insensiblement pour atteindre la cote 827, point culminant de la région.
Des alentours de ce point partent la Gounda coulant vers le Chari, la
Bata coulant vers la Kotto et la Bakaka coulant vers le Ouadi Kabassa
(Dar Four).
Les kagas Fofo et Toulou, voisins l’un de l’autre, sont formés de
quelques rochers de grès horizontaux émergeant de 10 à 12 mètres et
ayant le premier une altitude de 614 et le second de 634 mètres. Dans le
rocher E. du Kaga Toulou existe une grande grotte traversant ce rocher
de part en part et possédant une large cheminée verticale.
A 11 kilomètres environ à vol d’oiseau du Kaga Toulou on rencontre le
Kaga Diffili qui n’est qu’un îlot de rochers de grès horizontaux
émergeant de 4 à 6 mètres, et d’une altitude de 591 mètres.
Sur tout le parcours les grès horizontaux dominent et la roche
ferrugineuse n’existe réellement que sur les parties culminantes du
plateau. Partout ailleurs on la rencontre en petites masses épargnées
par le ravinement et en contact visible avec la roche sous-jacente. Son
épaisseur reste faible et dès qu’on quitte les parties culminantes on
rencontre les grès horizontaux.
De Ndélé au Kaga Bongolo les grès horizontaux reposent sur des gneiss et
des granites (gneiss granitoïde, granite et gneiss à grands cristaux)
qui apparaissent à Goumba dans l’échancrure des ruisseaux M’Bélégué et
Yofo (174, 175, p. 682 et 673).
[Illustration : FIG. 104. — Le kaga Sibi.]
Après le Kaga Bongolo, au pied de la grande falaise, de vagues
indications permettent de supposer que la roche granitique n’est pas
très éloignée, mais aucun fait positif n’a été remarqué à ce sujet. A
Ndélé, les grès horizontaux reposent sur des roches dont il a été parlé
plus haut.
Dans l’intervalle qui sépare le Kaga Diffili de la rivière Tété (7km,500
environ) on rencontre d’abord un affleurement quartzeux en couches
minces verticales, de 1 à 5 centimètres d’épaisseur et ayant une
direction E.-O. Plus loin on rencontre les quartzites ayant une
direction N. 25° E. et une pente vers l’O. de 80°.
Le circuit se ferme au Tété sur le circuit précédent.
_Ndélé-Mamoun._ — Du village de Golo, après avoir gravi le flanc de la
colline dont la base est granitique on circule sur les grès horizontaux
jusqu’à l’échancrure de Mansaka. Aux approches de cette échancrure la
couche des grès horizontaux s’amincit et laisse voir çà et là les
quartzites qui apparaissent nettement au sommet de la colline O. de
l’échancrure. Là, les couches ont une direction N. E. avec une pente au
S.-E. de 40 à 45°.
On retrouve les mêmes quartzites : Dans les collines de Djalmada avec
des directions E. 15° N. et E. 20° N. et des pentes vers le S. variant
entre 50 et 70° ; à Ndélou, direction O. 35° E. avec pente vers le S. de
25°, S. 20° O. avec pente vers l’O. de 45° ; à Akoulousoulba direction
N.-E. et pente au S.-E., direction E. 10° S. et pente vers le S. Ces
quartzites ont reçu la roche ferrugineuse. Cette roche dans beaucoup
d’endroits n’existe plus que dans les interstices et cavités des
quartzites.
Dans la colline qui sépare les villages de Dankounga et Djalmada on
rencontre quelques blocs isolés de gneiss amphibolique et
accidentellement dans les quartzites du grès avec fer oligiste. On
rencontre encore du gneiss en fragments isolés non en place à Ndélou et
à Akoulousoulba.
A Akoulousoulba, la texture des quartzites devient grossière et ces
roches présentent de grands espaces aplanis par la désagrégation,
espaces desquels émergent des couches plus compactes.
Les derniers affleurements de ce genre ont été rencontrés entre le Tété
et la Moussoubourta recouverts par la roche ferrugineuse.
Entre Golo et Mansaka l’altitude du plateau se maintient entre 719 et
767 mètres. Après Mansaka où disparaissent les grès horizontaux les
altitudes diminuent insensiblement jusqu’au Tété où l’on entre dans une
vaste plaine d’une altitude variant entre 471 et 498 mètres, dans
laquelle circulent les rivières Tété, Moussoubourta, Boungoul, Diahap ou
Mindja, Koumara, Mamoun et Bahap. Toutes ces rivières sont réunies entre
elles par des bras marécageux que l’on peut supposer nombreux et dont
quelques-uns ont été reconnus.
Cette disposition semble indiquer qu’une vaste dépression existait
autrefois dans cet endroit, dépression aujourd’hui comblée par des
dépôts alluvionnaires et dans laquelle venaient se jeter un certain
nombre de cours d’eau dont quelques-uns, le Tété, la Moussoubourta, le
Boungoul et le Diahap, ont été reconnus.
Les parties basses de la grande plaine actuelle sont inondées à la
saison des pluies et deviennent impraticables. La largeur des
dépressions proprement dites, c’est-à-dire des lits plus ou moins
anciens dans lesquels circulent les cours d’eau, sont : Pour le Tété et
la Moussoubourta de 1500 à 2000 mètres ; pour le Koumara-Bahap-Mamoun de
4,500 à 5,000 mètres à l’endroit où ces trois cours d’eau se réunissent.
Dans les parties basses, argileuses ou parfois argilo-sablonneuses, on
rencontre çà et là à la surface du sol des concrétions calcaires.
_Ndélé-Télé (région montueuse du Kouti)._
A peu de distance de Ndélé on entre dans la région montueuse du Kouti et
jusqu’à Télé, village situé à l’extrémité O. de cette région (80
kilomètres à vol d’oiseau O.-N.-O. de Ndélé), la piste franchit une
série interminable de vallons et de collines rocheuses de faible
altitude, à Télé on entre dans la plaine du Bangoran.
[Illustration : FIG. 105. — Les quartzites du Kouti.]
A part quelques points culminants d’une altitude un peu supérieure, les
collines restent à une altitude variant entre 570 et 685, la plaine au
pied étant à 470 à Télé.
Tout le massif montueux traversé est constitué par des quartzites
micacés ou non, dans lesquels on rencontre un peu de gneiss.
Ces quartzites sont en général inclinés avec pentes très fortes, souvent
verticaux, et dans quelques endroits à stratification bouleversée. Leur
structure varie du grossier au compact, mais les couches compactes
dominent et constituent des affleurements saillants.
La roche ferrugineuse en forme continue est l’exception, elle n’existe
ainsi qu’en de rares endroits du parcours. Partout ailleurs elle est
disparue et on ne la rencontre que dans les cavités et les interstices
des quartzites.
L’ordre successif des principales observations sur la stratification est
le suivant :
Village de Koubou. — Direction N. 15° E., pente 60° vers l’E.
Ruisseau Kiokioro. — Dans le vallon, on rencontre un petit affleurement
de gneiss amphibolique (208, p. 686), de chaque côté de cet affleurement
existent des quartzites dont la stratification est verticale avec une
direction E. 25° N.
Entre le ruisseau Pendé et le ruisseau Miadigui. — Stratification
verticale et direction S.-O.
Entre le ruisseau Miadigui et le Kaga Batolo. — Direction O. 30° S.,
avec pente vers le N.-O. de 60°.
Kaga Batolo. — Direction E. 20° N. avec pente vers le N. de 60°.
Entre le ruisseau Yofo et le ruisseau Soukoumba. — Direction O. 20° N.
avec pente vers le N. de 60°.
Ruisseau Mandza. — Direction N.-S., avec pente à l’E. de 40°.
Entre les villages Kourou et Télé.
Stratification bouleversée.
Direction S. 35° O., pente vers le N.-O. de 30°.
— — stratification verticale.
— — pente vers le S.-E. de 60°.
— O. 35° S., pente vers le S.-E. de 20°.
Village de Télé. — Direction S. 35° O., pente vers le N. de 25°.
Collines au N. de Télé. — Direction S.-O., pente au N.-E. de 40° (216,
p. 689).
Collines au S. de Télé. — Direction S. 25° O., pente vers le N.-O., de
25°.
NOTA. — Toutes les pentes sont perpendiculaires aux directions et
l’indication, pente vers l’E. ou l’O., indique seulement le point
cardinal vers lequel la pente est inclinée.
RÉSUMÉ. — En résumé les formations géologiques de la région de Ndellé
sont les suivantes :
1o Les roches granitiques représentées par un granite à grain fin et un
gneiss granitoïde, par le gneiss à grands cristaux et le gneiss
ordinaire, par des aplites et des pegmatites.
2o Les quartzites plus ou moins micacés ayant subi dans certains
endroits l’influence de roches éruptives.
Des dykes de norite et de gabbro ayant traversé ces quartzites.
2o Les roches précédentes désagrégées et ravinées par les érosions ont
reçu les grès horizontaux qui après avoir rempli les dépressions ont
constitué sur ces roches une couche épaisse. Aucune découverte n’ayant
permis de déterminer l’âge de ces grès on ne peut que les assimiler par
analogie de gisement en couches horizontales à ceux du Karoo.
4o Les grès horizontaux désagrégés et leurs éléments entraînés, les
roches sous-jacentes ont reparu dans beaucoup d’endroits. La roche
ferrugineuse (latérite remaniée) fait alors son apparition, comblant les
dépressions et recouvrant ensuite le tout.
5o La désagrégation attaquant la roche ferrugineuse à son tour, les
ravinements ont fait reparaître les autres roches, et dans l’état
actuel, elle est arrivée dans beaucoup d’endroits jusqu’au contact
primitif de la roche ferrugineuse avec les quartzites et les grès
horizontaux.
_Boungoul, Bahr-Salamat et Lac Iro._
Le Boungoul se jette dans le Bamingui (Bahr-el-Abiod) à Fort-
Archambault, un bras secondaire à 3 kilomètres en aval du poste, et le
bras principal actuel à 11 kilomètres environ à vol d’oiseau.
Si on donne la dénomination de Chari au cours d’eau résultant de la
réunion du Bamingui et du Bahr-Sara, le Bahr-Salamat se jette dans le
Chari à 49 kilomètres environ à vol d’oiseau, en aval de Fort-
Archambault.
Au voisinage du Chari, le Bahr-Salamat a rencontré des affleurements
granitiques (granite porphyroïde) qui ont fait dévier le cours du Chari
vers le N.-N.-E., et s’est frayé un passage dans ces roches en formant
un delta assez étendu.
Le granite porphyroïde se présente dans le lit du Chari et dans celui du
Bahr-Salamat en masses arrondies et plus ou moins décomposées ces masses
sont sillonnées de filons d’aplite.
Auprès de la branche principale actuelle (juin 1903), du Bahr-Salamat et
à un kilomètre environ du Chari, on rencontre un rocher qui n’est qu’un
fragment des grès horizontaux de structure plus compacte et qui a
résisté à l’érosion. Ce rocher mesure de 50 à 60 mètres de hauteur, de
15 à 20 mètres de largeur et 8 à 10 mètres de hauteur.
L’extrémité E. forme un chaos dans lequel on ne remarque aucune trace
bien nette de stratification. A la partie inférieure de l’extrémité O.,
les galets roulés quartzeux que la roche contient sont en lits
horizontaux. Si on monte sur le rocher, on remarque dans la masse une
sorte d’alignement dont la direction est O. 10° N. Ce curieux rocher
constitue un témoin de la continuité des grès horizontaux dans une
direction O.-N.-O. de l’éperon de Ndélé, dont il est aujourd’hui séparé
par une distance de 270 kilomètres à vol d’oiseau.
Entre le Boungoul et le Bahr-Salamat existe un plateau argilo-sablonneux
de 30 à 60 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la plaine, et de 15
à 18 kilomètres de largeur, auquel on accède par une pente très douce.
Ce plateau qui s’atténue sur la plaine marécageuse de la rive droite du
Chari et à 25 kilomètres environ à vol d’oiseau du cours d’eau, se
prolonge vers l’E.-N.-E. A 70 kilomètres environ, il est interrompu par
la trouée de la Mindja M’Banga qui aboutit d’un côté au Boungoul et de
l’autre au Bahr-Salamat.
A l’extrémité E. du plateau, avant la trouée de la Mindja M’Banga, la
roche ferrugineuse apparaît en plusieurs endroits en couche continue à
la surface du sol. Sur l’autre partie du plateau après la trouée, elle
apparaît en blocs isolés.
On peut considérer ce plateau, dont la direction générale est
sensiblement parallèle à celle du cours du Bahr-Salamat, comme ce qui
reste de la surface de la plaine primitive, dans laquelle au moment du
retrait des eaux le Bahr-Salamat a creusé son lit. La plaine actuelle
dans laquelle circule cette rivière est limitée au S. par ce plateau et
au N. par les premiers mamelons et les premières ondulations d’une
région à affleurements granitiques qui s’étend jusqu’aux monts Guérés.
Les affleurements de granite apparaissent sur la rive droite, soit en
mamelons rocheux comme Sakoura et Karou (252, p. 673), soit en rochers
disséminés comme à Mali (250, p. 673). Le granite de Mali est sillonné
de filons d’aplite et les rochers ont de 10 à 15 mètres de hauteur.
Entre le lac Iro et le Bahr-Salamat à peu de distance de cette rivière
émergent les mamelons rocheux de Bagolo constitués aussi par du granite.
_Confluent Bamingui-Gribingui et rivière Gribingui (Hautes-eaux)[544]._
En aval du confluent on rencontre un affleurement quartzeux barrant la
rivière et émergeant le long de la rive gauche, la direction de cet
affleurement est O. 15° N.
En amont du confluent, le granite apparaît barrant le Gribingui sur un
parcours d’environ 5 kilomètres à vol d’oiseau et occasionnant des
rapides assez dangereux, rapides que l’on retrouve avec la même cause
sur le Bamingui (261, p. 673).
Sur le Gribingui à l’extrémité S. de l’affleurement granitique apparaît
une aplite en décomposition dont la partie ténue est du Kaolin.
A 54 kilomètres environ à vol d’oiseau en amont du confluent se dresse,
sur la rive droite, une grande falaise rocheuse constituée par un
agrégat sans cohésion composé de menus fragments quartzeux cimentés par
un ciment argilo-ferrugineux. Il faut considérer cette roche comme une
forme particulière de la roche ferrugineuse. Elle contient,
irrégulièrement disséminées et en tout sens, de nombreuses gaines
ferrugineuses sub-cylindriques, creuses, de 20 millimètres environ de
diamètre intérieur et atteignant une certaine longueur.
Enfin à Finda, poste situé à 64 kilomètres environ à vol d’oiseau en
aval de Fort-Crampel, on rencontre des fragments de diabase en
décomposition.
_Niellims_
Les masses rocheuses des Niellims sont constituées par un granite
porphyroïde à grands cristaux d’orthose, passant en plusieurs endroits à
un granite ordinaire (231, p. 674). On y rencontre aussi des filons
d’aplite.
_Puits de Oulgou_ (30 kilomètres environ à vol d’oiseau O.S.O. des
Niellims), profondeur de 10 à 11 mètres.
0m,50. — Petits nodules ferrugineux, formation actuelle, couche
manquant souvent.
1m,50. — Terre végétale mêlée d’argile grise et de quelques
petits galets.
4m,00. — Argile grisâtre mêlée d’agglomérats ferrugineux
(ordinairement exploités), caverneux, de petits galets
disséminés dans l’argile et d’oolithes ferrugineuses
disséminées. Ces oolithes sont parfois réunies en petits
agrégats ferrugineux exploités. Ce serait à la base de cette
couche que le Dr DECORSE aurait observé en un puits une
couche compacte épaisse de 0m,30 de fer oolithique.
5m,00. — Argile gris-jaunâtre avec grains ténus de quartz et petits
cailloux ferrugineux disséminés.
-------
11m,00.
-------
_Groupe de Korbol._
Le granite de (346A, p. 673) Korbol est traversé par un filon de
microgranite à microcline (285, 347, 349, 355, p. 677). Ce microgranite
est à structure ordinaire ou à structure porphyrique. Dans le granite on
rencontre aussi des filons d’aplite et des rognons de pegmatite.
_Groupe Djember-Mandéré._
Au delà de Korbol, vers le N.-E. et le N., la région de Djember-Mandéré
est caractérisée par du granite ordinaire, du gneiss et du granite
porphyroïde.
_Koli._
A Koli on rencontre un affleurement de granite de couleur rougeâtre
(340, p. 673)
_Groupe de l’ancien lac Baro dans le Dar-el-Hadjer (Pays des roches)._
A l’E. du Tchad, à 200 kilomètres environ, on rencontre un groupe
granitique important et cette région a été nommée par les indigènes Dar-
el-Hadjer (Pays des roches). Les principaux affleurements sont groupés
autour d’une dépression qui constituait autrefois le lac Baro, lac
aujourd’hui asséché. Du S. au N. le groupe s’étend d’Ardèbe à la lagune
de Rédéma, c’est-à-dire sur un parcours d’environ 125 kilomètres. Les
granites de ce groupe sont fréquemment porphyroïdes. Ils contiennent
aussi des filons d’aplite et des pegmatites (305, 342, 413, 114, p.
674).
_Lac Fittri._
Le granite affleure à Yao au N. du lac Fittri (410, p. 674). A 24
kilomètres environ au sud de ce lac on rencontre un affleurement de
porphyrite (p. 680).
_Groupe de Hadjer-el-Hamis._
Les rochers de Hadjer-el-Hamis sont constitués par une rhyolite verdâtre
dans la pâte de laquelle sont disséminés de nombreux cristaux de
feldspath et de quartz.
_Monts Guérés._
L’administration locale n’ayant pas cru devoir fournir à la mission les
moyens de se rendre dans cette région, les deux échantillons recueillis
proviennent de Djongoro et sont dus à l’obligeance de M. le capitaine
DUJOUR alors lieutenant. Le premier est un granite porphyroïde et le
second une syénite à pyroxène.
_Les terrains du Kanem._
Dans l’ensemble de la partie du Kanem visitée par la mission, on
remarque partout de l’argile calcaire ou non calcaire et du tuf calcaire
(Ngouri, Mondo, Clitoua).
L’étude des échantillons de Mondo montre qu’ils contiennent un grand
nombre de diatomées, 32 espèces ou variétés dans le tuf calcaire et 9
espèces dans l’argile. Ces diatomées ont été étudiées par M. Paul PETIT.
Ils contiennent en outre du quartz et du feldspath (dont du microcline
en fragments déterminables).
A Clitoua, le tuf calcaire contient de nombreux fragments d’_Arundo
fragmites_.
Au delà du Bahr-el-Ghazal, à la lagune de Rédéma, située à 120
kilomètres environ à vol d’oiseau à l’E.S.E. de Clitoua, on rencontre
également de l’argile calcaire. Cette argile contient en abondance des
coquilles fossiles de _Mélanies_. La mission a trouvé en outre au même
endroit des débris fossilisés d’ossements de tortue.
_Les sels de la région du Tchad[545]._
On peut considérer le Tchad comme la limite méridionale d’une vaste
région du centre africain dans laquelle abondent les sols alcalins.
Cette région s’étend au nord jusqu’à Bilma (18° 30 de lat. et 11° de
long.) à l’ouest jusqu’à Agadès (17° de lat. et 6° de long.), et à l’est
jusqu’au Dar Ouara (18° de lat. et 20° de long.).
Les deux principaux gisements alcalins sont : 1o Le gisement de l’oasis
de Bilma qui approvisionne l’Aïr (Agadès), une partie des contrées
situées au nord de cette région, le Damergou et une partie du Bornou ;
2o Le gisement du Dar Ouara qui approvisionne le Borkou, le Thibesti, le
Ouadaï et le Baguirmi.
_Gisement de Bilma._ — Le Kaouar dont fait partie l’oasis de Bilma fut
visité en 1822 par OUDNEY, DENHAM et CLAPPERTON ; en 1855 par BARTH, en
1866, par G. ROHLFS, en 1870 par NACHTIGAL et 1892 par MONTEIL. Ce
gisement était déjà connu au XIIe siècle car EDRISI parle du trafic de
l’alun dans la vallée du Kaouar et ce qu’il a dit se rapporte
vraisemblablement au commerce du sel. Selon BARTH ce gisement fournit
deux espècees de sel, le sel en pains ayant un goût amer, et un autre
sel plus fin pouvant être utilisé par les Européens.
Des échantillons rapportés par M. FOUREAU et provenant de ce gisement,
les uns sont constitués par du sulfate de soude ne renfermant que 12 0/0
de chlorure de sodium, et d’autres ne sont qu’un mélange (presque à
parties égales) de carbonate (trona) et de sulfate de soude[546].
_Gisement du Dar Ouara._ — D’après les échantillons que la mission a pu
se procurer, échantillons qui sont étudiés pour la première fois, ce
gisement fournit trois espèces de sel : 1o Du sel gemme que l’on trouve
dans un endroit appelé Toro ou Tourou (Tourkéchi), en couches
stratifiées dans le lit du rahat (étang) Saraf, où il n’y a de l’eau
qu’à la saison des pluies. En saison sèche on creuse le sol à 0m40 ou
0m50 de profondeur et l’on recueille la roche par petits blocs de 8 à 12
centimètres d’épaisseur, jamais en tables comme à Taodénit (grand
gisement situé à 575 kilomètres environ à vol d’oiseau au N. de
Tombouctou). C’est un sel à grands cristaux renfermant beaucoup de
sulfate de magnésie (_épsomite_) qui s’effleurit à l’air sec.
2o Un sel gemme impur, en fragments de couleur rougeâtre, contenant près
de 50 0/0 de matières terreuses ou siliceuses et même des menus galets
roulés. On le trouve dans un endroit qui s’appelle Ouadi Démi ou Démé,
endroit qui appartient aux arabes Mohamid du Dar Ouara et qui est situé
à l’E. du Toro ou Tourou.
3o Le même endroit (Ouadi Démi) fournit aussi le minéral désigné
vulgairement sous le nom de _natron_ et qui est constitué par l’espèce
minérale le _trona_ (3 Na²O, 4CO², 5H²O).
Le _trona_ du Dar Ouara constitue une véritable roche et offre la plus
grande ressemblance avec celui des lacs Natron (Egypte). Il est débité
par les indigènes en morceaux tabulaires de 6 à 8 centimètres
d’épaisseur, de couleur gris-jaunâtre, à structure caverneuse. Leur
cassure montre qu’ils sont constitués par des cristaux monocliniques
allongés suivant _ph_¹ (001) (100) et possédant un clivage facile
suivant _p_, à éclat vitreux très vif. Ces cristaux de longueur inégale
atteignent 20 à 25 millimètres de longueur. Ils se groupent en agrégats
fibro-bacillaires terminés par des pointements aigus, libres dans les
cavités de la roche ou engagés dans de l’argile ; leurs faces sont trop
arrondies pour pouvoir être mesurées exactement. Il existe parfois une
seconde génération de cristaux plus petits, implantés sur les premiers,
ou constituant des masses blanches à texture très lâche, qui remplissent
leurs intervalles : on peut y constater l’aplatissement des cristaux
suivant _a_¹ (101).
Le Borkou et le Dar Ouara dépendent actuellement du Ouadaï, le Tibesti
appartient au Fezzan.
_Gisement d’Agadès._ — Agadès fut visitée par BARTH en 1850 et d’après
ce voyageur on recueille du natron un peu au N.E. de cette ville et les
grès sont saturés de sel. Elle fut de nouveau visitée en 1899 par la
mission FOUREAU-LAMY qui rapporta de ce point des échantillons de natron
provenant de Bilma et du sel brun d’Imgal[547].
_Pays des Krédas._ — Le pays des Krédas, nommés aussi Gouranes, traversé
par le Bahr-el-Ghazal, est situé à l’E. du Tchad (14° environ de
latitude et 15° de longitude). D’après des renseignements recueillis par
la mission, dans ce pays, une région nommée Sagarda renferme aussi du
trona en grandes tables, mais, au dire des indigènes, il n’existe pas de
sel gemme. Dans cette même région on rencontre le calcaire sous forme de
roches affleurant à la surface du sol.
_Lagune de Rédéma._ — A 200 kilomètres environ à l’E. du Tchad, au sud
du pays des Krédas, on rencontre la lagune de Rédéma qui est en
relations avec le Bahr-el-Ghazal. L’eau de cette lagune est alcaline et
après évaporation il reste sur le sol une croûte de 5 millimètres
d’épaisseur que les indigènes appellent natron, renfermant surtout du
chlorure de sodium avec du carbonate de chaux et un peu de carbonate et
de sulfate de soude. C’est la terre qui laisse suinter le natron, disent
les indigènes, plus on en recueille et plus il en pousse, ce sel est
contenu dans la terre et rien ne saurait appauvrir celle-ci. Il faut
creuser à une brasse pour obtenir de l’eau, et dès que la couche est
atteinte, le liquide s’élève constamment presque jusqu’au niveau du sol.
L’eau est claire et fortement alcaline.
_Lac Tchad._ — Les environs immédiats de la partie E. et N.-E. du Tchad
sont caractérisés par une série de bassins alcalins ou de lagunes
alcalines communiquant plus ou moins avec le lac au moment de la crue
(La crue de l’hivernage élève le niveau du Tchad de 0m,70 dans une année
de pluie moyenne) et s’asséchant pendant la saison sèche en abandonnant
à la surface du sol des croûtes alcalines. Les terres des talus des
canaux ou lagunes sont aussi fortement alcalines.
Une des lagunes qui a été particulièrement étudiée est celle de Grand-
Baissé située à 60 kilomètres environ du Tchad. Au moment de
l’assèchement de cette lagune, les premières croûtes cristallines qui se
forment sur les bords sont essentiellement constituées par du carbonate
de soude (_trona_). Plus bas, il se forme une croûte constituée par un
mélange de carbonate et de sulfate de soude (_thénardite_) avec des
traces de chlorure de sodium. Des échantillons de cette croûte emballés
dans un tonnelet étanche ont fourni par cristallisation secondaire, au
cours du voyage de retour, des nodules de _mirabilite_ qui
s’efflorissaient rapidement à l’air sec et tombaient en poussière. Quand
les eaux deviennent plus basses encore, la croûte qui se forme est
surtout constituée par du sulfate de soude.