, Congo,

Sénégal.

Outre ces Tabanides, la mission a rapporté de nombreux _Simulium

damnosum_ Theobald.

Cette simulie appelée : mouche de _Jifa_ dans l’Afrique orientale

anglaise, pullule sur la rive droite du Nil et vers le Tanganyika elle

s’étend dans l’Uganda et existe beaucoup plus à l’O. sous le nom

indigène de _fourou_.

Elle a été retrouvée au Congo par M. le Dr BRUMPT. Sa présence au Fouta-

Djalon où elle a été prise par M. CHEVALIER démontre que le _Simulium

damnosum_ est une espèce équatoriale dont l’aire d’habitat comprend

toute la largeur de l’Afrique.

La description de _Tabanus Chevalieri_ paraîtra avec plusieurs autres

dans le _Bulletin du Muséum_.

=QUESTIONS AGRICOLES & DIVERSES=

PAR

AUG. CHEVALIER ET H. COURTET

QUESTIONS AGRICOLES ET DIVERSES

Indépendamment de ce qui a été dit dans divers chapitres de la première

partie de ce livre au sujet de l’agriculture et des plantes cultivées,

nous avons cru devoir réunir ici un certain nombre de questions éparses

qui intéressent également l’agriculture des régions parcourues.

LISTE DES PLANTES CULTIVÉES PAR LES PEUPLADES ANTHROPOPHAGES DE

L’OUBANGUI

=Espèces dont on mange les fruits.=

_Musa paradisiaca_ (Banane).

— _sapientum_ (Banane).

— _sinensis_ (Banane).

_Carica papaya_ (Papaye).

_Ananas sativa_ (Ananas).

_Solanum Pierreanum_.

— _melongena_ (Aubergine)

_Lycopersicum cerasiformis_ (Tomate cerise).

Tomate amère (employée comme condiment).

_Capsicum frutescens_ (Piment).

— _anthropophagorum_ (Piment).

_Cucurbita maxima_ (Potiron).

— _moschata_ (Giraumon).

_Cucumis citrullus_ (Pastèque).

— _species_ (Courge).

_Hibiscus esculentus_ (Gombo).

_Canarium Nsafu_ (Nsafu).

=Espèces dont on mange les graines.=

_Zea maïs_ (Maïs).

_Andropogon Sorghum_ (Sorgho ou gros mil).

_Penicillaria spicata_ (Petit mil).

_Eleusine coracana_ (Eleusine).

_Sésamum indicum_ (Sésame).

_Hyptis spicigera_ (Labiée à graine oléagineuse).

_Vigna Catjang_ (Haricot).

_Phaseolus lunatus_ (Haricot de Lima, petite et grosse variété).

_Voandzeia subterranea_ (Pois de terre).

_Arachis hypogea_ (Arachide).

=Espèces dont on mange les tubercules.=

_Manihot utilissima_ (Manioc amer).

— var. _dulcis_ (Manioc doux).

_Dioscorea anthropophagorum_ (Igname à tubercules aériens).

— _alata_ (Igname).

— _sativa_ (Igname).

_Ipomœa batatas_ (Patate douce, plusieurs variétés).

_Coleus rotundifolius_ (Ousonifing ou Pomme de terre de Madagascar).

— _dazo_ (Dazo).

— _langouassiensis_ (Dazo).

_Colocasia antiquorum_ (Colocase).

=Espèces dont on mange les feuilles.=

_Hibiscus sabdariffa_ (Oseille de Guinée).

_Corchorus olitorius_ (Jute).

_Rumex_ (Oseille).

_Solanum guineensis_.

=Pour fumer ou Plantes à parfums.=

_Nicotiana tabacum_ (Tabac).

— _rustica_ (Tabac).

_Canabis sativa_ (Chanvre).

_Ocymum viride_ (Basilic).

— _basilicum_ (Basilic).

=Plantes textiles.=

_Gossypium barbadense_ (Coton).

— _herbaceum_ (Coton).

=Espèces donnant des matières grasses.=

_Ricinus communis_ (Ricin).

_Jatropha curcas_ (Pignon d’Inde ou Pourguère).

BANANIERS

La banane constitue le fond de la nourriture des peuples de la forêt

congolaise. Avant l’introduction du manioc venu en Afrique à la suite de

la découverte de l’Amérique, elle devait jouer un rôle plus grand

encore.

On cultive plus particulièrement le _Musa paradisiaca_. Le nombre des

variétés est très grand. Chez certaines, les fruits atteignent jusqu’à

30 centimètres de long.

Entre le 4e et le 5e degré de lat. N., chez les Bondjos, les bananiers

sont encore très abondants. On les cultive exclusivement autour des

villages car ils exigent un sol très riche. Le grand bananier ne donne

des fruits que 18 mois après que le rejet a été mis en terre. Dans les

bananeraies indigènes on ne trouve des fruits en abondance que dans la

saison humide. On les cueille ordinairement bien avant leur complète

maturité. En temps de famine les Bondjos vivent aussi des racines de

leurs bananiers qui sont ainsi sacrifiés.

D’après les missionnaires que nous avons interrogés, le nombre des

variétés qui existent dans les villages de la forêt est presque

illimité. Les Bondjos ne savent pas les cultiver séparément, de sorte

que dans une seule plantation elles sont ordinairement mélangées.

Entre Bangui et La Kémo prédominent les deux variétés suivantes :

1o _Zimbala_ (mot à mot _la dent de l’éléphant_, c’est-à-dire la pointe

d’ivoire en banda). Tronc s’élevant jusqu’à 3 mètres et 4 mètres. La

gaine des feuilles et par suite le tronc sont complètement noirs. Se

nomme _Benza_ en balari.

On a vu à Bessou des régimes de cette variété pesant jusqu’à 40

kilogrammes.

2o _Ndon_. Pieds de 3 à 4 mètres de haut. Tronc d’un vert glauque,

pétiole vert profondément canaliculé avec un étroit liseré rose. Limbe

des feuilles ordinairement très déchiré. Bananes serrées arquées d’une

longueur moyenne de 15 à 20 centimètres. Régimes longs de 1 mètre, très

chargés de fruits pesant jusqu’à 30 ou 40 kilogrammes.

Il existe enfin dans divers villages de la forêt (de Brazzaville à

Bangui) un Bananier à feuilles et tronc rouges donnant en petite

quantité des bananes longues et sucrées.

On cultive aussi à Brazzaville une variété ornementale à feuilles

pourpres qui ne produit jamais de fruits.

Les fruits du _Musa paradisiaca_, nommés encore _Bananes cochon_, se

mangent ordinairement rôtis sur la cendre ou bien les indigènes les

préparent en farine. A maturité très avancée la peau de ces bananes

noircit, les fruits deviennent blets à la surface et beaucoup

d’Européens les préfèrent en cet état comme fruits de dessert aux

bananes sucrées.

Ces dernières, qui n’excèdent pas ordinairement 15 centimètres de long,

sont produites par le _Musa sapientum_ également cultivé par les

indigènes dans tout le Congo, mais en beaucoup moins grande quantité.

Les bananes sucrées (les seules connues en Europe) sont surtout

recherchées des enfants et consommées sans être cuites.

Cette espèce porte le nom de Toto dans la plupart des langues du Congo,

les Banziris l’appellent Benza.

Le bananier nain _Musa sinensis_ (_M. Cavendishii_) commence à se

répandre au Congo même chez les indigènes.

Il paraît qu’il fut introduit en 1878 à Landana au Congo portugais de

pied venant du Muséum. L’introducteur était le P. DUPARQUET. Depuis il a

été transporté par les missions dans toutes les directions. La mission

de Liranga l’a propagé chez les indigènes du moyen Congo, aussi les

peuples du Haut-Oubangui l’appellent le Bananier des Mangala, peuplade

chez laquelle il est aujourd’hui abondant.

Il réussit très bien dans les terres fertiles. A la mission de Bessou on

a vu des régimes de cette espèce d’un poids considérable. Cependant les

missionnaires n’en étendent pas la culture plus que celle des autres

variétés. Ils trouvent que les bananiers occupent beaucoup de place et

mettent longtemps à produire. Aussi donnent-ils la préférence comme

grandes cultures au manioc, au maïs, aux patates et au dazo.

Dans chaque village banda et mandja on trouve encore quelques pieds de

_Musa paradisiaca_ et de _M. sapientum_ cultivés, mais leurs fruits

tiennent très peu de place dans l’alimentation des indigènes.

Le _Musa sinensis_ n’existait pas encore dans le pays ; la mission a

apporté les premiers pieds au Jardin de Fort-Sibut. Dans le pays de

Senoussi on ne trouve plus que le _Musa paradisiaca_ et en très petite

quantité.

C’est à _Damtar_ vers le 10e parallèle que nous avons vu les derniers

beaux bananiers dans un jardin européen. Plus au N. ils ont beaucoup de

peine à vivre en Afrique centrale à moins de soins très spéciaux (abris

contre le vent et le soleil, fréquents arrosages).

AUG. CHEVALIER

CAFÉIER DES BORDS DE L’OUBANGUI (_Coffea congensis_).

Ce caféier croît en abondance dans les parties boisées des rives de

l’Oubangui. On le suit sans interruption de Bangui à Zangha et d’après

les renseignements fournis, bien au-delà de Mobaye.

Ses endroits préférés sont les terrains plats ou en pente douce inondés

à la saison des hautes eaux et couverts de grands arbres dont l’ombre

lui est favorable. Dès que les grands arbres s’espacent ou que le

feuillage s’éclaircit, le caféier disparaît. On le rencontre dans les

mêmes conditions au pied de quelques berges élevées, comme à Fort-de-

Possel, par exemple, entre le poste et la factorerie, au sommet de ces

berges il ne végète plus. Certains pieds à la saison des hautes eaux

sont dans l’eau sur plus de 1m50 de hauteur. Un peu en aval de Bangui

sous les grands arbres des bords du fleuve, on rencontre de véritables

petits taillis de caféiers.

Aux environs de Fort-de-Possel la hauteur de certains arbustes atteint

environ 4 mètres, ils sont rarement verticaux, très flexible ce caféier

se courbe. Les pieds sont souvent ramifiés à quelque distance du sol.

Parmi les arbustes de 2 à 4 mètres de développement un pied sur 5 peut

seul être considéré comme fructifié, les autres n’ont qu’un nombre

insignifiant de fruits, quelquefois nul.

La moyenne des pieds que l’on peut considérer comme fructifiés donne 221

fruits par pied. Les fruits ont généralement deux graines, mais quand

les conditions de végétation ne sont pas normales, il y a un certain

nombre de fruits qui n’ont qu’une graine et les autres fruits sont plus

petits.

Cent grammes de grains décortiqués et secs contiennent 820 grains. Si on

rapproche ce chiffre de la moyenne donnée plus haut, un caféier

produirait normalement 442 grains soit 53 grammes de café par an.

Ces chiffres ne se rapportent évidemment qu’à l’année où l’étude a été

faite et à la région de Fort-de-Possel.

Dans les parties boisées de la plaine de Fort-de-Possel, parties situées

en général dans les terrains bas et marécageux on ne trouve plus ce

caféier.

Les indigènes de la région n’utilisant pas le café, se soucient très peu

de la conservation des pieds et les coupent sans scrupules pour les

utiliser aux mêmes usages que les autres bois flexibles.

Plus en amont, les Européens ont appris aux indigènes à récolter ce café

qui est alors utilisé.

Quoique ce caféier n’ait jamais été cultivé ni à Fort-de-Possel ni à

Fort-Sibut, en 1902, l’administrateur commandant le cercle n’a pas

hésité, en réponse à une dépêche ministérielle du 29 octobre 1901, dans

une notice no 977 datée du 28 août, à s’exprimer ainsi : « En isolant

les pieds et en les cultivant on arrive à des résultats appréciables.

Cet essai a été tenté avec succès à Fort-de-Possel. Il a donné de moins

bons résultats à Fort-Sibut (Krébedjé), à 100 kilomètres environ de

l’embouchure de la Kémo dans l’Oubangui. » Ceux qui s’intéressent à

cette question se trouvent donc indignement induits en erreur par cette

notice.

Dans le cimetière de Bangui ce caféier a été planté et a donné d’assez

beaux pieds ramifiés, mais en 1903 la production de ces pieds a été

nulle, et il doit être de même pour les autres années, car il ne se

trouve pas, quoique assez ombragé, dans ses conditions normales de

végétation, aucun renseignement n’a été trouvé à ce sujet dans les

archives du poste.

H. COURTET.

L’AGRICULTURE CHEZ LES SARAS

Le Sara est cultivateur et cultiverait au delà de ses besoins si les

produits qu’il récolte avaient un débouché commercial, mais ce débouché

n’existe pas. Cependant chez les Saras Mbanga et les Saras Ngaké il se

fait quelques transactions, c’est-à-dire que des habitants du pays

Salamat, et des Ouled Rachid (arabes) viennent s’approvisionner de mil

chez eux, apportant en échange des lances, des perles, des vêtements

confectionnés avec des bandes d’étoffe de leur pays et quelques autres

objets. Le Sara se contente donc en général de cultiver la surface

nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille et pour

boire copieusement le Sam (bière de mil) qu’il apprécie beaucoup. Aussi

dans chaque village, chaque jour de l’année ou à peu près, quand la

récolte a été bonne, il y a toujours quelque part grande beuverie de

Sam, souvent avec accompagnement de danses et de chants. Chaque famille

possède pour la fabrication du Sam de grandes marmites en terre cuite et

certaines cases sont de véritables brasseries.

_Culture chez les Tounias (tribu Sara)_

Une famille composée de 5 personnes cultive en mil une surface de 1

hectare 90 ares, et un petit champ de 20 ares environ de haricots, pois

de terre, ou arachides, soit une superficie totale de 2 hectares 10

ares, ce qui donne par tête une superficie de 42 ares.

La surface cultivée en mil lui rapporte 38 hectolitres environ de mil,

soit 20 hectolitres par hectare qui au poids moyen de 80 kilos

l’hectolitre donne un rapport de 1600 kilos à l’hectare.

Aux champs l’homme, c’est-à-dire le chef de famille, travaille avec les

femmes et les enfants, la durée du travail est en moyenne de 6 heures

par jour et la culture exige un travail de 5 mois par an, soit 1357

heures de travail par hectare. (Ce chiffre ne comprend que le travail de

3 personnes, les enfants pouvant être en bas âge et ne faire aucun

travail.) Il reste donc aux indigènes 7 mois de liberté pour les travaux

accessoires consistant dans la réparation ou la réfection des cases leur

prenant environ un mois par an, pour la chasse, et pour fabriquer et

boire le Sam.

Tout le mil récolté est donc consommé sauf une petite quantité servant à

faire quelques menus échanges avec les pêcheurs, les gens du poste de

Fort-Archambault et à payer l’impôt, quantité évaluée à 300 kilos. La

récolte totale étant de 3.000 kilos, il reste à la famille pour sa

consommation directe 2.700 kilos, soit 1kgr,525 par tête et par jour. En

admettant une consommation moyenne de 0kgr,800 par jour pour la

nourriture, il reste 0kgr,725 de mil disponible. (La ration de nos

tirailleurs est fixée à 1 kilo.)

Tout le mil disponible et en particulier le gros mil est consommé en

bière de mil, ce qui explique pourquoi les indigènes ont toujours une

grande quantité de cette bière en consommation.

La culture se fait soit à labour plat soit à labour en ados ; quand il y

a des vides trop considérables dans les champs, ces vides sont comblés

en y repiquant des jeunes plants enlevés aux endroits où les champs sont

trop touffus. L’indigène dissémine en outre dans les champs de mil, des

haricots, des courges, la petite courge à huile et la pastèque dont la

graine lui sert également à faire de l’huile.

[Illustration : FIG. 108. — Instruments agricoles des Saras.]

Les indigènes se servent pour leurs labours d’un seul instrument, c’est

une petite bêche de 0m,15 de largeur, arrondie aux angles supérieurs, la

partie inférieure complètement arrondie, portant une douille droite pour

recevoir le manche. Cette bêche est montée sur un long manche droit ou

légèrement cintré pour le labour à plat. Pour le labour en ados elle est

montée sur l’extrémité de la dent du milieu d’une sorte de trident en

bois, et forme ainsi un instrument ressemblant assez à un long louchet

évidé ; cet instrument est manœuvré à genoux. Enfin pour les piochages,

sarclages et binages, elle est montée en houe sur un manche court fait

avec une branche d’arbre coudée à angle droit.

Le labour en ados ressemble assez aux sillons de nos charrues, la graine

est mise en terre sur les ados. Le labour à plat consiste en un sarclage

ou un piochage léger de la surface du sol. Le cultivateur pratique

l’assolement. Les cases sont disséminées dans les cultures.

_Fabrication du Sam._ — Le Sam est fabriqué méthodiquement. Le Sara

emploie le gros mil pour cette fabrication et rarement le petit mil, on

pourrait presque dire qu’il ne cultive du gros mil que pour la

fabrication du Sam. Après avoir fait tremper le mil dans l’eau pendant

le temps nécessaire pour que la germination se fasse dans de bonnes

conditions, c’est-à-dire pendant 24 heures, on l’étend sur le sol à

l’ombre, sous un arbre, sur une épaisseur de 5 à 10 centimètres et on

recouvre le tout de feuillage. Quand la germination est terminée, le mil

est séché, débarrassé des germes, et concassé dans des mortiers en bois

avec un pilon également en bois. Après le concassage, vient la

macération ou brassage dans la quantité d’eau nécessaire pour faire le

Sam plus ou moins fort, et qui dure trois heures. Le tout, liquide et

mil, est ensuite transvasé dans une ou plusieurs marmites et on procède

à la cuisson qui dure 12 heures, c’est-à-dire du lever au coucher du

soleil. La cuisson terminée on filtre dans de grands entonnoirs

confectionnés à demeure avec des baguettes et garnis de paille à

l’intérieur. Le liquide ainsi filtré est recueilli dans des calebasses

où on le laisse fermenter.

_Comparaison des surfaces cultivées par habitant et rendements._

Saras. — 40 à 45 ares. Culture dominante : Mil.

Arétous. — 30 à 35 ares. — —

Bandas. — 30 à 35 ares. — Manioc, maïs, mil.

Mandjas. — 25 à 30 ares. — Manioc, maïs, mil.

Rendements : Saras, mil, 1600 kg. à l’hectare

Arétous, — 1200 kg. —

Bandas, — 1200 kg. —

En introduisant dans la Colonie un élément d’échange intermédiaire qui

serait l’argent français et éventuellement seulement le thaler, en

attirant les gens du Ouadaï manquant de mil et possédant du bétail et

les gens du Tchad, le pays des Saras deviendrait rapidement un centre

important de production du mil et Fort-Archambault un marché pour le

commerce intérieur. On pourrait, en procédant ainsi et à l’aide de

l’élément métal, faire diriger sur cette région nos produits

manufacturés venant par l’Oubangui.

H. COURTET.

LE BÉTAIL DANS LA RÉGION DU CHARI

La principale région d’élevage de nos possessions du Chari est située à

l’E. de ce fleuve et s’étend dans une direction N.-O. du Dékakiré ou

Djiguékaré au Dagana et Bahr-el-Ghazal, soit une longueur de 350

kilomètres à vol d’oiseau.

L’élevage est pratiqué dans cette région par les Peuls et les Arabes. Un

fait particulier c’est que lors des razzias de Rabah, ce dernier enleva

les troupeaux des Peuls et ménagea ceux des Arabes, et aujourd’hui dans

le Dékakiré, les Peuls n’ayant pu reconstituer leurs troupeaux faute de

reproducteurs font l’élevage pour le compte des Arabes.

En 1893, une épizootie sévit dans toute la région du Tchad et détruisit

une grande partie des troupeaux[552]. Les bœufs sauvages et les

antilopes ont été également atteints et se laissaient tuer à coups de

lance par les indigènes.

En 1894, l’épizootie ravagea les troupeaux de moutons et de chèvres.

Dans le Dékakiré, région montueuse et parsemée de mamelons et

d’affleurements granitiques où l’herbe fait défaut, pendant la saison

sèche, les troupeaux émigrent vers les plaines arrosées par les grands

cours d’eau ou leurs ramifications.

_Reproduction._ — Pour la reproduction, les bouviers du pays admettent

une période de 20 mois qui se décompose ainsi : gestation 10 mois,

traite du lait 6 mois, repos 4 mois.

Théoriquement une vache donnerait donc dans un troupeau un veau tous les

20 mois, soit 6 veaux par an pour 10 vaches.

Quelques éleveurs ont fait produire par an 7 veaux pour 10 vaches, ce

qui porte la période à 17 mois se décomposant ainsi : gestation 10 mois,

traite du lait 6 mois, repos 1 mois.

Une vache qui s’appelait Daké a donné chez le peul Djébril, éleveur dont

les troupeaux avaient été razziés par Rabah et bouvier du troupeau de

Fort-Archambault en 1903, 14 veaux, elle était donc âgée de 23 à 26 ans

quand elle est morte.

Les vaches vivent ordinairement de 13 à 15 ans. La mortalité par 100

têtes est de 5 à 7 têtes par an pour une mortalité ordinaire et 10 têtes

par an pour une mortalité exceptionnelle.

La perte sur les élèves est de 10 0/0 par an environ.

Dans les troupeaux de reproduction les bouviers admettent en moyenne un

taureau pour 30 vaches.

Les vaches sont rarement vendues, les bœufs seuls sont livrés soit pour

la consommation, soit pour le portage.

Les éleveurs vivent presque exclusivement du lait des troupeaux ou des

produits fabriqués avec le lait.

_Races._ — Dans le Dékakiré, il existe deux races type, qui sont le type

Peul et le type Arabe et les métis de ces deux types.

L'Afrique centrale française · 第 62 / 66 段