Les fruits sauvages, si peu alimentaires qu’ils soient, sont, en

beaucoup de circonstances, la seule nourriture que trouvent les Krédas.

Les plus usités sont ceux du Doum, du Birr, du petit _Capparis mordo_,

du jujubier, du kornaka, du sïwah, de l’haginli.

Les tubercules de nénuphar et les jeunes tiges de l’_Orobanchia lutea_

se mangent ; par contre, on ne consomme pas les champignons.

L’industrie est des plus primitives. Le Kréda ne sait pas tisser et n’a

point recours à des tisserands indigènes, mais il coud les bandes de

toile achetées aux Ouadaï avec le fil qu’il retire du cotonnier sauvage,

assez commun le long du Bahr el Ghazal. Il ne sait pas non plus fondre

et réduire le minerai de fer, mais il va l’acheter aux fondeurs arabes

du Dagana et du Khozzam, pays où il existe du minerai de fer oolithique

à la surface du sol. Les forgerons krédas (Hezzé) en fabriquent des

sagaies, des lances, des accessoires de selles.

L’art de la poterie est presque inconnu : tous les vases employés,

marmites, canaris, gargoulettes sont fabriqués par les Kanembous.

Le tannage des cuirs se pratique à l’aide des gousses de l’_Acacia

arabica_ qui leur communique une couleur rouge. On vend quelques peaux

aux Djellabahs. Le reste s’emploie à faire des tentes, des guerbas,

sortes de grandes outres, des sacs pour contenir les provisions et les

transporter. Le travail du bois se fait avec un certain goût. De petits

mortiers pour piler le mil sont décorés d’arabesques ne manquant point

d’élégance.

Les Krédas ont la passion du trafic. Ils s’éloignent souvent à d’énormes

distances pour des échanges infimes. Ce commerce est fréquemment

alimenté par leurs rapines. Ils enlèvent des animaux domestiques à une

tribu arabe du Kanembou pour les vendre à d’autres tribus. Ils se disent

très hospitaliers pour les Djellabahs qui traversent leur pays et qui

allaient vers les marchés, jadis importants, de Mondo et Massakori. Ils

leur vendaient autrefois de l’ivoire et surtout des plumes d’autruches.

Ils ne se souviennent pas qu’on ait jamais acheté la gomme ni le séné

dans leur pays. Bien que ces marchandises abondent dans toute la

contrée, pour se procurer le mil dont ils ont besoin, ils vendent

quelques bœufs, ou des moutons et des chameaux. Ils achètent des dattes

au Borkou, du sel aux Assalas, des armes, des poteries, du blé et des

moutons aux Kanembous, des étoffes, des aiguilles, des piments, des

oignons et d’autres menus objets aux caravanes du Ouadaï.

La prise de Bir-Alali, en coupant la route aux caravanes du Fezzan, a

anéanti ce commerce et désormais aucun Djellabah ne passe plus par le

Kanem. Actuellement les commerçants viennent au Bornou, passent à

Goulfei, Koussri, Tcheckna, Moito, le Fittri et le Ouadaï. Les Krédas

prétendent qu’il n’existe plus de route allant de leur pays à Benghazi

en passant par Koufra.

Comme tous les nomades du Sahara, les Krédas mènent une vie de

pillards ; ce sont de redoutables voisins. La surprise et le vol commis

à l’égard d’un étranger, même s’il est musulman, pourvu qu’il

appartienne à une autre race ou seulement à une autre confédération,

sont considérés comme des actes de bravoure. Il en est de même de la

razzia à main armée chez les Arabes pasteurs ou chez les cultivateurs

bélalas. On ne saurait cependant leur nier certaines qualités : ils sont

courageux, fiers, possèdent un très haut sentiment de l’honneur et un

désir immodéré d’une liberté sans bornes. DUVEYRIER, FOUREAU, HOUROT

nous ont appris à connaître les Touaregs sous ce même aspect. Je crois

la majorité des individus capables de trahison à l’égard d’un chrétien.

_Organisation politique et sociale._ — Les Krédas sont subdivisés en une

multitude de tribus, réparties en trois fractions :

_A_) Les Kachirdas qui habitent Ouellé. Ils comprennent : Médémé,

Sinekora, Sakarda, Méréma.

_B_) Les Kardas qui comprennent : Oulad Miché, Banya, Mehiné Karda,

Adéa, Boudella, Soouda, Tagama, Guémida, Hareing (Gourda).

_C_) Les Koyios : Ngalami, Naarma, Tioonda, Guerooua, Bodossa (Borossa),

Garamia, Aouada, Kioanda, Djaraoua, Kodra, Sinda (Senda), Borokoura,

Hiré (Yiria), Nouyouma, Naria.

On nous a donné encore les noms d’autres tribus qui sont : Oulad Hamet,

Yarara, Ayanga, Djonéa, Kédélin, Ouahara, Oko, Ettéma, Aguéréa,

Boltigna, Yoskema, Kéhéma, Okora, Derguemi, Toroséa, Béréa, Méréa. Parmi

les chefs de ces tribus, on m’a cité Abbas, Ganastou, Becharra,

Betelima, Taher, Gadem, Djerraoua, Brahim, Djeima Mohammed et Slima.

Leur suzerain est Djema Yousef, moins riche toutefois que Brahim, simple

vassal d’Abbas, qui possède plus de 1.000 bœufs. Ils paieraient un

tribut au Ouadaï. Ils sont en rapport avec le mahdi de Koufra qui leur a

envoyé quelques fusils.

Les Krédas sont tous musulmans, ils paraissent peu fanatiques, ils

s’abstiennent cependant de boissons fermentées. Ils ont quelques lettrés

et quelques Hadj. Leurs deux principaux marabouts sont Malloum Hassan

Abou Chouchia, et Mallem Hamed Derchimi. Vivant toujours à travers le

désert et la steppe, ils n’ont ni mosquées, ni Zaouïa. Ils disent ne

point être affiliés aux Senoussias, ce qui est contestable. Ils parlent

tous l’arabe, mais la langue qu’ils emploient entre eux, le da zaga[244]

est très différente de l’arabe et du tenachek, c’est au contraire la

langue parlée par les Tedas du Borkou.

[Note 225 : Une preuve de l’extension des eaux du Tchad dans le Bahr el

Ghazal serait l’existence de coquilles d’_Etheria_ (Koni en Kréda) à

Hamatié, Arméli, al Léan (renseignement Kréda).]

[Note 226 : Ne s’agirait-il pas de l’inondation de 1871 mentionnée par

NACHTIGAL ?]

[Note 227 : On m’a encore cité, comme mares atteintes jadis par les eaux

du Tchad : Mézérak et Kréné ou Krénak, à 3 jours au N. du Fittri.]

[Note 228 : Les puits sont creusés entièrement dans le sable blanc ;

toutefois ceux qui ont été établis au fond des cuvettes traversent

d’abord une couche superficielle de limon noir, épaisse souvent de

plusieurs mètres. Les terrains qui remplissent les lits anciens du Bahr

el Ghazal contiennent toujours un peu de carbonate de soude qui

communique son goût à l’eau de tous les puits. Toutefois, c’est à partir

de Sayal et de Rédéma seulement qu’on trouve cette substance en assez

grande quantité à la surface pour pouvoir la recueillir. Le long de la

rive orientale du Tchad, il faut aller à Nguéléa au N. de Bol, pour la

rencontrer dans les mêmes conditions.]

[Note 229 : Graminée à fruits portant de nombreux aiguillons et

s’attachant aux vêtements.]

[Note 230 : Les mouches à trypanosomes (tsétsé) existent sur tout le

pourtour S.-E. du Tchad et déciment parfois les troupeaux. On prétend

même qu’elles tuent les herbivores sauvages et qu’à la fin de

l’hivernage on rencontre de nombreux cadavres d’antilopes, leurs

victimes.]

[Note 231 : Le capitaine DURAND, qui commandait l’escadron de spahis du

Kanem au moment de notre voyage, a eu l’obligeance de me communiquer les

notes recueillies au cours de quelques reconnaissances faites entre le

Baro et le Bahr el Ghazal. Le 18 juin 1903, une reconnaissance de Ngoura

vers Sayal le conduisit à Ambahat, point d’eau très important, à 35

kilomètres environ au N. de Ngoura. Il traversa ensuite le plateau

sablonneux et découvert, fortement mamelonné, dont les saillies étaient

séparées par des ouadi très boisés. Les puits de Sayal, au nombre de 3,

sont situés au fond d’une petite cuvette ombragée de gommiers, à environ

3 kilomètres de Ambahat. Ils fournissent une eau abondante et très

bonne. Bir-Ahmed, à 32 kilomètres plus loin, contient aussi une eau de

bonne qualité, mais ces points sont relativement rares. On rencontre

beaucoup plus fréquemment des mares contenant des eaux natronées ou

sulfatées à peu près inutilisables.]

[Note 232 : Le Sorro est sans aucun doute ce que NACHTIGAL a désigné

sous le nom de Torô et qui, d’après lui, est un ensemble de dépressions

se continuant d’Oudounga à Tangour, point où finit le Bahr el Ghazal et

où s’avance au S. du Borkou la fertile et riante vallée de Djourab.

(NACHTIGAL, traduction, t. I, page 390.)]

[Note 233 : D’après les données très vagues que m’a fournies un

Ouadaïen, Bayour, j’ai cru comprendre qu’il existait à l’E. ou au S.-E.

du Borkou, à travers des pays nommés Bidéat (Bidderat) et Kakaoua, une

communication entre le Bahr el Ghazal et le Bahr el Abiod du bassin

nilotique, communication qui se ferait par le Ouadi Alpha, se dirigeant

du Borkou vers le Dar Four.]

[Note 234 : NACHTIGAL est le premier qui ait parlé des Krédas, les

confondant, il est vrai, avec les Oulad Hamed.]

[Note 235 : Il y aurait 400 à 500 cavaliers.]

[Note 236 : Ces renseignements m’ont été fournis, en dehors du travail

du lieutenant BOISEAU, par Seliman, le chef de ce campement, et par

Djema Tarab, frère de Djerma Yousef, pris avec Acyl.]

[Note 237 : D’autres m’ont dit huit jours.]

[Note 238 : L’Egué (Eghéï) est connu des Krédas ; il paraît que c’est un

pays inhabité et sans eau où s’aventurent rarement les caravanes. Quant

au terme de Bodellé, ou plutôt Bodellou, il désigne une tribu de Karda,

cantonnée à Kallé sur le Bahr el Ghazal.]

[Note 239 : Nous reproduisons d’autre part, à titre documentaire, une

partie des notes du lieutenant BOISEAU. « En janvier 1903, les Krédas

étaient échelonnés le long d’une ligne de puits allant de Chéoul à

Moussoua ou Massaouah (ce point était le campement le plus important),

tous situés le long d’un bras latéral du Bahr el Ghazal. Entre ce bras

et le bras principal est une région aride et déserte coupée de

vallonnements parallèles, au S. de la ligne des puits Chéoul-Moussoua,

est le pays nommé El Heu, où les Krédas viennent récolter les fruits des

Doums. De ces points ils poussent des incursions jusqu’à Sayal, à quatre

ou cinq jours à l’E. de Massakori. Pour y aller de Massakori, on marche

en plein E., en suivant une ligne de puits qui commence à l’E. de

Chérérib. De Massakori à Chérérib, il y a deux jours sans mare ni

puits. »]

[Note 240 : J’ai remarqué deux ou trois hommes qui avaient le nez

busqué, caractéristique du type sémite.]

[Note 241 : Les points où l’on sème ainsi un peu de _Penicillaria_

sont : Mossouo, Ouaga, Sallali, Chooul, Krenek, Débaba, Séfi Efféta,

Cheranguéné, Khadéra, Maharek, Koferdraie, Hammara, Kalba. (Ouaga est un

des points les plus éloignés où les Krédas font de la culture. Pour y

aller, on passe par Doukham, Achin, Mézerak, Dougoul, Chéddéra, Houroup

et Ouaga. Ce point est à une demi-journée, soit 25 kilomètres au N.-E.

de Mossouo. Amkialaye est à un jour et demi plus loin, enfin Ouellé est

beaucoup plus à l’E.).]

[Note 242 : Il n’existe ni poule, ni canard, ni cabris dans les

campements rencontrés.]

[Note 243 : Le Dofrai (_Edi_ ou _Eri_ en Kréda) est le meilleur Kreb ;

c’est aussi le plus répandu. Après lui viennent par ordre d’importance

le Ndénep (_Ogou ferera_) également très bon, le Kamdéla (Aou Yesko) ;

l’Antoul n’est autre que le _Dactyloctenium_, enfin un _Panicum_ à port

de _Panicum pyramidale_ mais venant dans les lieux secs, constitue le

Deguerr.]

[Note 244 : Cette langue est parlée par les populations suivantes :

Krédas, Kanenbous, Mourquias, Tourdous, Abourdas, ou Amkordas,

Tagourdas, Ouandalas, Gadaouas, Kinines, Liguéra, Ouled Sliman, Bideat,

Soutoumia.]

CHAPITRE XVI

LE KANEM

I. Aspect général. — II. Climat. — III. Flore. — IV. Culture et élevage

du bétail. — V. Elevage des chameaux. — VI. Commerce et industrie. —

VII. Aperçu géologique.

* * * * *

« Ce Kanem dont le sol

privilégié de la nature

fournit de quoi nourrir

une population sédentaire,

ce Kanem, qui, jadis, dans

l’histoire du centre de

l’Afrique, a joué un rôle

prééminent et qui a été le

berceau de l’Etat bornouan. »

(NACHTIGAL, p. 475.)

Cela rend rêveur ! JOALLAND,

30 ans plus tard, devait se

tromper de même, car le Kanem

est un pays excessivement

pauvre.

I. — ASPECT GÉNÉRAL

Le Kanem est un pays vallonné où les dunes de sable alternent avec les

ouadi et les cuvettes. Dans l’ensemble les dépressions communiquent

souvent entre elles, mais il existe aussi de nombreux systèmes isolés.

Il y a donc deux aspects principaux du pays : 1o Le _Gouss_ (arabe) ou

_Kiri_ (Kanembou), grande steppe dénudée, aux rares touffes d’herbes à

souches vivaces et au court gazon de plantes annuelles de juillet à la

fin de septembre ; 2o le Ouadi, sillon un peu en contre-bas de la

plaine, large de 100 mètres à plusieurs kilomètres, qui se nomme _Bela_

ou _Derib mogo_ (la « route de l’eau » en Kanembou), qui décrit des

méandres nombreux, s’élargit en cuvette ou se rétrécit, et dans lequel

il se forme parfois des lagunes en hivernage. A l’assèchement de ces

lagunes le sol noir se fendille, ou bien une couche noirâtre de natron

se dépose et donne l’aspect d’une boue gelée.

Du côté de Bir Alali et plus au N. du Kanem, d’après NACHTIGAL, les

ouadi auraient une direction perpendiculaire à celle du Bahr el Ghazal

et on rencontre des dunes sans herbes avec le _Leptadenia spartum_

(Asclépiadée) ; les Kanembous nomment _Bodou_ ce genre de formation.

Un aspect très spécial du ouadi remarqué à Ngouri est le _Kharim_,

fourré épais d’arbres enlacés de lianes (Asclépiadées, _Capparis_,

_Acacia pennata_. Ce genre de bosquets se trouve au fond même de

certaines cuvettes dans lesquelles l’eau est douce.

A l’hivernage les arbres et arbustes des ouadi s’enguirlandent de lianes

herbacées (Convolvulacées, Cucurbitacées, Asclépiadées et Légumineuses),

dont les fleurs vont s’épanouir à la cîme des arbres.

On trouve l’eau à peu de profondeur (de 2 à 5 brasses) mais elle est

rarement potable, et les seuls lieux habités sont les ouadi.

II. — CLIMAT

La saison des pluies a commencé vers le 20 juillet ; il y avait eu

précédemment quelques petites tornades espacées, avec quelques gouttes

d’eau. Elle s’est terminée le 15 septembre, soit une durée de deux mois

environ. Du 15 au 25 septembre il y a eu une période de transition avec

tornades sèches ou seulement accompagnées de quelques gouttes d’eau.

Le 25 septembre l’Harmattan ou vent du N.-E. a commencé à souffler. Il

se fait sentir de 7 h. du matin à 6 h. du soir. Ce vent persiste

jusqu’en avril, soulevant des tourbillons de sable qui va s’accumuler

peu à peu dans les ouadi.

En résumé le climat du Kanem est sain, les Européens s’y portent bien.

Les moustiques qui pullulent au Tchad y sont peu abondants.

III. — FLORE

La flore du Kanem est une flore sub-saharienne. Les _Acacias_ sont peu

abondants sauf l’_Acacia Vereck_. L’_Acacia arabica_ est rare et

n’existe en bouquets qu’auprès du Bahr el Ghazal. Le _Combretum

glutinosum_ disparaît avant Ngouri, l’_Anogeissus leiocarpus_ n’existe

plus, il disparaît avant Massakori. Près de Ngouri on rencontre encore

le _Kigelia_ et une autre Bignoniacée, deux espèces de Capparidées dont

l’une à rameaux étalés et blanchâtres forme parfois un arbre de 4 à 5

mètres de hauteur qui dans certains cas devient plus commun que la forme

buissonneuse. Dans les ouadi domine une espèce de _Ziziphus_ pouvant

atteindre 8 à 9 mètres de hauteur qui diffère du _Ziziphus orthocantha_

par ses feuilles qui sont vertes en dessous.

Le _Capparis sodada_ aphylle ou presque aphylle est très commun et forme

des buissons impénétrables hauts de 0m,50 à 3 mètres. Ses fleurs d’un

rouge vif décorent en octobre ces halliers du Kanem.

En certains endroits on ne voit pas un seul arbre ; ailleurs se détache

la silhouette d’un _Acacia albida_ isolé, et visible à une grande

distance, car il croît au sommet même des mamelons de sable. Les

cuvettes ont des plantes spéciales, au fond surtout deux graminées

recherchées par les chameaux, trois crucifères, un tamaris et le

_Salvadora_. Sur le flanc, des Doums, en haut et s’étendant assez loin

sur le Gouss, des Térébinthacées, des _Acacias_, des _Commiphora_ et des

_Balanites_.

IV. — CULTURES ET ÉLEVAGE DU BÉTAIL

La principale culture est celle du _Penicillaria_ ou petit mil.

On peut dire qu’à surface égale cultivée, le petit mil donne un

rendement quatre fois moins grand au Kanem que sous les 9e et 10e

parallèles au Chari. La variété cultivée partout est dépourvue de

barbes, alors que sa souche émet 20 chaumes fructifères au pays sara,

elle ne donne que 3 à 5 tiges fertiles en moyenne. L’ensemencement se

fait fin juin ou commencement de juillet. S’il survient quelques petites

pluies le mil pousse, autrement à peine sorties de terre les

germinations meurent et il faut recommencer l’ensemencement plusieurs

fois. Si les pluies sont normales (dix à quinze centimètres pour tout

l’hivernage) la production est assurée, à moins de circonstances

spéciales (sauterelles, charançons[245], maladies). Au contraire si la

saison pluvieuse est pauvre en chutes d’eau, ou si celles-ci cessent

trop tôt, la récolte est manquée en beaucoup d’endroits. C’est ce qui

est arrivé cette année à Mondo. Alors qu’il pleuvait partout dans les

environs, Mondo recevait à peine quelques gouttes de pluie ; le mil a

poussé, il a même fleuri, mais la graine n’a pu se développer. D’après

les indigènes il eût suffi d’une petite pluie propice pour que la

récolte réussisse, elle n’est pas venue, il n’y a pas de grain. Les épis

se dressent comme s’ils étaient nouveaux, quelques pieds par hasard ont

formé des graines, mais c’est l’exception.

La récolte du _Penicillaria_ commence au Kanem en septembre elle se

poursuit jusqu’en octobre. Les femmes vont chaque matin couper les épis

murs et les rapportent au village où ils sont entassés au soleil sur une

aire de terre battue. Lorsque les graines sont bien sèches on les fait

tomber.

Le mil sert exclusivement à la nourriture, sauf à Mondo où les Arabes en

transforment une partie en mérissa. Les Kanembous en échangent aussi

avec les Krédas, les Touaregs, etc.

Les officiers du territoire ont amené en 1903 les indigènes à étendre

considérablement leurs cultures, mais les emplacements souvent mal

choisis ont donné de faibles résultats. Les haricots (_Vigna_) occupent

une surface assez étendue dans les cultures des Kanembous. Ils

réussissent là où le petit mil ne donne rien. A Mondo par exemple, les

_Vigna_ semés au milieu du _Penicillaria_ avorté ont donné des gousses,

très petites mais contenant 3 à 5 graines, c’est là une précieuse

ressource.

La culture du Dattier commence à Mao, et se poursuit dans toutes les

oasis où l’eau affleure, jusqu’à Bir Alali où les dattiers sont nombreux

et forment une véritable forêt. La récolte des dattes se fait en juin et

juillet. Les dattes du Kanem sont peu estimées, la pulpe est sèche et

peu sucrée, le noyau démesurément gros a souvent un développement

anormal. Les Toundjers qui ne récoltent pas de dattes mais qui en

consomment, échangent une mesure de dattes contre deux mesures de petit

mil.

Les dattes sèches sont conservées dans des sacs en cuir de mouton, tanné

avec le fruit de l’_acacia arabica_ (cuir rouge).

On rencontre encore quelques plantations très restreintes de Sorgho, et

un peu de coton dans les ouadi ; le blé ne se cultive qu’aux îles du

Tchad.

L’élevage du bétail (bœufs, moutons) est fait sur une assez grande

échelle. Les bœufs appartiennent à une race forte, peu laitière.

D’ailleurs le lait est de médiocre qualité, les indigènes ayant la

fâcheuse habitude de laver leurs récipients avec l’urine des animaux

pour empêcher la fermentation lactique. Un bœuf vaut de 5 à 6 thalers,

une vache laitière 10 thalers, deux bons moutons valent 1 thaler.

A la saison sèche on mène les troupeaux pâturer au bord des bahrs

orientaux du Tchad, spécialement autour des cuvettes natronnées, les

animaux broutent avec délices les _Panicum_ à feuilles piquantes qui

constituent le principal fourrage en toute saison.

Les chevaux et les ânes sont peu nombreux, les chameaux n’existent que

chez les Touaregs, les Ouled Sliman et les Krédas. C’est partout le bœuf

non châtré qui s’emploie comme animal porteur. Il résiste à ce travail

beaucoup mieux qu’au Baguirmi et arrive à fournir des marches de 30 à 40

kilomètres par jour, en portant 50 à 60 kilogrammes, ainsi que le

bouvier qui monte presque toujours l’animal pour le conduire. La charge

d’un bœuf adulte peut être portée jusqu’à 80 et 100 kilogrammes, mais ce

poids est excessif si l’animal a plus de 100 kilomètres à fournir et si

l’on veut lui faire parcourir plus de 20 kilomètres par jour. On fait

ordinairement marcher les bœufs porteurs (_tor_ en arabe) la nuit ou le

matin, on les laisse reposer et pâturer à partir de 10 heures du matin,

et on les recharge à partir de 2 heures seulement, en les arrêtant

autant que possible un peu avant la fin du jour pour qu’ils puissent

pâturer. Pour les longues étapes il est nécessaire de marcher la nuit.

V. — ÉLEVAGE DES CHAMEAUX

Il se pratique en grand chez beaucoup de confédérations Berbères et

Arabes, situées entre le Tibesti, le Borkou, le Kanem et le Ouadaï. Les

contrées traversées par le Bahr el Ghazal sont en effet très favorables,

par leurs pâturages natronnés et l’absence de mouches venimeuses.

Les Kachirdas seraient de toutes les tribus celle qui s’adonne le plus à

cet élevage et qui possède la plus belle race. Mais, toujours en course

à travers le désert les animaux ne suffisent même pas à leurs

besoins[246] ; ils achètent des chameaux au lieu d’en vendre[247]. Après

les Kachirdas, les Borkous et les Bidéats sont les nomades qui possèdent

le plus grand nombre de chameaux. On en trouve aussi un peu chez les

Kardas, les Tourdas, les Tagourdas et les Gadouas. Les caravaniers

(djellabahs) se procurent des chameaux au N. et au N.-E. du Dar Ouara

dans les tribus arabes suivantes : Mohamed, Diahaténé, Naouala, Zabada,

Messirié, Khozzam[248].

Le chameau atteint son développement en quatre années. S’il n’est point

surmené et s’il reste constamment dans les régions désertiques, il peut

continuer à rendre des services pendant dix ans, mais il demande des

soins, des pâturages spéciaux et, après les traversées fatigantes, une

nourriture réconfortante composée de mil pilé mélangé à du natron. Cette

dernière substance, très prisée du chameau, doit lui être donnée

fréquemment.

L’ennemi le plus redoutable du chameau est le lion qui en enlève un

grand nombre chaque année le long du Bahr el Ghazal[249]. La maladie la

plus dangereuse est nommée Guérap en arabe et Tourkom en kréda. Elle

atteint de préférence les animaux qui ont enduré de grandes privations

et effectué de longues traversées sans manger de natron. Le corps se

couvre alors de plaies, qui se remplissent de vers. Si on ne sacrifie

pas immédiatement l’animal, la maladie peut se communiquer à tout le

troupeau. Il existe aussi des plantes vénéneuses redoutables. La plus

dangereuse, le _Capparis tomentosa_ (Gouloum, en arabe), tue

infailliblement, dit-on, les individus qui la broutent ou qui mangent

ses fruits.

Le voyage des chameaux en hivernage dans les contrées pluvieuses,

surtout aux environs du Tchad, dans le Dagana et le Khozzam, expose à de

grandes pertes. Il paraît que ce sont exclusivement les mouches

venimeuses qui occasionnent des maladies[250]. Les chameaux, de même que

les bœufs et les chevaux, ne meurent pas immédiatement, mais ils

dépérissent et ils succombent après l’hivernage sans qu’une bonne

nourriture puisse les sauver. Dans les rahats sahariens ces mouches font

défaut, les chameaux ne souffrent pas de l’humidité, bien qu’ils se

roulent dans les mares. Ils ont si peu besoin de se désaltérer qu’au

dire des indigènes, ils restent toute la saison des pluies sans boire.

De toutes les plantes, celle qu’ils mangent le plus avidement est la

pastèque sauvage à fruit comestible non amer. Ils broutent aussi tous

les arbustes épineux du S. saharien, _Acacia_, _Bauhinia_, _Capparis_, à

fruits comestibles, _Combretum aculeatum_, _Balanites_, Jujubier. Ils

semblent avoir une préférence marquée pour toutes les plantes piquantes.

C’est ainsi qu’ils recherchent l’Askenit al Koulab, cette Tiliacée dont

les écailles cotonneuses munies de poils recourbés se fixent aux

vêtements comme les capitules des Bardanes.

VI. — COMMERCE ET INDUSTRIE

Le commerce du Kanem est nul depuis l’affaire de Bir Alali. Actuellement

les Bornouans feraient passer par le S. du Tchad quelques étoffes, des

aiguilles, du tabac, des oignons (on n’en cultive pas au Kanem), un

poison spécial pour les flèches et les fers de lances ; les Kanembous

donnent en échange des bœufs et des moutons.

L'Afrique centrale française · 第 36 / 66 段