but surtout de se procurer des fusils. Son champ d’opérations est, à
cette époque, le S. du Dar-Four et le Dar Banda.
Rabi vient alors (vers 1886) s’établir chez les Arabes Taachis entre le
Dar Four et le Rounga. A ce moment l’aguid des Salamats est à Ammartiman
où il est venu avec des chevaux et des fusils, lever l’impôt pour le
compte du Ouadaï. Les Arabes Salamat vont trouver Rabi et lui disent :
« L’Aguid Chirf e Din est là tout près avec beaucoup d’armes et de
chevaux ; nous sommes avec toi si tu viens pour l’attaquer. » Puis ils
retournent auprès de l’Aguid et, faisant un double jeu, ils lui
conseillent de se tenir sur ses gardes, car Rabi vient lui faire la
guerre. Chirf e Din se retire d’Ammartiman et vient s’établir en
Amdjallat, au village de Guidé. Rabi est obligé de s’en retourner après
avoir essuyé de fortes pertes. Pendant plusieurs années il rayonne à
travers toutes les contrées situées au S. du 10e degré, razziant tout où
il passe. C’est ainsi qu’il occupe le Kouti et le Rounga. A cette époque
le Dar Rounga était un pays puissant, à l’égal du Baguirmi, l’autorité
du sultan s’étendait sur tous les pays fétichistes du S., tels que le
Kouti, le Dar Banda. Ces pays étaient habités comme les régions du
Moyen-Nil par des traitants (djellabahs) qui recueillaient de l’ivoire,
des esclaves, etc. Des Baguirmiens, des Ouadaïens, des Bornouans y
étaient établis. C’est à ce titre que Koubeur d’une part, Senoussi de
l’autre se trouvaient au Kouti, mais ni l’un ni l’autre ne commandait :
c’étaient seulement des Baguirmiens installés provisoirement dans la
contrée. Senoussi était alors jeune ; c’est avec son père que Rabi
traita : il lui laissait le commandement du Kouti avec quelques fusils,
à charge de lui fournir des captifs. Mécontent de Koubeur, il le faisait
enchaîner.
Tranquille de ce côté, Rabi rayonna chez tous les païens du Haut-Chari,
subjuguant les Kreichs, les Ngaos du Gribingui, les Koulfés et les
autres Goullas du Iro (notamment les Bellinas) les Ndoukas, les Fagnias.
Rabi était à Denzi, chez les Kabas (tout près de Simmé) lorsqu’il apprit
par un Moktoub (courrier) que lui envoyait Senoussi (qui avait remplacé
son père depuis peu) l’arrivée des Blancs au Dar Banda et au Kouti.
La lettre de Senoussi était ainsi libellée : « Un blanc vient d’arriver
au Kouti par le Dar Banda. Il dit qu’il ne vient point pour faire la
guerre, mais il veut voir le Chari et les fleuves du Ouadaï. Il est
porteur de marchandises et de beaucoup de fusils. Faut-il le laisser
continuer sa route ou s’emparer de sa personne, ce qui nous mettrait en
possession de ses fusils ? » Rabi aurait répondu qu’il fallait s’emparer
des fusils de la mission par n’importe quel moyen.
Sur ces entrefaites Rabi quitte Denzi pour se rendre aux Niellims que
commandait le chef Kadi père du Gaye. Il le défait et se porte ensuite
au pays de Ndamms à Ndamm-Phong.
Pendant ce temps Senoussi, dorénavant libre d’agir comme il l’entendrait
à l’égard de CRAMPEL, dépêche vers lui son chef de guerre Allah Djabou,
avec ordre de massacrer le blanc et de s’emparer de tout ce qu’il
possède. Les Sénégalais sont en train de dormir ainsi que la femme de
Crampel. Allah Djabou se glisse au milieu d’eux et leur raconte qu’il va
tuer leur commandant, mais qu’il ne leur veut pas de mal, au contraire,
ils deviendront des chefs avec les Arabes, recevront beaucoup de femmes
et de captifs. Aucun d’eux ne proteste, pas même sa femme Niarinze.
C’est alors que Allah Djabou se dirige vers CRAMPEL qui déjeunait sans
défiance à l’ombre d’un arbre, il le surprend par derrière et lui
tranche la tête d’un coup de sabre.
Senoussi envoya seulement 10 fusils et une partie des tirailleurs
sénégalais à Rabi qui se trouvait à Ndamm. Rabi protesta en envoyant son
lieutenant Hassan vers Senoussi pour lui faire de durs reproches et lui
dire que s’il ne voulait pas encourir la disgrâce du maître, il n’avait
qu’à bien se tenir et à lui remettre un nouveau lot des armes capturées.
Senoussi capitula, mais il garda néanmoins la plus grande partie du
butin.
Les hostilités avec le Baguirmi allaient commencer aussitôt. De Denzi,
Rabi avait envoyé un moktoub à Gaourang, lui disant qu’il venait
d’occuper des contrées voisines de ses états, mais qu’il désirait
entretenir de bonnes relations avec lui et lui proposait des échanges
commerciaux (c’est aussi la version MONTEIL). Gaourang ne répondit pas
et se tint sur la défensive. Pendant que Rabi allait au tata qu’il
s’était fait bâtir à Ndamm, Gaourang vint s’établir à Maïna ou Bargna,
au S. de Nigué, sur le Chari chez les Sarrouas. Rabi quitte alors Ndamm
et vient à Korbol d’où il chasse l’alifat. Puis il envoie une nouvelle
lettre à Gaourang, lettre contenant cette fois des menaces. Il vient en
effet peu de temps après attaquer Maïna qu’il abandonne après avoir
essuyé quelques pertes. Il reconstitue ses forces à Korbol, puis lorsque
Gaourang quitte Maïna pour s’établir à Mandjaffa, Rabi se fixe de
nouveau à Ndamm et de là il fait des razzias chez les Somraïs. Il envoie
en outre ses bazinguers sous la conduite de Hassan, piller et brûler les
villages soumis au Baguirmi, mais les Baguirmiens les poursuivent.
Hassan doit se réfugier à Ndamm. Il est fort mal accueilli par Rabi qui
le renvoie à Bangalama établir un tata qu’il viendra habiter plus tard.
Gaourang informé à temps quitte Mandjaffa pour marcher sur Bangalama.
Rabi lui-même accourt. Un engagement sanglant a lieu entre les deux
troupes. Les rabistes ont un grand nombre de fusils, Gaourang n’en
possède qu’une centaine, mais sa cavalerie est très bonne et grâce à
elle il force encore son adversaire à reculer.
Après cet engagement Gaourang revient à Mandjaffa où il se fortifie
solidement dans un vaste tata construit à la hâte. Rabi vient en faire
le siège. Las d’attendre, ses hommes tentent l’assaut. Une nuit à la
faveur de l’obscurité, ils se glissent dans le fossé, le matin au petit
jour ils essaient de franchir le mur. Les Baguirmiens se précipitent à
temps sur eux et les anéantissent. 300 rabistes restent sur le terrain,
le chef Hassan est tué. Rabi essaie alors du blocus pour réduire les
assiégés. Il fait construire pour lui un tata près de celui de Gaourang,
quatre autres pour ses principaux chefs Babeker, Gadem, Derfaga, Hide,
Baldas. A plusieurs reprises les Baguirmiens effectuent des sorties
heureuses. Mais, au bout de 4 mois de siège, la famine réduit Gaourang
lui-même à manger du chien, du cheval, de l’âne. Ses soldats ne veulent
point supporter ces souffrances plus longtemps et l’obligent à tenter
une sortie. Un matin ils réussirent à quitter la ville, emmenant
jusqu’aux femmes et aux enfants. A la vue de cette multitude les
assiégeants se sauvent affolés. Rabi réussit à grand peine à les
rassembler ; mais il était trop tard, Gaourang était déjà loin.
Les Baguirmiens allèrent se réfugier à Koussri et de là à Mara. Peu de
temps après le sultan du Logone, Salé serait venu engager Rabi à porter
la guerre au Bornou et à poursuivre les Baguirmiens jusqu’à Massénia.
« Ce sont des pays riches, aurait dit le sultan, d’ailleurs si tu ne
viens pas, les Ouadaïens t’attendent à Bougoumassa ». Rabi, comptant sur
l’alliance de Salé, vint à Koubou, près du Lagone ; mais il n’y
rencontra personne et le sultan Salé s’abstint de le saluer. Rabi
l’envoya prendre et, sous prétexte que Salé l’avait incité à une
campagne désastreuse contre le Bornou, il ordonna à ses ascaris de faire
main-basse sur les femmes, les enfants, les captifs du sultan.
Après ce coup de force, Rabi envahit le Bornou et vient construire un
tata à Guilbé. Le cheik Hachem, apprenant cette invasion, envoie au-
devant du conquérant Mamater soudanais, son chef de guerre. Mais il
avait déjà été devancé par les arabes de Kouka, venus au-devant de Rabi
pour l’inviter à partir au plus vite conquérir la célèbre ville de
Tchad. Le combat eut lieu à Guilbé et Mamater, complètement défait, fut
fait prisonnier. Une seconde bataille aurait été livrée à Hachem,
d’après M. DUJARRIC.
Rabi est alors maître du Bornou dont presque tous les guerriers sont
faits prisonniers. Il vient s’établir à Ngala. Les commerçants arabes,
fezzanais djellabas, jouant toujours double jeu, invitent Hachem à se
mettre en garde contre Rabi ; d’autre part, ils envoient plusieurs
courriers à celui-ci pour lui dire qu’il est temps de venir conquérir
Kouka et qu’ils seront avec lui. A son approche Hachem s’enfuit à Bahr
el Khedir, sur le Komadougou, poursuivi par Bou Bakar.
Rabi s’installe alors à Kouka après avoir mis la ville au pillage, puis
il occupe Dikoa. C’est alors qu’entre en scène Khiari, le fils d’Abou
Boukar qui avait été dépossédé par Hachem. Il se recrute des partisans,
relève le courage défaillant des Bornouans, disant que c’était une honte
que leur malheureux pays ait été abandonné par celui même qui devait le
défendre. Il s’empare du pouvoir et par représailles fait tuer le père
d’Achem. Khiari va alors assiéger Dikoa devenu le quartier général de
Rabi. Après un siège sanglant les Bornouans s’emparent de la citadelle
et les rabistes fuient de toutes parts affolés, laissant sur le terrain
un grand nombre des leurs. C’est une débandade générale et le bruit
court que Rabi a été tué ; mais au milieu de la nuit on entend sonner le
rappel dans la brousse. Le chef s’est retrouvé entouré de quelques
fidèles et rassemble tous les guerriers. A la faveur de l’obscurité, ils
viennent se grouper sous les murs du tata occupé par Khiari et ses
compagnons, puis ils lui donnent précipitamment l’assaut. Les Bornouans
surpris s’enfuient. C’est en vain que Khiari cherche à les retenir. Lui
du moins fait le serment de ne pas prendre part à cette fuite honteuse.
Il reste en effet seul et tombe entre les mains de Rabi. Au lieu de se
soumettre, il nargue le conquérant : « Comment veux-tu, lui dit-il, que
je reconnaisse ton autorité ? Tu n’es qu’un captif révolté, qui a soumis
par la violence mon pays. Quels sont tes droits à la possession du
Bornou ? Est-ce que ton père en était le Sultan ? Etait-il même
originaire de mon malheureux pays ? »
Et sur un ton de plus en plus violent, il continue ses insultes. Rabi
furieux lui fit trancher la tête le jour même. Le souvenir du courage de
Khiari survivra longtemps dans les régions avoisinant le Tchad. Si
Sliman me disait hier : « Il n’y a eu à notre époque dans tout le Soudan
que trois hommes dignes d’être chefs : Gaourang, Cheik Khiari, et Rabi,
ce dernier n’étant encore qu’un captif parvenu et un usurpateur ».
[Illustration : FIG. 73. — Formule rituelle enterrée à un carrefour par
des marabouts.]
Pendant que ces événements s’accomplissaient au Bornou, Gaourang se
croyait à l’abri désormais des incursions de Rabah qu’il croyait trop
occupé au N.-O. du Tchad pour revenir dans le Baguirmi. Rencontrant à
Bougoumassa, prête à marcher contre Rabi, l’armée du Ouadaï, munie de
fusils Remington et en possession d’une excellente cavalerie, Gaourang
avait dissuadé le djerma (chef de guerre) de s’engager dans cette
aventure. Les Ouadaïens étaient donc repartis par le Kanem. Quant à lui,
peu préoccupé des attaques toujours possibles de Rabi, il était allé
lever l’impôt au Dékakiré, à Bolbol, puis à Birké, enfin à Mehaguéné
près du lac Fittri d’où il allait rentrer à Massénia.
C’est alors (1898) qu’on vint l’avertir qu’un blanc était arrivé par le
fleuve et désirait s’entretenir avec lui : c’était M. GENTIL, dont le
vapeur, le _Léon Blot_, dans sa descente du Chari, s’était arrêté à
Mondo. Les populations, occupées à la récolte du mil, s’étaient enfuies,
effrayées, à travers la brousse et allaient raconter de village en
village : « Une machine qui fait de la fumée et marche sur l’eau est
venue par le fleuve. Des hommes blancs avec des soldats noirs sont
dessus. Il est probable qu’ils viennent encore comme Rabi nous faire la
guerre. » Cependant, un jeune homme était resté sur les berges du fleuve
et considérait sans effroi la canonnière. C’était Souleym, fils de Si
Sliman, homme de confiance de Gaourang. M. GENTIL l’appela et le fit
monter à bord pour lui remettre un moktoub destiné au sultan, moktoub
dans lequel il l’assurait de ses bonnes intentions et lui proposait même
des relations commerciales et amicales. Le sultan se rendit compte de la
gravité des circonstances. Il rassembla aussitôt, non seulement tous les
notables de son entourage, mais encore tous les hommes de la ville en
état de porter les armes. Un conseil fut tenu dans lequel Gaourang donna
communication des propositions faites par M. GENTIL. La grande majorité
des Baguirmiens était défavorable aux nouveaux arrivés et s’il ne fut
jamais question de les attaquer, on proposa du moins de les empêcher de
venir à Massénia et de se désintéresser complètement du voyage qu’ils
disaient vouloir faire au Tchad. « Ces blancs disent qu’ils ne nous
veulent que du bien et qu’ils nous apportent des paroles de paix, mais
Rabi ne nous a-t-il pas tenu autrefois des propos semblables et pourtant
cela ne l’a point empêché de nous faire la guerre et d’amoindrir notre
pays. » Gaourang fut heureusement d’un avis tout contraire et répondit
que les blancs ne devaient rien avoir de commun avec les Arabes et qu’on
ne devait point, avant de les avoir vus, porter de la défiance ; que lui
tenait en tout cas à leur parler, car il ne fallait point refuser, les
yeux fermés, le secours que Dieu peut-être envoyait au Baguirmi. Il
décidait donc d’envoyer son chef religieux Si Sliman et deux autres
personnes de confiance au devant de M. GENTIL, afin de venir l’inviter à
venir s’entretenir avec lui.
On sait la suite.
V. — NOTES DU Dr DECORSE
Le Dr DECORSE a recueilli de son côté des notes dont M. DEMOMBYNES a
donné la traduction suivante[224] :
Au nom de Dieu clément miséricordieux. Sortie vénérable de Rabah hors du
pays. D’abord sa résidence fut à Dem Mafiva pendant une année ; une
année à Wachigoua et une saison à Dem Chakka, au Dar Four une année ; à
Dem Er Rif une année. Il s’installe à Dem Gounda une année, guerre avec
Bananan ; à Dem Karé une année ; à Dar Kouka une année ; il s’installe à
Dem Masouna une année ; à Dem Boukka une année, guerre avec le Ouadaï ;
à Dem Bahr Bala, une saison ; à Dem Kaga Chech, une saison ; à Dem
M’Bangdaï, une année ; à Dar Korbol une année. Il s’installa à N’dam, où
il fut une saison. Il marche sur Saoura ; guerre avec Gaourang. Il
s’installe à Bousso une saison ; à Banlama guerre avec Gaourang. Il
réside à Mandjafa trois mois. Ensuite ils se mettent en marche de
Mandjafa et ils s’installent à Logone. De Logone, ils s’installent à
Djilba. De Djilba ils s’installent à Hamdjé, guerre avec Mohamed Taher.
Ils partent de Hamdjé et s’installent à Ngala. De Ngala ils s’installent
à Am Habio. Guerre avec Hachem. Ils partent de Am Habio ; ils
s’installent à Dikoa et y restent une saison. Ils s’en vont. Guerre avec
Char. Ils s’installent à Gadjebo. De Gadjebo ils s’en vont, guerre avec
Abou Kantour. L’émir revient : il s’installe à Dikoa et y reste sept
saisons. Il part. Il installe à El Gamadj ; Fadel Allah fait la guerre
avec Hayatou. Rabah part : il revient à Dikoa, il s’installe à Gawa. De
Gawa, il s’établit à Kodégé ; de Kodégé il s’établit à Klessem ; de
Klessem, il s’établit à Modobo ; de Modobo, il s’établit à Bougouman ;
de Bougouman il s’établit à Mandjafa ; de Mandjafa il s’établit à
Andjia ; de Andjia il s’établit à Balendjéré ; de Balendjéré il
s’établit à Banlama ; de Banlama il s’établit à Mondo ; de Mondo il
s’établit à Logone ; de Logone il s’établit à Bousso ; de Bousso, il
s’établit à Saroua ; de Saroua, il s’établit à Miltou ; de Miltou il
s’établit à Damter ; de Damter, il s’établit à Kouna ; de Kouna il
s’établit dans la montagne. Combat avec Gaourang et les chrétiens. Il
revient s’établir à Kouno. Combat avec le Commissaire. Après le combat
avec le Commissaire, il revient et s’établit à Dikoa, où il passe un
mois. Fadel Allah s’en va à Goulfeï ; combat de Çoun. De Goulfeï, il
revient ; il s’installe à Logone. De Logone il va à Kousri : combat avec
les Chrétiens ; il revient s’établir à Logone. Rabah arrive de Dikoa et
campe à Kousri ; combat de Kousri ; Rabah est tué à Kousri.
Fadel Allah quitte Logone et s’établit à Dikoa. De Dikoa, il campe au
Gamaghou, combat avec les chrétiens du Gamerghou, il campe à Ichchégué ;
combat avec les Chrétiens. D’Ichchégué il campe à Dar Djébril ; de Dar
Djébril, il campe à Kilba ; là un mois. De Kilba il campe à Chibak ;
combat avec les gens de Chibak ; de Chibak, il campe à Marghi ; de
Marghi, il campe à Bourgouma ; de Bourgouma il campe à Maïdougouri ; de
Maïdougouri, il campe à Dikoa ; de Dikoa il campe à Ngala : combat avec
Guerbaïe. Il laisse Guerbaïe et revient camper à Bourgouma, de Bourgouma
il campe à Konézi. De Konézi, combat avec les Chrétiens de Berkedj. Il
s’en va ; il campe à Bellaraba : de Bellaraba il campe sur le fleuve où
est Md’allemzi. De Md’allemzi, il campe à Kouni ; guerre avec Kouni ; là
quatre mois. Il part de Kouni et s’installe à Bourgouma ; il retourne à
Dikoa et y campe un mois ; guerre avec les chrétiens. Fadel Allah
commence à mourir ; il campe à Goudjba ; de Goudjba, combat avec les
Chrétiens. Fadel Allah est tué ; la miséricorde soit sur lui ! Mohamed
Niébé sort dans le pays Kirdi : combat.
[Note 217 : On en prend aussi quelques-uns chez les peuplades
fétichistes de l’E. du Chari, Bouas, Noubas, Sokoros et Sarrouas.]
[Note 218 : Mercuriale du prix des captifs sur les marchés du Baguirmi
et du Bornou (1903) :
_A_) MALES. — 1o Enfant de 1 à 3 ans. Ne se vend qu’avec la mère ; — 2o
Enfant de 5 à 8 ans : 5 thalari ; — 3o Enfant de 8 à 13 ans : 10
thalari ; — 4o Adolescent à l’âge de puberté : 20 thalari ; — 5o Homme
de 20 à 25 ans : 25 thalari. Un cheval vaut deux esclaves de cet âge ; —
6o Homme déjà âgé, 30 à 50 ans, est peu acheté. — Les Eunuques (Adim)
sont très recherchés ; ils n’ont pas de prix et les sultans soudanais
seuls en possèdent. Senoussi était très fier de nous montrer un de ses
jeunes esclaves qui venait de subir l’opération.
_B_) FEMMES. — Une femme, à égalité d’âge, se vend moins cher que
l’homme. Ainsi une jeune fille arrivée à l’âge de puberté se vendrait
seulement 10 thalari.]
[Note 219 : On continue toujours à frapper le thaler de Marie-Thérèse,
millésime de 1788. Sa beauté le fait rechercher par les femmes pour leur
parure. Sa valeur varie selon qu’il est usé ou non ; il se déprécie si,
sur l’épaule droite de l’impératrice, le noir ne reconnaît plus l’agrafe
ou souna.]
[Note 220 : Nous avons été surpris de trouver au cœur de l’Afrique des
étoffes d’Europe de qualité ordinaire, se vendant à un prix qui n’était
pas plus élevé que celui auquel on pouvait les acquérir dans la boucle
du Niger, en 1899.]
[Note 221 : Gaourang n’a point connu NACHTIGAL. Tout jeune alors il se
trouvait au Ouadaï, lorsque le célèbre voyageur vint à Mandjaffa, mais
plus tard il entendit dire que son frère Abbou Sekkim avait été
accompagné par un chrétien pendant l’expédition qu’il fit vers Palem. Le
souvenir de BARTH est totalement éteint. On sait très vaguement, pour
avoir recueilli cette tradition des anciens qui n’y attachaient point
d’importance, que d’autres blancs avaient précédé NACHTIGAL dans la
région du grand lac. Le voyage de MAISTRE à Palem et Daï n’a pas laissé
plus de souvenirs au Baguirmi. Par contre la réception de MONTEIL à
Kouka par le sultan du Bornou (Hachera) en 1892 fut connue de Gaourang.
Il est vrai qu’au dire même de MONTEIL il se trouvait à Kouka lors de
son passage un fils de Mbang.]
[Note 222 : Le pagayage se fait sur des baleinières en acier (environ
15) appartenant au service local. Au début de l’occupation française il
y avait sur le Chari une magnifique flottille de grandes pirogues et
même des chalands indigènes. Réquisitionnées trop souvent par
l’administration, la plus grande partie de ces embarcations sont
aujourd’hui hors de service et les indigènes se sont abstenus d’en
construire d’autres redoutant avec juste raison la main-mise trop
fréquente de l’administration sur les barques de pêche.]
[Note 223 : Il nous a donné un gage de sa fidélité en envoyant à
Brazzaville son fils que M. GENTIL a emmené en France en 1906.]
[Note 224 : _Du Congo au lac Tchad_, p. 122.]
CHAPITRE XV
LE BAHR EL GHAZAL
I. Généralités sur le Bahr el Ghazal. — II. Le Bahr el Ghazal à
Massakori. — III. La région du Haut-Bahr el Ghazal. — IV. Les
populations du Bahr el Ghazal.
* * * * *
I. — GÉNÉRALITÉS SUR LE BAHR EL GHAZAL
Le Bahr el Ghazal s’étend à plusieurs centaines de kilomètres vers le
N.-E. où il reçoit des ouadi, originaires du Borkou et du Tibesti, ouadi
temporaires qui s’emplissent d’eau à la saison des pluies dans la partie
supérieure de leur cours mais qui ne coulent plus jusqu’au Bahr el
Ghazal. Cette grande dépression fut à une époque relativement peu
éloignée, il y a quelques siècles seulement, un golfe très allongé, semé
d’une infinité d’îles et de presqu’îles[225]. Elle envoyait au loin un
grand nombre de canaux plus ou moins anastomosés entre eux qui dans le
N. pénétraient jusqu’au cœur du Kanem, jusqu’à Mondo, par exemple, et
dans le S. allaient probablement s’aboucher avec les lacs Iro, Fittri,
Baro, Ferch, Debaba, etc.
Aux temps néolithiques, il existait encore assez d’eau dans la vallée du
Bahr el Ghazal pour qu’il y ait vécu des populations qui ont laissé des
traces nombreuses de leur industrie. Elles allaient au loin à travers le
Sahara qui jouissait alors d’un climat humide et tropical. Elles
s’aventuraient dans les lagunes du S. pour y chasser les grands animaux.
Des pierres polies se trouvent, en effet au Ouadaï, aux Monts Guérés, à
Aouni, à Moito, au S. du Tchad, etc. Mais elles semblent toujours en
petit nombre. Elles n’auraient point été fabriquées sur place, mais
auraient été apportées par les chasseurs qui les perdaient sur leur
route.
La vallée s’est asséchée aux temps historiques, comme les grandes
lagunes des bassins du Chari et du Ba Laïri. La tradition, toutefois,
n’a point toujours conservé le souvenir de l’ancien état hydrographique.
J’avais recueilli dans la dépression de Rédéma des coquilles de Mélania
et des fragments de grands Siluridés, déjà à demi fossilisés. Or les
habitants, Ouadaïens et Gouranes, refusèrent de me croire quand je leur
montrai des ossements de poissons en leur racontant que ces animaux
avaient vécu autrefois au pied des rochers. Toutefois certaines
inondations exceptionnelles, lorsque le niveau du lac est très haut,
s’épandent dans cet affluent. En 1874, par une année de grande
crue[226], telle que les vieillards n’en ont plus vu de semblable, les
eaux du Tchad se sont encore répandues dans le lacis de canaux du Bahr
el Ghazal. Elles montèrent vers le N.-E., sur environ 200 kilomètres à
partir de l’archipel Kouri, s’arrêtant au lieu dit El Léan, à quelques
heures à l’E. de Haroup. Les hippopotames du Tchad se répandirent
jusqu’à ce point où on prit aussi des poissons en grand nombre. On en
captura aussi à Douggoul (el Dougguel), à Cheddera, au moment de
l’assèchement[227]. Aujourd’hui, les mares voisines du Bahr ne sont plus
remplies que par les pluies d’hivernage ; presque toutes se tarissent à
la saison sèche et c’est seulement près du Fittri et de Dagana qu’il se
trouve encore des rahat où il reste un peu d’eau d’un hivernage à
l’autre. Aucun poisson n’y vit plus, pas même ce protoptère du Tchad et
du Fittri (Amkourou en arabe) qui peut se terrer dans la vase asséchée,
ayant un appareil respiratoire qui lui permet de vivre pendant plusieurs
mois de la saison sèche.
Le Bahr el Ghazal ne constitue point une vallée proprement dite ; il n’a
pas de thalweg, c’est une immense dépression, large de 30 kilomètres au
moins, à fond sablonneux ; les arbres y sont rares et n’apparaissent que
par certains monticules peu apparents qui étaient sans doute des îles
autrefois. Des bras diversement anastomosés s’en vont au loin dans
l’intérieur, mais il est impossible d’en suivre longtemps la trace tant
leur lit est effacé. Ces sillons ne sont plus marqués que par des lignes
de boudas plus ou moins allongés et nus, plus rarement par des traînées
boisées formées d’une végétation arborescente plus dense où parfois les
Palmiers Doums croissent les uns contre les autres, à la manière des
dattiers plantés dans les oasis du Sahara.