les plus intéressants que nous ayons rencontrés. La présence de la
dumortiérite et de la klaprothite est particulièrement à signaler. A
l’exception du gisement de Tvedestrand en Norwège dans lequel MM. Michel
LÉVY et LACROIX ont trouvé la dumortiérite en inclusion dans la
cordiérite, ce minéral se rencontre dans des roches granitiques. Il y a
peut-être lieu cependant de faire une réserve pour la dumortiérite de
Clip dans l’Arizona qui paraît se trouver comme la nôtre dans un
quartzite ; mais elle est très abondante au lieu de n’y constituer qu’un
élément microscopique.
Quant à la klaprothite, son gisement habituel est bien des quartzites ;
mais il est rare de la trouver dans une roche uniquement à l’état de
minéral microscopique.
_Au point de vue géologique._ — Appartenant à des régions très éloignées
l’une de l’autre, les quartzites de la Nana et ceux de Télé (Kouti),
présentant les mêmes caractères de gisement présentent aussi les mêmes
caractères pétrographiques.
L’échantillon de la Nana provient de couches ayant une pente de 12°, et
celui de Télé d’une couche ayant une pente de 40°.
Les échantillons du Kaga M’Bra quoique faisant partie de la même
formation proviennent d’un endroit bouleversé dans lequel les couches
comme gisement ne sont plus comparables à celles de la Nana ni de Télé.
Aussi remarque-t-on dans les quartzites du Kaga M’Bra des minéraux
spéciaux tels que le disthène et accessoirement de la klaprothite, et
aussi, mais très rare, de la dumortiérite.
Etude faite au laboratoire de M. LACROIX, professeur de minéralogie au
Muséum d’Histoire naturelle.
La collection complète des échantillons est déposée au laboratoire de
géologie du Muséum d’Histoire naturelle.
[Note 540 : On a découvert des objets polis en rhyolite un peu au sud du
lac Fittri, mais beaucoup plus rares que ceux confectionnés avec
d’autres roches et surtout des porphyrites qui affleurent dans cette
région.]
[Note 541 : G. BRUEL, La Région civile du Haut-Chari (_La Géographie_,
t. V, 1902).
L. LACOIN, Observations sur la géologie du pays de l’Oubangui au Tchad
(_Bulletin de la Société géologique de France_, 4e série, t. III, 1905).
Documents scientifiques de la Mission Saharienne, 1905.]
[Note 542 : Par suite de la hauteur des eaux il est évident que
certaines roches ont dû échapper aux investigations.]
[Note 543 : Se reporter à la partie pétrographique, le premier chiffre
indique le numéro de l’échantillon, le second la page.]
[Note 544 : Par suite de la hauteur des eaux il est évident que
certaines roches ont dû échapper aux investigations.]
[Note 545 : Voir Comptes rendus de l’Académie des sciences, 30 janvier
1905, t. CXL.]
[Note 546 : Résultats minéralogiques et géologiques de récentes
explorations dans l’Afrique occidentale française et dans la région du
Tchad, par A. LACROIX, membre de l’Institut, professeur au Museum, 1905,
_Revue Coloniale_.]
[Note 547 : Documents scientifiques de la Mission saharienne, 1905.]
[Note 548 : _Bulletin de la Société chimique de Paris_, 3e série, t.
XXXIII, p. 310 ; 1905.]
[Note 549 : Il est vraisemblable que tous les terrains de la plaine du
Tchad contiennent des diatomées.]
[Note 550 : Ce caractère étant général ne sera pas reproduit dans les
descriptions suivantes.]
[Note 551 : Ce minéral était autrefois considéré comme très rare, mais
l’étude en plaques minces au microscope a démontré qu’il était assez
commun dans certains granites. M. GENTIL l’a également signalé dans les
granites de l’Anahef, dont la mission Foureau a rapporté des
échantillons.]
=DIATOMÉES=
=_Récoltées par la mission CHEVALIER, au Chari-Tchad,_=
DÉTERMINÉES PAR
PAUL PETIT
DIATOMÉES
* * * * *
Quatre échantillons ont été soumis à mon examen, au point de vue de la
recherche des Diatomées :
1o _Trois fragments d’un calcaire provenant du puits d’Ardèbe_ ;
2o _Deux fragments d’une marne du puits d’Ardèbe_ ;
3o _Trois fragments d’un tuf calcaire de Mondo, no 402_ ;
4o _Deux fragments d’un dépôt ou Tripoli de Mondo, no 408_.
Après lavages avec les acides et décantages selon les procédés employés
ordinairement, les nos 1, 3 et 4 m’ont fourni des diatomées qui
appartiennent toutes aux Eaux douces et plus spécialement aux Eaux
courantes. Ce sont, à part quelques espèces, des Diatomées vulgaires qui
se rencontrent dans les cours d’eau douce du monde entier. Les espèces
rares sont les suivantes : Cymbella americana ; Navicula obtusa, var. :
lata ; un autre Navicula figuré sans nom dans l’Atlas d’Ad. Schmidt ; le
Surirella arcta, figuré dans le même atlas, sans diagnose ; et enfin le
Stephanodiscus Astræa.
L’abondance de certaines espèces contraste avec la rareté d’autres.
C’est ainsi que le Surirella arcta A. S. forme le fond des diatomées du
Tuf calcaire de Mondo et que le Navicula oblonga avec les Epithemia
forment le fond des diatomées du no 2 du puits d’Ardèbe.
Le Calcaire du Puits d’Ardèbe a présenté un fait assez curieux. Ayant
lavé un des trois fragments, dans lequel je n’avais rencontré qu’une
très petite quantité de valves de diatomées, brisées pour la plupart,
comme cela arrive souvent dans les dépôts fossiles ; je fis le lavage
d’un deuxième fragment. J’obtins une assez grande quantité de diatomées
renfermant des espèces qui n’existaient pas dans le premier, et
manquant, d’autres qui se trouvaient dans le premier. Il est évident que
les fragments provenaient de roches appartenant à des couches
distinctes, comme le démontre la liste que j’ai établie.
Quant à la marne du puits d’Ardèbe, elle ne renferme qu’un Cyclotella
Kützingiana et ce n’est qu’après de longues recherches qu’on peut
arriver à en découvrir une valve. On m’a fait observer, avec une
préparation de matériaux, non lavés à l’acide, mise à l’appui, qu’il y
avait des diatomées dans cette marne. Dans la dite préparation, examinée
méthodiquement sans laisser un point inexploré, je n’ai trouvé qu’une
seule valve de Cyclotella et un article de Gallionella. J’ai donc lavé
toute la marne que je possédais, espérant avoir un résultat. La masse
s’effrite complètement dans l’acide nitrique et laisse un dépôt de sable
brun très abondant, qui fut lavé à l’acide sulfurique et chlorate de
potasse. Le dépôt a été bien lavé et les eaux de lavage décantées avec
précaution et réunies. Monté au baume et à sec le dépôt ne m’a fourni
que quelques valves très rares des Diatomées indiquées ci-dessus. Il est
certain que ces diatomées ont dû être apportées par le vent, en même
temps que le sable et qu’elles ne forment pas un dépôt fossile.
I. — CALCAIRE PROVENANT DU PUITS D’ARDÈBE
ÉCHANTILLONS No 1 ET No 2
No 1 No 2
=Gomphonema intricatum= K. CC.| + | +
| |
— =subclavatum= Grun. A. S. atlas, t. CCXXXVII, f. 36. CCC.| + | +
| |
Les Gomphonema sont très abondants. | |
| |
=Amphora libyca= Ehr. R.| + | +
| |
=Cocconema cymbiforme= Ehr. C.| + | +
| |
— =lanceolatum= Ehr. C.| + | +
| |
=Cymbella Cucumis= (A. S., t. IX, fig. 21-22) Clève | + | »
Nav. Diat., I, p. 165 | |
| |
=Encyonema gracile= Rabenh. | + | »
| |
— =prostratum= K. | » | +
| |
— =ventricosum= (Ag.) Grun. | + | +
| |
=Epithemia ocellata= K. C.| + | »
| |
— =turgida= K. C.| + | +
| |
— gibberula K. AR.| + | +
| |
— =Zebra= K. R.| + | »
| |
— =Sorex= K. R.| » | +
| |
=Rhopalodia gibba= (K.) O. Müll. CC.| + | +
| |
— — var. : =parallela= Grun. AR.| + | +
| |
— — var. : =tumida= Schaar. R.| » | +
| |
=Navicula oblonga= K. Très abondant CCC.| » | +
| |
— =limosa= K. AR.| + | +
| |
— =viridis= (Ehr.) K. var. : A. S. atlas, t. XLII, f. RR.| » | +
22. | |
| |
— =radiosa= K. C.| » | +
| |
— =obtusa= Ehr. var. : =lata= Rattr. (North Tolsta, RR.| + | +
p. 422, pl. XXIX, f. 1, 2) | |
| |
— =æquatorialis= (A. S. atlas, t. L, f. 48, sans | |
nom et sans diagnose). Valves linéaires-elliptiques | |
à extrémités cunéiformes arrondies ; long. 76 μ, | |
largeur 24 μ ; area longitudinale étroite, légèrement | |
dilatée au centre ; stries très fines, non ponctuées, | |
11 dans 10 μ, perpendiculaires à l’axe vers le centre | |
et faiblement rayonnantes aux extrémités. | |
| |
Je n’ai vu qu’une seule valve de cette espèce, qui | » | +
n’a encore été trouvée que dans l’Orégon. | |
| |
=Mastogloïa Grevillei= W. Sm. AR.| + | +
| |
=Surirella bifrons= Ehr. | + | +
| |
=Cymatopleura Solea= W. Sm. R.| » | +
| |
=Synedra Ulna= (Nitzs) Ehr. C.| + | +
| |
=Odontidium Tabellaria= W. Sm. AR.| + | +
| |
=Eunotia gibbosa= V. H. Syn., pl. XXXV, f. 13. Long. R.| + | »
48 μ. | |
| |
=Stephanodiscus Astræa= Ehr. var. : minutulus Grun. R.| + | +
| |
=Cyclotella Meneghiniana= K. C.| + | +
| |
— =Kützingiana= Thw. | + | +
| |
=Gallionella granulata= Ehr. CC.| + | +
| |
— =distans= Ehr. CC.| + | +
| |
— =crenulata= Ehr. R.| » | +
II. — TUF CALCAIRE DE MONDO, No 402
=Gomphonema intricatum= Kg. CC.
=Cocconema cymbiforme= (Kg.) Ehr. C.
— =lanceolatum= Ehr. C.
— =parvum= W. Sm. AR.
=Cymbella heteropleura= Ehr. (A. S. atlas, t. IX, f. 51) R.
— =Cucumis= A. S. (ut suprà) long. 91 μ, larg. 24 AR.
— =americana= A. S. atlas, t. IX, f. 15 et 20, var. : =acuta=.
Diagnose dans Clève Nav. Diat., I, p. 164.
— =delecta= A. S. atlas, t. IX, f. 17 et t. LXXI, f. 80.
Diagnose dans Clève, l.c.
=Epithemia Argus= (Ehr.) K. AR.
— =Sorex= K. R.
— =ocellata= Ehr. AR.
=Rhopalodia gibba= (K.) O. Müll. C.
=Encyonema turgidum= Grun. C.
— =prostratum= (Berk) Ralfs. C.
— =gracile= Raben R.
=Amphora libyca= Ehr. R.
=Navicula sphærophora= K. R.
— =rynchocephala= K. var. : =amphiceros= (K.) Grun. R.
— =viridis= Nitzs. var. : =commutata= Grun. AC.
— =rupestris= Hantz. AR.
=Stauroneis anceps= Ehr. R.
=Mastogloia Grevillei= W. Sm. R.
=Surirella arcta= A. S. atlas, t. XXIII, f. 23 (sans diagnose). CCC.
Valves longuement linéaires à extrémités cunéiformes et à
partie centrale fortement contractée ; longueur 160 à 204 μ,
plus grande largeur 35 μ 20 à 36 μ 80 ; axe longitudinal formé
par une ligne ; côtes robustes, 1 1/4 dans 10 μ, atteignant
l’axe longitudinal, perpendiculaires vers le centre et
rayonnées vers les extrémités
Cette espèce, qui malheureusement est sous forme de fragments
dans le tuf de Mondo, ne se rencontre entière que rarement
dans les préparations, dont elle forme le fond. Elle est très
abondante. Jusqu’ici cette espèce n’a été rencontrée que dans
Demerara river et figurée par le Révérend Ad. Schmidt dans son
Atlas der Diatomaceenkunde.
=Cymatopleura elliptica= W. Sm. et ses variétés C.
— =Solea= W. Sm. AC.
=Nitzschia amphioxys= W. Sm. variété : =vivax= AR.
— =stagnorum= Raben R.
=Synedra Ulna= (Nitzs.) Ehr. CC.
=Stephanodiscus Astræa= Ehr. var. : =minutulus=. Grun. R.
=Cyclotella Kützingiana= Thw. R.
=Gallionella granulata= Ehr. AC.
— =distans= Ehr. AC.
III. — TRIPOLI DE MONDO, No 408
=Amphora libyca= Ehr. AR.
=Encyonema turgidum= (Greg) AC.
=Rhopalodia gibba= (K.) O. Müll, variété : =tumida= Schaar. R.
=Navicula anglica= Ralfs. RR.
=Odontidium Harrissonii= W. Sm. R. variété =minus= Roper.
=Cyclotella Meneghiniana= K. CCC.
— =operculata= Hantz. AC. }
}
— =Kützingiana= Thw. CC. } Abondants, formant le fond
} de la préparation.
=Gallionella distans= Ehr. CC. }
}
— =granulata= Ehr. CC. }
IV. — VASE DU LAC TCHAD RÉCOLTÉE A KOUKIA
La vase du Lac offre l’aspect de la tourbe desséchée, elle ne fait pas
effervescence sous l’action des acides forts, elle ne contient donc pas
de carbonates calcaires. Après lavages par les procédés ordinaires, on
obtient un dépôt renfermant une grande quantité de sable brun, qu’il
faut éliminer pour avoir les diatomées, ce qui nécessite des lavages et
des décantages longs et délicats.
Par suite d’une cause inexplicable et rare même dans les dépôts
fossiles, la plus grande quantité des valves se trouve réduite à l’état
de fragments, ce qui nécessite un grand nombre de préparations pour
pouvoir trouver un échantillon complet et encore, sur 15 préparations,
il n’a pas été possible de rencontrer une Surirella robusta entière.
Le dépôt est assez riche en Surirellées et en Naviculées ; il renferme
deux espèces très rares : Navicula americana Ehr. et Navicula Perrotetii
Grun. ; cette dernière a été découverte au Sénégal, et en outre une
variété nouvelle très abondante de la Surirella Kittonii A. S.
_Espèces rencontrées dans la vase._
=Cocconeis Pediculus= Ehr.
=Gomphonema acuminatum= Ehr. variété =Turris=.
— =capitatum= Ehr.
— =gracile= Ehr. variété =minor= Grun.
— =Turris= Ehr.
=Cymbella bengalensis= Grun.
=Cocconema cymbiforme= Rabh.
=Amphora ovalis= Kg.
=Epithemia Sorex= Kg.
=Rhopalodia gibba= O. Müll.
— =parallela= O. Müll.
=Navicula americana= Ehr. (Très rare).
— =Cardinalis= Ehr.
— =cuspidata= Kg.
— =elegans= W. Sm.
— =elliptica= Kg.
— =macilenta= Ehr.
— =major= Kg.
— =Perrotetii= Grun.
— =viridis= (Nitz.) Kg.
=Stauroneis acuta= W. Sm.
— =Phœnicenteron= (Nitz.) Ehr.
=Surirella arcta= A. S.
— =bifrons= Ehr. variété : =tumida= O. Müll.
— =Kittoni= A. S. var. nov. =elliptica=.
— =robusta= Ehr.
— =tenera= Greg.
— — variété =nervosa= A. S.
=Cymatopleura elliptica= (de Bréb) W. Sm.
— =Solea= (de Bréb) W. Sm.
=Eunotia Arcus= Ehr.
— =gibbosa= V. Hk.
=Himantidium pectinale= Kg.
=Stephanodiscus Astræa= (Ehr) Kg.
=Cyclotella Meneghiniana= Kg.
— =operculata= (Ag.) Kg.
=Gallionella crenulata= Ehr.
— =distans= Ehr.
— =granulata= Ehr.
— =lyrata= Ehr. Variété =tenuior=. Grun.
— =varians= Ehr.
=NOTE=
SUR LES
=COLLECTIONS D’INSECTES=
=_rapportées par la Mission CHARI-TCHAD=_
ARACHNIDES, MYRIAPODES ET CRUSTACÉS
PAR
M. BOUVIER
Professeur au Muséum d’Histoire naturelle.
ARACHNIDES ET MYRIAPODES
Très nombreux sont les matériaux recueillis dans ces deux groupes, mais
aucun spécialiste n’a pu encore les étudier. D’un examen sommaire de ces
matériaux, on peut conclure toutefois que certaines espèces à très large
distribution se trouvent constamment représentées jusqu’au centre de
l’Afrique. Dans la classe des Arachnides, c’est le cas des grands
Scorpions noirs, _Pandinus imperator_ C. L. Koch et _Pandinus dictator_
Pocock ; dans le groupe des Myriapodes de la Scolopendre géante,
_Scolopendra subspinipes_ Leach et d’une espèce plus petite, la _S.
morsitans_ L. qui remonte jusqu’en Algérie.
CRUSTACÉS
Tous les Crustacés recueillis par la mission appartiennent naturellement
à la faune des eaux douces. Ils ne sont pas très nombreux en espèces,
mais présentent presque tous un fort grand intérêt.
Parmi les Crevettes d’eau douce, il convient de citer deux espèces :
d’abord un Palémon d’une grande taille, le _Palemon macrobrachion_
Heiklots qui paraît identique à une espèce américaine, le _P.
acanthurus_ Wiegm., qu’on avait signalé en divers points de l’Afrique
occidentale et qui fut capturé par M. DECORSE à Brazzaville. En second
lieu une petite espèce de la tribu des Stynier, la _Caridina togoensis_
var. _Decorsei_ Bouvier. Cette forme nouvelle a été découverte au cours
de la mission et paraît très commune dans l’Afrique centrale et
occidentale, où elle représente, peut-être à elle seule, le genre
_Caridina_. M. DECORSE l’a prise à Krebédjé, à Fort-Archambault, au
Bangoran, mais on la trouve bien en dehors de ces régions centrales ; M.
CHEVALIER vient d’en recevoir des exemplaires recueillis au Fouta-
Djalon, et le Muséum du capitaine COTTE de la mission Sud-Kameroun.
Les Crabes d’eau douce ne manquent pas dans les régions tropicales, où
ils sont d’ordinaire assez étroitement localisés. Parmi ceux capturés au
cours de la mission, il convient de citer le _Potamonautes Aubryi_ Edw.
trouvé à Bessou, mais déjà connu dans l’Afrique occidentale. Un jeune
voisin du _P. Sidneyi_ Rathbun connu seulement dans l’Inde, et trois
beaux spécimens qui tiennent à la fois du _P. Johnstoni_ Miers et du _P.
perlatus_ Edw. Il est bon d’observer que ces exemplaires proviennent du
Chari, tandis que le _P. Johnstoni_ se trouve au Kilimandjaro et le _P.
perlatus_ dans l’Afrique méridionale.
=COLÉOPTÈRES=
PAR
M. PIERRE LESNE
Assistant au Muséum d’Histoire naturelle.
Les collections de Coléoptères recueillies au cours de la mission Chari-
Tchad sont fort riches et permettront d’entreprendre une étude
approfondie de la faune des vastes régions explorées par MM. A.
CHEVALIER et le Dr J. DECORSE. La détermination de ces importants
matériaux est seulement commencée, mais on peut noter dès maintenant
quelques remarques qui se dégagent de leur examen sommaire.
Le caractère le plus frappant de la faune du Chari moyen et inférieur et
de la région du Tchad réside dans sa grande analogie avec celle du
Sénégal et du Soudan occidental. Il est assurément remarquable de
retrouver communément aux environs de Fort-Archambault les espèces qui
comptent aussi parmi les plus fréquentes à Saint-Louis-du-Sénégal. Tels
sont les :
_Tetragonoderus quadrum_ Ol. (Carabides).
_Sternocera interrupta_ Ol. (Bupestides).
_Sinoxylon senegalense_ Karsch (Bostrychides).
_Thalpophila abbreviata_ Fabr. (Ténébrionides).
_Entomoscelis cincta_ Ol. (Chrysomélides).
_Hoplostomus fuliginosus_ Ol. (Cétonines).
Etc.
Les espèces suivantes, qui ont été recueillies en divers points du
bassin moyen et inférieur du Chari, sont également sénégalaises :
_Cicindela Dumolini_ Dej. (Cicindélides).
_Luperca Goryi_ Guér. (Carabides).
_Harpalus ephippium_ Dej. (Carabides).
_Bradybænus scalaris_ Ol. (Carabides).
_Sternocera castanea_ Ol. (Buprestides).
_Bostrychopsis Reichei_ Mars. (Bostrychides).
_Epicanta flavicornis_ Dej. (Méloïdes).
_Rhyxiphlæa corticina_ Ol. (Cétonines).
Etc.
D’une façon générale, les affinités avec la faune du Sénégal sont
particulièrement marquées dans la région même du Tchad. Plus au sud, sur
le Chari inférieur et moyen apparaissent des formes paraissant propres à
l’Afrique centrale, tels le _Sternocera Colmanti_ Kerremans (Bupestides)
déjà connu du Bahr-el-Ghazal, le _Thalpophila reticulata_ Fairmaire
(Ténébrionide) primitivement décrit du pays de Nyams-Nyams, un _Onitis_
géant, apparenté à l’_On. Castelnani_ Harold, de l’Afrique australe,
etc. C’est ce mélange de formes centre-africaines avec des espèces
sénégalaises en nombre prédominant qui imprime un cachet spécial à la
faune des régions riveraines du Chari. Mais si l’on s’écarte du fleuve,
pour pénétrer dans les pays Saras qui s’étendent à l’O. de Fort-
Archambault on constate la présence dans ces contrées de types tout
particuliers révélant la proximité d’un centre faunistique distinct. De
remarquables espèces qui paraissent être inédites et qui appartiennent
aux genres _Myrmecoptera_ parmi les cicindélides, _Anthia_,
_Graphipterus_, _Pheropsophus_ parmi les Carabiques caractérisent
notamment cette faune dar-sarienne dont on doit la découverte à M. le Dr
J. DECORSE.
Parmi les captures intéressantes faites par le même naturaliste il faut
citer celle d’un petit carabique, le _Somotrichus elevatus_ Fabr. dont
le pays d’origine était resté jusqu’ici inconnu. L’insecte se rencontre
de temps à autre dans les ports de commerce et paraît vivre à demeure
dans les cales de certains navires. Sa découverte aux environs de Fort-
Archambault permet d’affirmer qu’il est d’origine africaine.
Les récoltes faites sur le cours de la rivière Gribingui ont été moins
fructueuses que celles effectuées dans les régions dont nous venons de
parler ; mais plus au sud, au-delà de la ligne de partage des eaux entre
le Chari et le Congo, sur la Kémo et ses affluents, la mission a
rencontré en abondance les Cétoines du genre _Gnathocera_ et une foule
d’autres formes à affinités guinéennes prononcées, faisant pressentir la
proximité de la faune gabonaise proprement dite. Il est à noter
d’ailleurs que dans toute l’étendue des régions explorées dans le bassin
du Chari ont été rencontrées les formes à aire de dispersion très
étendues en Afrique comme les _Opilo gigas_ Cost., _Tenebrio guineensis_
Hid., _Xystrocera nigrita_ Serv., etc.
En résumé, les points que met en évidence un examen rapide de l’ensemble
des Coléoptères de la mission Chari-Tchad sont :
1o L’existence d’une ligne de démarcation importante au point de vue
faunistique dans la région de la rivière Gribingui. Au nord de cette
région les espèces sont en grande majorité soudanaises ; au sud, elles
se rattachent à la faune congolaise ou à la faune guinéenne.
2o La présence, dans le bassin du Chari, de formes qui paraissent être
propres à l’Afrique centrale.
3o L’existence d’une faune très spéciale, à affinités soudanaises, dans
les pays Saras s’étendant à l’Ouest de Fort-Archambault.
=HYMÉNOPTÈRES, ORTHOPTÈRES ET NÉVROPTÈRES=
PAR
M. R. DU BUYSSON
HYMÉNOPTÈRES
Les Hyménoptères récoltés par M. A. CHEVALIER pendant ses voyages dans
l’Afrique centrale et occidentale sont peu nombreux, mais leur diversité
permet de déduire quelques renseignements sur la faune des pays où ils
ont été trouvés.
Comme on le sait, les Hyménoptères vivent en général de matières sucrées
provenant des nectaires des fleurs ou des miellées produites soit par
les Pucerons et les Coccides, soit par les stigmates des feuilles des
plantes sous l’influence de certaines conditions climatériques. Une des
plus grandes familles, celle des Mellifères, a la spécialité de
recueillir le miel et le pollen. Aussi les insectes appartenant à cette
famille peuvent être comptés parmi les principaux facteurs de la
fécondation des plantes. Leur présence est donc d’un intérêt capital
pour le colon. Une région riche en fleurs nourrit toujours beaucoup
d’Hyménoptères mellifères et inversement : l’abondance des unes permet
de calculer le nombre des autres. Parmi les Mellifères, on peut signaler
l’Abeille mellifique qui se rencontre, à l’heure actuelle, dans toutes
les parties du monde, soit comme patrie normale, soit qu’elle ait été
importée par l’homme. En Casamance, comme dans la région parcourue
par la mission Chari-Tchad, M. A. CHEVALIER a rencontré la variété
_fasciata_ Latr. de l’Abeille domestique. C’est un nouveau point à
enregistrer dans la dispersion de ce précieux animal sur le continent
africain. En effet l’_Apis mellifica_ L. var. _fasciata_ Latr. habite
l’Égypte : Le Caire, Ramlé, Suez, les environs de Kartoum, Obock. On
l’a rapportée de Dakar, de la Guinée : Bissao, de Libéria : Monrovia,
de la Sierra-Leone, du Haut-Niger et du Bénoué, du Congo, de la
Cafrerie, du pays des Basoutos et E. FOA l’a retrouvée dans la vallée
du Haut-Zambèze. Dans bien des endroits, cette abeille est plus ou
moins cultivée par l’indigène, mais elle vit à l’état sauvage dans
beaucoup d’autres. C’est une ressource qui attend qu’elle soit mise en
valeur, modeste sans doute mais qui n’en existe pas moins.
D’autres Hyménoptères sont chasseurs de grillons, de criquets, de
chenilles, de papillons et d’autres insectes nuisibles à l’agriculture.
D’un coup d’aiguillon, ils paralysent leur proie et l’emmagasinent pour
nourrir leur progéniture. A cette catégorie appartiennent les _Eumenes
tinctor_ Christ et _caffra_ Olivier qui approvisionnent leurs nids de
terre gâchée avec des chenilles. M. CHEVALIER a reconnu leur présence
dans plusieurs localités du Baol oriental, de Thiès à N’djourbel. Ils
ont comme ennemi un autre Hyménoptère, aux couleurs étincelantes, la
_Chrysis stilboides_ Spin. qui dépose ses œufs dans leurs cellules. La
larve de la Chrysis dévore celles des Eumènes. Cette Chrysis se
rencontre partout où vivent les gros Eumènes. Elle est signalée
d’Égypte, d’Abyssinie, de Saint-Louis du Sénégal, de la Casamance, de la
Sénégambie, du Congo français, des environs du Tanganyika, du Zambèze et
du Zanzibar. Les récoltes de M. A. CHEVALIER viennent ajouter de
nouvelles localités d’habitat à celles déjà connues et nous prouver une
fois de plus que certaines espèces d’insectes ont une aire de dispersion
bien plus étendue qu’on ne le suppose. M. CHEVALIER a rapporté vingt-
huit espèces de Fourmis qui, si elles sont de peu d’intérêt pour le
colon, nous serviront de jalons pour la géographie zoologique.
Je dois indiquer aussi quelques Guêpes : _Belonogaster junceus_ Oliv. et
_Polistes marginalis_ F. Elles peuvent être considérées comme des
animaux utiles. En effet, elles vivent en sociétés parfois nombreuses et
elles nourrissent leurs larves avec de petits lépidoptères, de petites
chenilles et autres menus insectes nuisibles aux plantes et aux fruits.