cultivées en Afrique centrale et se rencontrent autour de tous les
villages, spécialement sur les débris de cuisine à proximité des
habitations. On les observe parfois sur l’emplacement des villages
détruits, mais on ne les observe jamais à l’état spontané.
Les Courges d’Afrique n’atteignent jamais la taille prodigieuse des
variétés cultivées en France. Cependant le rendement est toujours assez
faible et comme cette plante exige un sol très riche, si on ne veut pas
se contenter de ce produit il faut associer la culture de la Courge à
d’autres cultures.
A Fort-Sibut nous avons remarqué que la _Cucurbita maxima_ (Potiron)
était fréquemment atteinte d’une maladie cryptogamique. Les feuilles se
recouvrent d’efflorescences blanches et se dessèchent ensuite.
=Le Pourpier.= — Le Pourpier est abondamment répandu dans toute
l’Afrique centrale. Partout où l’homme séjourne quelque temps et établit
des cultures, le Pourpier se répand avec rapidité. On le rencontre
surtout dans les terrains vagues entourant les villages, mais il
s’observe aussi dans les terrains cultivés, le long des sentiers, sur
les talus des rivières et des fleuves à proximité des lieux habités. La
variété de l’Afrique centrale forme des touffes dressées et a la tige
rougeâtre.
L’usage de cette plante est à peu près perdu et les indigènes
l’utilisent à peine, même en temps de famine. Elle n’est cultivée nulle
part.
=Eleusine.= — Cette plante est cultivée par les Bandas et les Mandjas.
Le grain sert à faire une farine analogue à celle du Sorgho ou du Mil,
et une espèce de boisson fermentée.
[Illustration : FIG. 110.— _Phaseolus lunatus_.
1. Feuille. — 2. Inflorescence. — 3. Face latérale d’une fleur. — 4.
Face postérieure d’une fleur. — 5. Face antérieure d’une fleur. — 6.
Etamine isolée. — 7. Grappe de fruits presque à maturité. — 8. Gousse
ouverte. — 9. Embryon. — 10. Coupe transversale d’une gousse.]
On la rencontre aussi dans le S. du Baguirmi où elle se récolte à la fin
d’octobre.
=Sésame.= — Le Sésame est la plante la plus cultivée en Afrique centrale
pour ses graines oléagineuses. En saison des pluies, on la trouve
formant des petits carrés à proximité de tous les groupes de cases. Son
rendement est pourtant faible, mais elle donne une huile très estimée
des indigènes, et le tourteau est encore utilisé comme nourriture.
=Haricot de Lima= (_Phaseolus lunatus_). — Deux variétés de ce haricot
existent dans le Haut-Oubangui et le Haut-Chari où elles sont très
rustiques et très productives. Pour la variété dont la graine est la
plus petite, un kilogramme pris dans des gousses bien sèches sur la
plante contient environ 2.250 haricots. L’autre variété, déjà signalée
par MAISTRE, paraît plus cultivée par les indigènes que la variété
précédente à partir de Fort-Sibut. Beaucoup plus grosse, le kilogramme
contient de 1.000 à 1.200 haricots.
=Le Riz sauvage du Bas-Chari.= — Les Kotokos en distinguent deux
espèces :
Le _Gadora ava_ (Kot.) riz rouge venant dans les parties inondées par le
fleuve et le _Gadora nkouabé_.
Le premier se développe exclusivement dans les lieux baignés par le
fleuve, et le second dans les Bouda ou dépressions sans arbres qui
s’étendent jusqu’au Tchad et au Bahr el Ghazal, et dans tout le
Baguirmi ; c’est ce dernier que nous avons surtout étudié.
Il croît dans les flaques d’eau ayant de 0m,20 à 0m,80 de profondeur en
septembre et qui sont asséchées ou presque asséchées au 15 octobre. Les
chaumes émergent de 0m,30 à 0m,50 au-dessus de l’eau. Il commence à
mûrir dès que les mares s’assèchent. Les Kotokos nomment la paille de
riz _Ngouafan_ et les petites gerbes _Yaban Gadora_.
AUG. CHEVALIER et H. COURTET.
[Note 552 : Nachtigal signale une épizootie qui sévit un peu avant son
passage chez les Dekenas (Dagana) en 1873.]
[Note 553 : Le petit mil ne vaut rien pour les Chevaux, son grain est
trop petit et ils ne peuvent le broyer, ils l’avalent donc en majeure
partie sans être broyé.]
[Note 554 : El Massar signifie en arabe, l’Egypte et plus
particulièrement la ville du Caire.]
[Note 555 : Au Tchad, la saison des pluies va ordinairement de juillet
au 15 septembre, soit deux mois et demi, pendant lesquels il tombe une
quinzaine d’averses. Au Baguirmi elle est un peu plus longue et va de
juin à octobre, soit 4 mois, il tombe environ 50 centimètres d’eau. Dès
octobre, la saison sèche se fait sentir et les capsules commencent à
mûrir.]
=PRÉHISTOIRE & ETHNOGRAPHIE=
PAR
AUG. CHEVALIER.
PRÉHISTOIRE ET ETHNOGRAPHIE
SUR L’ANTIQUITÉ DE L’HOMME EN AFRIQUE CENTRALE
Les documents tirés de la préhistoire qui pourraient nous éclairer sur
l’ancienneté de l’homme en Afrique centrale sont aussi pauvres que ceux
que BARTH et NACHTIGAL ont exhumés de l’histoire ou de la tradition.
C’est à désespérer de lever jamais le voile qui recouvre le passé de ces
contrées. D’où sont venus les Peuls ? Quels rapports ont existés entre
les Barmas et les Bambaras dans les langues desquels on retrouve un
certain nombre de mots communs, et notamment le nom du mil (Nion), base
de l’alimentation au Soudan ? Mystère. Les documents de l’âge de la
pierre sont rares ; j’ai visité une cinquantaine de cavernes au Dar
Banda, chez les troglodites Noubas et Bouas, et partout les parois sont
enfumées, mais le fond ne contient que des débris de poteries semblables
à celles qu’on fabrique actuellement. Nulle part nous n’avons rencontré
de monuments mégalitiques bien que les gros blocs de granit éboulés des
massifs se prêtent fort bien à ce genre d’architecture. Je n’ai point
rencontré de traces de la période paléolitique. La période néolithique
n’a laissé que des témoins fort rares dans les régions que j’ai
parcourues. On a vu entre les mains des Ngaos de Ndélé, originaires du
Gribingui, des objets en pierre dont ils se servaient comme affutoirs. A
Moïto on m’a donné une petite hachette longue de 4 centimètres sur 3cm,5
de large. Il paraît qu’elle aurait été trouvée à Aouni. On n’acquiert
que fort rarement de ces instruments, car les indigènes leur attachent
de nombreuses vertus parce qu’ils les croient tombés du ciel. On en
rencontre parfois çà et là à travers le Baguirmi et le pays Kotoko ;
mais c’est surtout dans les Empires du Nord, Ouadaï et Bornou, qu’on les
trouve en grande quantité. Les caravanes en font même un petit commerce
et les vendent comme pierres à fusil[556]. Un Ouadaïen qui vint me voir
à Aouni, Bayouri, me dit que les objets en pierre polie abondent à trois
jours de marche au N. d’Aouni ; qu’on pourrait, sur certains points du
pays des Krédas, en ramasser plusieurs charges de chameau à la même
place[557] ; qu’on en trouve aussi en quantité aux environs d’Abeschr,
capitale du Ouadaï. D’après Bayouri, ces objets sont de diverses formes
et de toutes tailles, depuis 4 centimètres de long jusqu’à 40
centimètres.
La tradition n’a point conservé la nomenclature des peuplades qui se
sont succédées dans ces contrées. Tout porte à croire qu’elles étaient
autrefois infiniment plus nombreuses et plus riches qu’aujourd’hui.
Partout où l’on creuse le sol, au pays Sara, sur les bords du Chari, aux
environs du lac Iro, sur les plateaux de Ndéllé, à la base des rochers
de Moïto, on retire de terre, jusqu’à 1 mètre et même 2 mètres de
profondeur, des morceaux de charbon et des débris de poteries tout à
fait semblables aux amphores qui se fabriquent encore de nos jours. Les
scories de fer de Kome chez les Ndamms indiquent une très longue
exploitation ; de même que les carrières de latérite sur les bords du
lac Iro où l’on prélève simplement la terre employée pour l’aire des
cases. Tous les pics au N. du 10e parallèle ont été habités par des
peuplades qui y ont laissé des traces innombrables. Çà et là comme près
des Niellims, et de Korbol, il y avait des ateliers pour fabriquer les
pilons grossiers à moudre le grain ; de nombreux éclats de granit
provenant de cette industrie gisent au pied de ces rochers ; ailleurs ce
sont de petits murs ou des tas de pierres dont les uns comme aux
Niellims, indiquent l’emplacement d’une sépulture, dont les autres ont
été simplement entassés pour débarrasser les terrains cultivés.
C’est certainement entre le Niger et le Tchad qu’a pris naissance la
civilisation soudanienne. Si elle était venue d’Égypte elle aurait
laissé des traces sur sa route. Les pays Haoussas, le Bornou et les pays
Somraï ont été les centres où cette civilisation a vu son essor. Elle
était arrivée à un développement assez élevé : travail du cuivre et de
l’or, préparation des cuirs, tissage du coton et teinture des cuirs et
des étoffes, culture du riz et du froment, construction en briques
sèches du style de Djenné. Du Bornou et de la boucle du Niger cette
civilisation rayonnait vers les pays limitrophes, à l’O. sur l’empire de
Mali, à l’E. sur le Baguirmi et le Ouadaï, mais en s’atténuant à mesure
qu’elle s’éloignait de son foyer. Au Ouadaï on connaît à peine la
construction en terre et l’on ignore l’art de la teinture.
Il est vraisemblable que cette civilisation était florissante avant
l’introduction de l’Islam et que cette religion n’a fait que provoquer
le plein épanouissement des germes latents. C’est sur l’Islam que se
sont édifiés les empires qui ont prospéré durant le Moyen Age et les
temps modernes. Puis la décadence de ces empires a commencé dès le début
du siècle dernier. La pénétration des armes à feu en a été la cause.
Avec les engins de destruction plus meurtriers que leur fournissait
l’Europe, les sultans ont voulu se mesurer, terminer les vieilles
rivalités, agrandir leurs Etats. L’esprit de conquête s’est réveillé
plus fort que jamais. De là ces ruines accumulées par les guerres
d’Empire à Empire, par l’ambition du moindre trafiquant qui, possesseur
de quelques fusils, peut espérer fonder un État et qui, comme Senoussi,
y réussit quelquefois. Une autre cause a précipité la décadence de la
civilisation soudanaise et la dépopulation des régions voisines : c’est
l’esclavage. Avec les guerres entre Empires, il prend de l’extension. On
a besoin de recrues pour faire des soldats : on va les chercher chez les
païens. On a besoin de captifs pour récompenser les services des chefs
militaires ou acheter des fusils, on va les chercher chez les
fétichistes. Les femmes esclaves deviennent les épouses avouées ou non
des conquérants. Le génie de la population supérieure disparaît peu à
peu dans les croisements. En outre le vainqueur ne travaille plus. C’est
une honte pour un prétendu Arabe de toucher un outil de culture.
Les fétichistes, razziés chaque année, abandonnent leurs villages et
leurs champs, parfois aussi bien soignés que ceux de nos paysans. Les
survivants se sauvent dans la brousse. Les populations agricoles,
Bandas, Saras, disparaissaient. Au moment où l’Europe a pris possession
du centre de l’Afrique, le Soudan allait devenir un désert.
L’intervention de la France, de l’Angleterre, leurs luttes contre des
bandits comme Samory et Rabah, a pu sembler et a été parfois la défense
de la civilisation, la protection de la vie humaine.
PIERRES POLIES ANCIENNES
Les pierres polies que la mission a recueillies dans la région du Fittri
et du Tchad forment deux groupes sortant certainement d’ateliers
différents.
Le premier groupe est constitué par des instruments recueillis au S. du
lac Fittri (pl. VI). Ils sont tous en porphyrite, roche dure qui
affleure à 24 kilomètres environ au S. du lac où la plupart ont été
trouvés à Korbou et Boullong. Un d’entre eux a été trouvé à El Amer,
localité beaucoup plus éloignée et située à 84 kilomètres environ au
S.-O. du lac. Ils possèdent tous une forme d’ensemble plus ou moins
allongée qui va jusqu’au poinçon (no 8 de la planche), forme qui,
conjointement avec la nature de la roche, indique une commune origine.
Beaucoup semblent être des percuteurs.
Le second groupe (pl. VII, nos 13 à 27) est constitué par des
instruments recueillis pour la plupart dans le Dar el Hadjer (pays des
roches), c’est-à-dire dans la région de l’ancien lac Baro entre le lac
Fittri et le Tchad. Quelques-uns proviennent de la plaine de Massakori
et même du poste de Bol situé sur la rive N. du Tchad. Ils sont en
porphyrite, en rhyolite, ou en roche quartzeuse provenant
vraisemblablement de cailloux roulés. La forme d’ensemble diffère de la
précédente, les instruments sont moins allongés, mieux finis, plus
tranchants, et on peut admettre qu’ils servaient à la préparation des
peaux. Certains de ces objets en rhyolite ont une surface non attaquée
par les agents atmosphériques, ce qui indique qu’ils ont été soustraits
à l’action de ces agents, soit qu’ils aient été enterrés dès leur
origine, soit de toute autre manière.
Le no 28 de la pl. VII est un grattoir en quartzite bien aiguisé.
PIERRES UTILISÉES DE NOS JOURS
_Percuteurs._ — La mission a recueilli dans la région du lac Iro
quelques percuteurs sphériques en granite. Ces percuteurs sont utilisés
par les Goullas pour briser les noyaux durs de certains fruits à amandes
comestibles. Ils sont plus ou moins bruts ou polis selon la durée de
leur usage. Le no 1 de la figure 111 représente un de ces percuteurs
recueilli à Moufa.
[Illustration : FIG. 111. — Pierres utilisées de nos jours.]
Un percuteur analogue en granite a été également recueilli entre le pays
des Goulfés et Korbol.
Un autre sub-sphérique, galet roulé quartzeux, a été recueilli dans le
Dar el Hadjer.
Enfin au début de la mission, sur l’Oubangui, au village de Bafourou,
entre Bangui et Fort-de-Possel, nous avons recueilli un percuteur
sphérique, de forme vraisemblablement naturelle, qui servait à briser
les noyaux des fruits de l’_Irvingia_, dont l’amande est comestible.
_Broyeurs._ — La mission a recueilli dans le Dékakiré une plaque de
gneiss poli provenant de Djember. Cette plaque servait à écraser les
grains de mil et d’autres graminées.
Dans le pays de Senoussi, à Ndellé, il a été recueilli un grand fragment
de galet roulé (quartzite) séparé suivant deux plans parallèles de
stratification. Les bords polis de cet instrument servaient à réduire le
tabac en poudre.
_Polissoirs._ — Dans la région du lac Iro, les Goullas polissent l’aire
en argile battue de leurs cases avec des fragments de granite. Ces
fragments prennent par l’usage des formes particulières. Le no 4 de la
figure 111 représente un de ces polissoirs en granite de Mali, recueilli
au village de Ro qui venait d’être détruit par Senoussi.
_Pierres à aiguiser._ — Les numéros 2 et 3 de la figure 111 montrent
deux pierres à aiguiser les couteaux recueillies dans la région du
Tchad. Ces pierres ont été percées pour être suspendues.
Les Djellabahs emportent avec eux des fragments de roches quartzeuses
qui servent pour affuter les couteaux, l’usage leur donne certaines
formes.
[Note 556 : Elles se nomment Razzo (arabe), Tott hell (Baguirmien),
Masson en ouadaïen.]
[Note 557 : Il me cita notamment les localités suivantes, à 3 ou 4 jours
au N.-E. d’Aouni : Ouali, Iméi, Gounfout, Am Goutouna (Goudouna), Bay.
Toutefois les Krédas que j’interrogeai à Massakori n’ont connaissance de
rien d’analogue.]
=LA GALERIE FORESTIÈRE=
PAR
AUG. CHEVALIER
LA GALERIE FORESTIÈRE
Si la végétation soudanaise était réduite aux savanes boisées présentant
l’aspect parc et brousse, elle serait d’une pauvreté très grande, d’une
monotonie désespérante. Dans toute cette zone, heureusement, le bord des
moindres ruisseaux est jalonné de hautes futaies formant d’étroites
bandes verdoyantes remplissant complètement le ravin, large au plus
d’une centaine de mètres et souvent de 20 mètres seulement. Au fond du
ravin coule un clair filet d’eau qui va se perdre dans une rivière moins
encaissée qui à son tour ne présente plus sur sa rive qu’un très étroit
ruban d’arbres et d’arbustes analogue à la bordure des berges de toutes
les rivières de France. Cette superbe et grandiose futaie qui environne
tous les petits cours d’eau du Soudan méridional, est généralement
connue aujourd’hui des géographes sous le nom de _galerie forestière_,
depuis que G. SCHWEINFURTH et JUNKER en ont publié des descriptions et
des dessins pris sur le vif : La galerie forestière est non seulement le
décor verdoyant des plaines et des collines du pays de Senoussi, elle en
est aussi la richesse. C’est sur ses bords que croissent les plus
grandes lianes à caoutchouc (_Landolphia owariensis_) ; c’est dans son
épais fouillis qu’on trouve les grands caféiers de l’Afrique centrale
(_Coffea Dybowskii_ et _Coffea excelsa_), les lianes à poivre (_Piper
guineensis_), le poivre d’Ethiopie (_Xylopia æthiopica_), le palmier
raphia du Haut-Bahr el Ghazal (_Raphia monbuttorum_) et parfois des
palmiers à huile (_Elæis guineensis_). C’est aussi au milieu de ces
hautes futaies, véritables tentacules prolongeant la grande sylve
équatoriale jusqu’au cœur du Soudan qu’on rencontre les bois les plus
précieux pour cette région, notamment l’acajou de l’Oubangui (_Khaya
grandifoliolata_ C. de Candolle), le tilleul d’Afrique (_Nauclea
stipulacea_), le grand colatier voisin du Ntaba du Sénégal (_Cola
gigantea_ A. Chev.), le bois rouge inattaquable aux termites dont
l’écorce en d’autres pays sert de poison d’épreuve (_Erythrophlæum
guineense_), le bois jaune (_sarcocephalus xanthoxylon_ A. Chev.), des
fromagers, etc.
C’est dans les branchages de ces grands arbres que vivent les Colobes
Guéréza et parfois au dire de Senoussi le chimpanzé.
Pour celui qui ne l’a jamais vue il est difficile de se faire une idée
de l’aspect et de la galerie forestière et de sa composition. Par la
figure 112 demi-schématique qui représente la moitié de la galerie du
Boro large de 50 à 80 mètres, le lecteur verra combien cette composition
est variée. Nous avons supposé une ligne idéale coupant transversalement
le cours du ruisseau et montrant les divers escaliers qu’il faut
descendre pour arriver à la nappe liquide.
De 1 à 6 on remarque la limite de la savane-parc, avec les principaux
végétaux caractéristiques : en 1 les grandes herbes-roseaux hautes de 2
à 3 mètres appartenant surtout au genre _Andropogon_, en 2 un des arbres
les plus abondants de la savane, le _Lophira alata_, en 3 un gros
monticule de terre, large de 5 à 10 mètres et haut de 1 à 3 mètres au
dessus du niveau du sol. Ces gros monticules, arrondis, très abondants
dans toute la savane à proximité des ruisseaux, paraissent être
d’anciennes termitières ayant eu une durée séculaire et parfois
abandonnées depuis longtemps. Ces monticules sont occupés par une
végétation spéciale qui empêche l’eau des pluies de les niveler. Sur les
flancs de la butte existent presque constamment des _Sanseviera_ et au
sommet une touffe plus ou moins forte de Tamarinier (_Tamarindus
indica_). En 4 de grosses touffes du bambou d’Abyssinie aux rhizomes
vivaces, mais dont les grands chaumes hauts de 8 à 12 mètres sont
bisannuels ; en 5 une touffe de l’_Encephalartos septentrionalis_
Schweinf., cette cycadée si curieuse que l’on ne rencontre que dans le
Haut-Nil et le Haut-Chari. 6 marque la première berge du ravin bordé
d’une rangée d’arbres de moyenne grandeur parmi lesquels domine le
_Vitex cuneata_. Dans la galerie forestière il n’existe ordinairement
pas de lianes à caoutchouc ; celles-ci vivent à travers la savane ou
bien s’appuient sur le bord extérieur des arbres de la galerie : elles
s’élèvent à une quinzaine de mètres au maximum.
En 7 existe une de ces lianes allant s’appuyer sur le _Vitex_ et
envoyant un long sarment sur le gros arbre du fond de la galerie dont
les premières branches viennent affleurer au niveau du terrain de la
savane. De 6 à 9 on descend par une pente raide dans une dépression
profonde de 5 à 15 mètres ; au fond est la galerie proprement dite. Sur
cette pente on trouve des arbustes ou de petits arbres et notamment le
_Coffea excelsa_ représenté en 8.
[Illustration : FIG. 112. — Schéma d’une galerie forestière.]
De 9 à 16 s’étend la demi-galerie comprise entre la savane et l’un des
côtés du ruisseau. Le sol est noir et couvert d’humus (voir les analyses
de M. Hébert) ; la lumière filtre à peine à travers le feuillage des
arbres qui forment ordinairement deux étages superposés. La composition
de cette galerie est entièrement analogue à celle de la forêt vierge
équatoriale.
En 9 existe une liane légumineuse (_Dalbergia_) qui grimpe au haut des
plus grands arbres, s’étale sur leur cime en vaste draperie
enveloppante, descend, remonte, saute d’un arbre à l’autre en décrivant
les courbes les plus fantastiques ; son tronc grêle atteint parfois plus
de 100 mètres de développement.
En 10 existe le _Costus afer_, plante herbacée haute de 2 mètres,
employée par de nombreuses races de la forêt congolaise pour coaguler le
latex des lianes à caoutchouc.
En 11 un de ces hauts arbres (_Erytrophlæum_) qui s’élève jusqu’à 35 à
40 mètres de haut et dont le tronc est dépourvu d’épiphytes, tandis que
les branches étalées horizontalement supportent souvent de grosses
touffes d’orchidées ou des fougères du genre _Platycerium_. En 12 est
une touffe de ce palmier grimpant du genre _Calamus_ dont la tige est
garnie d’aiguillons très piquants et dont les feuilles se terminent par
de longs flagellums de plusieurs mètres de long et dont la piqûre est
très redoutable pour le voyageur.
En 12 le dessin représente encore un très grand arbre, mais son port
diffère complètement du précédent. C’est un Ficus qui a germé dans la
fourche d’un arbre ; les racines adventives ont descendu le long du
tronc formant un réseau puissant d’anastomoses, réseau qui a enserré si
fortement le tronc de l’arbre support qu’il l’a tué pour se substituer à
lui.
En 8 bis existe encore un caféier sauvage ; en 14 nous avons représenté
un grand arbre (Afzelia) qui au lieu d’avoir le tronc nu comme le no 11
présente au contraire toute une gaine de végétation épiphyte (Aroidées
grimpantes et poivrier de Guinée). En 15 on voit encore un caféier.
En 16 existe un second escarpement qui limite de ce côté le lit actuel
du ruisseau au moment des crues. Son bord escarpé est couvert de petits
buissons vivant dans le sous-bois et penchés sur le ruisseau. Nous avons
noté surtout l’abondance d’une guttifère à latex jaune du genre
_Garcinia_ dans ce genre de station. De là on descend d’un mètre à peine
pour tomber dans le lit du ruisseau qui ne forme plus qu’un étroit filet
d’eau serpentant entre des bandes de sable à demi vaseux sur lequel
poussent en 17 des Cypéracées. Sur l’autre rive du ruisseau inclinée en
pente douce on observe un véritable fouillis de hautes scitaminées des
genres _Costus_ et _Aframomum_ qui sont les genres les plus
caractéristiques des sous-bois dans la forêt vierge. De l’autre côté du
lit du ruisseau on trouve de hauts arbres dont les branches rejoignent
les rameaux de la rive opposée, formant ainsi un immense dôme de
verdure, sur les flancs duquel les fûts des troncs d’arbres, tantôt nus,
tantôt garnis d’épiphytes, s’élèvent comme les colonnes d’une
cathédrale.
La zone des galeries forestières, dans le Soudan central ne monte pas au
delà du 8e degré de lat. N., tandis que dans le Soudan nigérien elle ne
s’arrête qu’au 12e paralèlle.
TABLES & INDEX
L’AFRIQUE CENTRALE FRANÇAISE
PAR M. AUG. CHEVALIER
* * * * *
TABLE DES MATIÈRES
Pages
INTRODUCTION V
CHAP. I. — =La route de l’Afrique centrale.=
I. — De Bordeaux à Brazzaville 1
II. — Etudes botaniques autour de Brazzaville. — Le 8
caoutchouc des herbes
III. — De Brazzaville à Bangui 12
CHAP. II. — =Le Haut-Oubangui.=
I. — De Bangui à Fort-Sibut 28
II. — De Fort-Sibut à la Haute-Kémo et à la Haute-Ombella 66
CHAP. III. — =De Fort-Sibut à Ndellé= 80
CHAP. IV. — =Les populations de la forêt et des hauts
plateaux.=
I. — Les Sylvatiques et les Fertits 88
II. — Les Bandas 96
III. — Les Mandjias 107
CHAP. V. — =Généralités sur le Haut-Chari= 116
CHAP. VI. — =Le Sultan Senoussi.=
I. — Origines de Senoussi et de son état 129
II. — Sa personnalité. — Sa vie à Ndellé 141
III. — Sa puissance militaire 145
IV. — Comment le Sultan exploite le pays 152
CHAP. VII. — =Excursion autour de Ndellé.=
I. — Vers la Tété 165
II. — Voyage au Bangoran 182
III. — Voyage au Mamoun 183
IV. — De Ndellé à Ngara et au Bamingui 200
CHAP. VIII. — =Généralités sur le pays de Senoussi.=
I. — Aperçu général 209
II. — Aperçu sur la météorologie de Ndellé 214
III. — Végétation et agriculture 216